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«Fides s’est engagée aux côtés des classiques québécois»

Dès ses débuts, Fides a réédité des textes qui étaient devenus indisponibles

Nelligan, Philippe Aubert de Gaspé père, Gabrielle Roy, Anne Hébert, Michel Tremblay… Si les classiques de la littérature québécoise passent les générations et ne sombrent pas dans l’oubli, c’est largement grâce aux éditions Fides. Micheline Cambron, professeure titulaire au Département des littératures de langue française à l’Université de Montréal, explique pourquoi.

Quel rôle la maison Fides a-t-elle joué dans l’émergence des classiques littéraires québécois ?

Dès ses débuts, Fides a été une maison d’édition extrêmement présente du côté de l’enseignement. D’abord, elle était sous la responsabilité d’une communauté enseignante, les pères de Sainte-Croix. Cela explique que, très rapidement, cette maison s’est engagée du côté de la diffusion de textes classiques, mais aussi du côté d’opérations de consécration de textes. Par exemple, la première édition critique de poésie québécoise, à savoir l’édition critique de l’oeuvre de Nelligan, va paraître chez Fides. Parallèlement, la maison d’édition va créer des collections destinées à rendre à la lecture un certain nombre de textes relativement importants qui n’étaient plus disponibles. Il va y avoir tout un travail du côté de la littérature québécoise du XIXe siècle et de la littérature qu’on désigne comme celle de la Nouvelle-France. On va publier, sous forme de petits ouvrages présentés comme des classiques, des textes importants, bien qu’ils n’aient pas toujours fait l’objet d’une lecture continue.


Qu’est-ce qu’on appelle véritablement un classique en littérature ?


Quand on pense à des classiques, on pense à des textes qui ont fait l’objet d’une lecture assez continue dans le temps, de sorte qu’il y a des générations de lecteurs, donc des approches différentes, qui ont permis de garder le contact avec cet auteur. Les éditions Fides ont ainsi beaucoup fait pour préserver ce contact…


Prenons par exemple la collection du « Nénuphar » : au moment de sa création, elle avait un certain prestige et les auteurs qui y étaient accueillis se trouvaient à la fois consacrés par la critique et destinés à l’enseignement et à être intégrés à la mémoire commune. Ç’a été extrêmement important, la création de cette collection. D’autres collections ont été essentielles, notamment celles dont je parlais plus haut et qui ont permis la réédition de textes indisponibles… Parce que, s’il n’y a plus moyen de lire les auteurs, ils n’ont pas de grandes chances d’être connus !


Ces collections n’existent pourtant plus…


Des formats de poche ont pris le relais. Des consortiums ont commencé à publier des textes québécois en format de poche à la fin des années 80. À partir du moment où tout le monde s’y met, ça devient moins intéressant. Surtout, ici au Québec, il n’y a pas un marché suffisamment stable et gros qui justifierait qu’on réédite de façon constante, sous la même forme, les mêmes textes. Il n’existe pas ici de machines à faire imprimer les livres comment on peut en trouver en France, par exemple. Là-bas, l’année où on met tel livre au programme de l’agrégation ou du baccalauréat, toutes les maisons d’édition s’empressent de le rééditer, autant que possible avec une nouvelle pagination… Ça fait vendre ! Il y a un effet éditorial lié à la structure de l’enseignement des classiques… Aussi parce que le système scolaire français est plus centralisé. Ici, les professeurs choisissent les oeuvres enseignées. Du point de vue éditorial, ç’a des effets.


Au final, les classiques québécois sont-ils bien connus du grand public ?


Relativement connus. On trouve dans l’enseignement, particulièrement au niveau collégial, à l’intérieur d’un cours obligatoire qui s’intitule Littérature québécoise, un travail de la part des enseignants, qui peuvent s’appuyer sur des manuels, qui présentent aux étudiants un certain nombre d’oeuvres considérées comme des classiques. Ainsi, tous les étudiants du collégial ont une connaissance minimale des auteurs québécois. Mais il ne faut pas non plus négliger le rôle de la radio et de la télévision dans la diffusion et dans le maintien en vie d’un certain nombre d’oeuvres, qui ont pu être fréquentées dans la longue durée. On peut penser à Un homme et son péché, qui serait sans doute l’exemple le plus évident. Le roman, qui est d’abord publié dans les années 1930 par Claude-Henri Grignon, va ensuite connaître une fortune médiatique exceptionnelle. Ce sera un radio-roman, puis un télé-roman en format d’une demi-heure en noir et blanc, puis une heure en noir et blanc, finalement une heure en couleur, et il va y avoir aussi des films tirés du roman. Là, on a véritablement un classique qui fait partie de la mémoire collective d’à peu près toutes les couches sociales et toutes les générations, même les plus jeunes, puisque le dernier film est récent.


Rend-on assez justice aux classiques québécois dans l’enseignement ?


Je n’ai pas le sentiment qu’on les néglige. Maintenant, il y a beaucoup de classiques québécois, et si on fait en sorte qu’au niveau collégial les étudiants en lisent trois… ce ne sera jamais que trois ! Ce qu’on voit, c’est que les collections qui les diffusent, on peut penser à BQ par exemple, sont des maisons sérieuses qui obtiennent des ventes relativement constantes. Bien évidemment, il y a, en ce moment, une réduction du temps consacré à la lecture, en moyenne, mais il n’en reste pas moins que ces oeuvres sont susceptibles d’être connues, et d’être connues par plusieurs générations de lecteurs.

 
 
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