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Deux mille titres plus tard...

C’est l’amour et le partage de la lecture qui forge l’ADN historique de Fides

5 mai 2012 | Catherine Lalonde | Livres
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Les éditions Fides fêtent leur 75e anniversaire et une histoire marquée, dès ses débuts, par l’amour et le partage de la lecture. Depuis les publications forgées au scolasticat des pères de Sainte-Croix jusqu’à l’édition des premiers écrits de Félix Leclerc, de l’édition critique d’Émile Nelligan à la saga d’Yves Beauchemin, Charles le téméraire, c’est tout un pan de l’édition d’ici qui a été signé Fides. Regards et souvenirs.

L’histoire de Fides débute en 1937, au scolasticat des pères de Sainte-Croix, où étudiaient les futurs prêtres. Le père Martin, grand lecteur, a aussi la passion de la bibliothéconomie, de l’organisation des bibliothèques. Il lance, à la force des bras, une petite revue, Mes fiches. « Les jeunes scolastiques, pour leur formation, écrivaient des fiches de lecture. Le père Martin a eu l’idée de les publier et de les vendre », rappelle Jacques Michon, professeur à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de l’édition littéraire québécoise. La revue mère propose des recensions et des résumés de lectures, sous forme de fiches, sans articles.
 

Le succès est immédiat. « Quelque 10 000 exemplaires du premier numéro, sorti en mars, auraient trouvé preneur. C’est énorme. Mes fiches était vendue en abonnement annuel, publiée aux quinze jours pendant l’année scolaire. Elle devient tout de suite une structure éditoriale, informelle, sans être à proprement parler une maison d’édition. »


C’est donc l’amour et le partage de la lecture qui forge l’ADN historique, selon Jacques Michon, aussi auteur en 1998 de Fides : La grande aventure éditoriale du père Paul-Aimé Martin (Fides). « La lecture et le besoin de servir sont au coeur des préoccupations de la Jeunesse étudiante catholique (JEC). Il ne faut pas oublier que, à ce moment, la JEC s’ouvrait sur le monde. Elle tournait la page, délaissait l’ancienne façon de faire de l’Église et surtout cette façon de nier le livre et la lecture. »


Une première : Mon fiancé


L’aventure de la revue Mes Fiches se poursuit jusqu’en 1965. La structure devient une vraie maison d’édition en 1940, à la parution de Mon fiancé, premier opus de la collection « Face au mariage ». Fides nourrit le boom éditorial de la Seconde Guerre mondiale au Québec. « Comme il est interdit d’importer des biens venant de pays ennemis ou occupés par l’ennemi, le Canada ne peut plus faire venir de livres de la France, rappelle Histoire de la littérature (Boréal), signé par Biron, Dumont et Nardout-Lafargue. Le gouvernement Mackenzie King accorde alors aux éditeurs canadiens des licences exceptionnelles leur permettant de réimprimer tous les titres français non disponibles au pays. »


Le tiers du catalogue de Fides se construit ainsi sur des rééditions. « Le père Martin, qui dirige alors, va recruter autour de lui, explique Jacques Michon, mobiliser presque toute la communauté des pères de Sainte-Croix pour écrire des livres, des brochures, des fascicules. Au début, près de 50 % de la production est signée par des membres du clergé, sans qu’elle reste ecclésiastique. »


Le spécialiste poursuit : « En 1944, la collection du “ Nénuphar ” est créée. La littérature va devenir de plus en plus importante, alors que les membres du clergé vont progressivement se retirer. Dans les années 1950, on compte 30 % d’auteurs cléricaux et 70 % de laïcs. Fides publie aussi de la littérature jeunesse, qui connaît un essor. Alors que l’édition jeunesse dans les années 1930 accorde beaucoup d’importance aux récits patriotiques et édifiants, Fides va miser sur les romans d’aventures, les récits scouts et les bandes dessinées catholiques traduites des États-Unis, serties d’une iconographie très moderne. La maison était très ouverte à la modernité, dans tous les domaines. »


S’ajoute en 1965 la « Bibliothèque canadienne-française », qui devient en 1988 la « Bibliothèque québécoise » qu’on connaît désormais. Y sont les auteurs les plus importants de la collection du « Nénuphar » depuis 1944. Les poètes Alain Grandbois, Alfred Desrochers et Émile Nelligan. Les auteurs Ringuet, Hubert Aquin, Philippe Aubert de Gaspé, Yves Thériault, Gilles Vigneault, Jacques Ferron, Georges Dor, Anne Hébert, pour n’en nommer que quelques-uns. En 1988, un consortium avec Leméac et HMH devient propriétaire de cette importante collection. « Je crois que tous les classiques québécois du XXe siècle s’y retrouvent », estime Jacques Michon.

Énorme entreprise


Fides a été une entreprise des plus considérables. « En 1960, c’est une imprimerie, un réseau d’une dizaine de librairies, un grand propriétaire immobilier avec un édifice boulevard Dorchester, une maison d’édition, un service de distribution et un service aux bibliothèques. » En traversant des époques plus dures, l’entreprise se resserre au fil du temps sur ce qui reste depuis son coeur : l’édition et la littérature.


Le premier directeur laïque, Antoine del Busso, est nommé seulement en 1992. Les pères de Sainte-Croix vont complètement se retirer en 2011. « C’est un bel exemple d’une évolution progressive, sans ruptures radicales. » En 2010, Fides est vendue aux Éditions Saint-Martin, une filiale de la Fédération québécoise des coopératives scolaires, Coopsco. La « Bibliothèque québécoise » est restée à Leméac et HMH. Selon Jacques Michon, « le défi actuel de la maison, c’est de s’inscrire dans une nouvelle structure administrative, celle d’une grosse entreprise axée sur la librairie, qui fait beaucoup de sous et qui est très riche. Je suis très heureux que ce soit une maison québécoise qui en a fait l’acquisition. »


Depuis ses débuts, deux aspects sont demeurés chez Fides : les ouvrages les plus savants et la préoccupation du populaire. L’historien Marcel Trudel a dit de Fides, selon le professeur, « qu’elle avait fait office de premières presses universitaires au Québec, avec cette importance accordée à la science et au savoir. En même temps, on se préoccupe du populaire, avec ces livres sur le mariage à l’époque, et maintenant des guides de DVD et de vidéos, par exemple. C’est une des forces de Fides, cette ouverture très généraliste, qui couvre tous les domaines, dont la religion. » Le catalogue Fides frôle désormais les 2000 titres.

 
 
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