Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Menaud, maître draveur inaugure la collection «Nénuphar»

«Tout a été pensé soigneusement en fonction de faire des titres de beaux livres»

5 mai 2012 | Pierre Vallée | Livres

Fondées en 1937 par le père Paul-Aimé Martin, de la Congrégation de Sainte-Croix, les éditions Fides ont joué un rôle de premier plan dans le monde de l’édition québécoise. Elles ont même le mérite d’avoir été la première maison d’édition québécoise à donner ses lettres de noblesse aux classiques de la littérature d’ici.



Les premières lettres de noblesse de Fides sont venues sous la forme d’une collection, la « Collection du Nénuphar », fondée en 1944 par le père Martin et par Luc Lacoursière, qui en assumera ensuite la direction pendant plusieurs années. « Il faut remonter à cette période historique pour comprendre toute l’audace derrière la fondation de la “ Collection du Nénuphar ”, raconte Marie-Andrée Lamontagne, aujourd’hui éditrice littéraire chez Fides. À cette époque, il n’y a pas de littérature québécoise, ni même de littérature canadienne-française. On parle plutôt de littérature canadienne, ce terme désignant alors uniquement la littérature francophone. »

Si cette dernière est publiée, on ne fait pas d’effort particulier pour mettre en valeur ses joyaux. « Il y avait bien quelques collections qui publiaient des oeuvres choisies, sans plus. Le père Martin croyait qu’on devait faire plus et mettre en valeur ce qu’il appelait les classiques canadiens. Mais, à cette époque, on juge la littérature canadienne trop jeune pour avoir des classiques. Le père Martin décide donc de fonder une collection, la “ Collection du Nénuphar ”, dont le rôle sera de servir d’écrin à ces classiques de la littérature canadienne. »


La première parution dans la collection « Nénuphar » naît d’une simple nécessité. « Nous devions rééditer Menaud, maître-draveur, de Félix-Antoine Savard. Le père Martin a décidé que ce serait le premier classique à être publié dans la collection “ Nénuphar ”. Au début, même Mgr Savard était plus ou moins convaincu que son roman méritait un tel traitement. Luc Lacoursière, qui était alors un collaborateur de Mgr Savard, partageait l’opinion du père Martin. C’est d’ailleurs ainsi qu’il devint ensuite directeur de la collection, jusqu’en 1989. »


Comme la collection « Nénuphar » se voulait un écrin pour les classiques canadiens, rien n’a été ménagé pour en faire un livre de luxe. « Le choix du papier, de la couverture texturée, de la typographie, les pages non massicotées, qui obligent le lecteur à utiliser un coupe-papier, tout a été pensé soigneusement en fonction de faire des titres de la “ Collection du Nénuphar ” de beaux livres. Même le liséré rouge et noir qui borde la couverture suggère la ceinture fléchée. C’est Luc Lacoursière qui trouva le nom de “ nénuphar ”, car cette plante est présente partout au Québec, et elle deviendra la signature graphique de la collection. L’idée était que, comme le nénuphar peut croître et pousser dans tous les lieux, les classiques canadiens pouvaient se trouver partout dans toutes les bonnes bibliothèques. » Sans compter que les titres qui paraissaient dans cette collection étaient des éditions définitives. « Des chercheurs établissaient le texte définitif. »


Au fil des ans, la collection s’enrichira de nombreux titres - 72, au total - et accueillera des auteurs aussi divers et aussi importants que Saint-Denys Garneau, Émile Nelligan, Yves Thériault, le frère Marie-Victorin, pour n’en nommer que quelques-uns. « Dans les années 1950 et au début des années 1960, la “ Collection du Nénuphar ” est un succès de librairie, notamment auprès des étudiants des collèges classiques. On tire les titres à 3000 exemplaires. »


L’assaut du livre de poche


Au début des années 1960, l’éditeur français Hachette lance le « Livre de poche ». « Bien que cette idée ait alors choqué la confrérie des éditeurs, Hachette est allé de l’avant et le “ Livre de poche ” a ensuite servi à la démocratisation du livre. » Mais l’apparition du « Livre de poche » sur le marché québécois affecte la « Collection du Nénuphar », car ses livres sont plus luxueux et, par conséquent, plus coûteux.


« La réponse de Fides fut de créer sa proche collection de poche. En réalité, il y en avait trois. “ Alouette blanche ” était consacrée aux ouvrages religieux. La version en livre de poche du Nouveau Testament s’est écoulée à 100 000 exemplaires. “ Alouette bleue ” se consacrait aux oeuvres littéraires, comme celles de Félix Leclerc. Et “ Alouette jeune ”, comme son nom l’indique, était consacrée à la littérature jeunesse. En 1965, “ Alouette bleue ” est devenue la “ Bibliothèque canadienne-française ”, qui, elle, allait devenir en 1979 la “ Bibliothèque québécoise ”, ou BQ. »


Pour la suite des choses


Malgré la présence du « Livre de poche », la « Collection du Nénuphar » continuera ses activités et s’enrichira de plusieurs auteurs et titres jusqu’en 2004, année où on a choisi de mettre fin à ses activités. « Ce qui a mené à la fin des activités de la “ Collection du Nénuphar ”, ce sont, d’une part, la présence sur le marché de livres moins chers, comme, entre autres, les livres de poche, et, d’autre part, l’intérêt de moins en moins marqué du lecteur pour des éditions luxueuses, comme la “ Collection du Nénuphar ”, qui tout simplement n’arrivait plus à la fin à faire ses frais. »


Bien que la « Collection du Nénuphar » ait cessé ses activités, elle demeure toujours parmi les collections du Groupe Fides, et les exemplaires qui restent seront lentement écoulés. « Notre intention est de rééditer les grands titres de la “ Collection du Nénuphar ” dans notre nouvelle collection de livre de poche “ Biblio-Fides ”. De cette façon, nous allons nous assurer que ces grands classiques de la littérature canadienne, aujourd’hui québécoise, demeurent accessibles aux lecteurs d’aujourd’hui, et ce, à coût abordable.»

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel