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    Faire l’histoire en mettant en mots l’Histoire

    «Fides ne s’est pas figé dans une école en particulier»

    5 mai 2012 |Réginald Harvey | Livres
    Fides apparaît comme une figure emblématique de l’histoire de l’édition québécoise en raison de ses 75 ans, qui sont marqués par la variété de ses publications dans des domaines éclectiques. Toutefois, la maison n’abrite pas véritablement une école historique.

    Fides, une école historique ? Pas vraiment. Du moins, telle est l’opinion étoffée d’Yvan Lamonde, historien, auteur de plusieurs volumes et professeur émérite en littérature et langue françaises à l’Université McGill. Aujourd’hui à la retraite, il tient ces propos : « On ne peut pas dire que Fides est identifié à une école historique de la même façon qu’on parle de celles de Montréal ou de Québec. D’ailleurs, le chanoine Groulx a publié chez cette maison, mais ce n’est pas là que se retrouve son oeuvre en majorité, à ma connaissance. » Dans ce sens, il laisse savoir que Fides a publié autant des historiens comme Marcel Trudel, de Laval, que Guy Frégault, de l’Université de Montréal.
     

    Il évoque le livre de Jacques Michon sur Fides, publié en 1998, pour apporter cette réflexion : « Je ne pense pas qu’on puisse départager cela très clairement et que cette notion d’école s’impose vraiment. » Il préfère aborder la question sous un autre angle : « Fides, c’est l’histoire et c’est la maison d’édition même qui en fait partie, parce qu’elle est d’abord la plus vieille au Québec, avec ses 75 ans. »


    Il fournit des preuves de cette avancée : « C’est un véritable fonds de commerce. Par exemple, relativement à la littérature québécoise, il en a constitué, si l’on peut dire, le corpus. Il y a une collection, celle du “ Nénuphar ”, qui a été lancée chez Fides en 1944 par Luc Lacoursière ; jusqu’en 1964, elle a publié 61 titres. Essentiellement, ce sont des classiques de la littérature canadienne-française qui se sont retrouvés là, qu’il s’agisse du titre Menaud, maître draveur ou de l’auteure Gabrielle Roy. » Fides figure donc dans l’histoire de la littérature par cette collection et par une autre, plus petite, appelée « Les classiques canadiens ». M. Lamonde a été l’un des derniers auteurs à faire partie de cette dernière, avec un livre sur Louis-Adolphe Paquet.


    Fides, en s’appuyant sur son ancienneté, a puisé dans le passé pour garnir son inventaire : « On a bien vu, au fil des années, comment il fallait faire des bilans de la littérature et des retours panoramiques ; il y a une collection qui va dans ce sens-là et qui porte le nom d’“ Archives canadiennes ”, qui contient de gros ouvrages sur le roman, sur l’essai, sur la poésie et sur le théâtre. » Il en retient que « cela démontre un certain sens de l’histoire de la maison, sur une période de 75 ans, que d’avoir mis en place les grands titres et les études majeures sur la littérature québécoise ».


    Au-delà de la catégorisation… l’esprit ouvert


    Selon M. Lamonde, « Fides ne s’est pas figé dans une école en particulier ». Bien au contraire, et il en fournit des exemples : « Pendant les années 1930, cet éditeur publiait tous les écrits, les journaux et les revues de ce qu’on appelait l’Action catholique ; il a réagi à ce moment-là au mouvement de renouveau du catholicisme. »


    Sur un autre plan, Marcel Trudel a publié à cet endroit « un ouvrage qui était loin d’être évident chez une maison d’édition religieuse, soit son ouvrage en deux tomes sur Voltaire au Canada. Ce n’est pas explosif comme livre, mais on parle quand même de Voltaire. » Il rapporte une anecdote savoureuse à ce propos : « Trudel, qui était membre du Mouvement laïque de langue française autour de 1963, sachant que Fides était la propriété des pères de Sainte-Croix, parlait de ces éditeurs comme des perfides (Pères Fides). » Il y avait un peu de Voltaire en lui.


    Ce sur quoi il s’applique à montrer l’évolution dont a fait preuve la maison : « Lorsqu’Antoine Del Busso en était le directeur, Fides a alors publié des ouvrages qui sont des critiques d’un certain catholicisme québécois. Je suis bien placé pour le savoir, parce qu’il y a deux de ces trois titres-là qui sont de moi ; il y a une biographie, Louis-Antoine Dessaules, seigneur libéral et anticlérical, pour laquelle j’ai gagné le Prix du gouverneur général du Canada en 1995 ; il y a aussi les trois tomes parus de l’Histoire sociale des idées au Québec, qui est beaucoup le portrait d’un libéralisme et d’un radicalisme qui sont de nature anticléricale. » Dans la même veine a paru l’ouvrage, sous la direction de Pierre Hébert, intitulé Dictionnaire de la censure au Québec.


    Fides n’appartient pas à une école


    Yvan Lamonde prend ses distances par rapport à une classification réductrice de la maison : « Je ne suis vraiment pas porté à vouloir figer Fides dans l’école historique de Montréal ou de Québec, chez Groulx ou ses disciples, comme Michel Brunet et Guy Frégault, qui faisaient des choses très différentes de lui. Il y avait une collection d’histoire chez Fides, dans les années 1960-1970, qui s’appelait “ Fleur de Lys ”, où sont parus un certain nombre de titres, parmi lesquels certains sont signés de la plume de Trudel et de Frégault. »


    Fides s’inscrit dans l’histoire globale de l’édition québécoise : « La maison évolue aussi. Si, dans les années 1930-1940, la maison publie à peu près tout ce qui émane de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), il reste que, durant la guerre, elle va aussi publier un petit recueil de textes du maréchal Pétain, sans bien sûr qu’on l’identifie au mouvement pétainiste. »


    Il se livre à cette synthèse de sa vision de l’éditeur : « Il y avait un conservatisme en même temps qu’il y avait certaines formes de progressisme à l’intérieur du catholicisme. Vers la fin, Fides est devenue un peu un éditeur comme un autre. On aura aussi pris note qu’il a publié très peu de romans. »


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