Soixante-quinze ans, mille et un projets en gestation
Fides lancera ce mois-ci sa collection de poche. La maison d’édition développe également de nouveaux axes pour ses publications. De plus, Fides entrera officiellement cette année dans le marché du livre numérique. 2012 sera donc une année-charnière. « Nous allons rendre disponibles cette année des titres en format numérique », indique d’emblée Guylaine Girard.
Si le livre numérique fait beaucoup parler de lui depuis quelques années, encore très peu de titres sont offerts en français. « Le milieu de l’édition est encore dans une phase très exploratoire dans le domaine du numérique. Chacun élabore son propre modèle commercial », remarque-t-elle.
Guylaine Girard ne craint pas que le numérique provoque la mort du livre en papier. « Je crois que tous les supports subsisteront, affirme-t-elle. On utilisera le support qui convient le mieux selon le type d’usage. Je crois par exemple que, dans les écoles, on aura toujours besoin de livres en papier, mais pour les chercheurs, le format numérique sera sûrement plus pratique. La multiplication des supports est une bonne nouvelle pour le livre. »
Collection de poche
Les éditions Fides lanceront aussi, dans les prochaines semaines, leur collection de poche baptisée « Biblio-Fides ». Cette décision fait suite à la fin du partenariat de Fides avec d’autres éditeurs pour publier des livres en format de poche sous le nom de « Bibliothèque québécoise ». « Le 15 mai, nous allons célébrer le 75e anniversaire de Fides et nous allons en profiter pour montrer les premières couvertures de “ Biblio-Fides ”, précise la directrice.
La collection proposera plusieurs grands classiques. « C’est certain que, pour les lecteurs étudiants, c’est important d’avoir accès aux grands classiques en format de poche. Nous sortirons donc Le Survenant, Menaud, maître-draveur et tous les titres de Félix Leclerc. On reprendra aussi Poésies complètes, de Nelligan, et nous rééditerons les contes et légendes de Joseph-Charles Taché », énumère Guylaine Girard.
« Biblio-Fides » offrira aussi des textes contemporains. « Nous choisirons des titres pour lesquels une seconde vie est possible. Je pense par exemple au livre Les yeux de Maurice Richard, de Benoît Melançon. Il raconte l’histoire culturelle du Québec à travers l’idole qu’est Maurice Richard », indique Mme Girard.
Une maison généraliste
Employée de Fides depuis 25 ans, Guylaine Girard a été nommée directrice en juin dernier. C’était peu de temps après que les éditions Fides furent achetées par les Éditions Saint-Martin. « Le fait que le nouveau propriétaire m’a nommée à la direction et que je suis entourée de plusieurs collègues qui sont ici depuis 15 ou 20 ans témoigne d’une volonté de continuité. Depuis toujours, Fides est une maison d’édition généraliste. Je crois que c’est ce qui fait la force de Fides », affirme Mme Girard.
Fondée en 1937, la maison a tout de même toujours fait de la place à la littérature générale, aux essais historiques et philosophiques, aux ouvrages de référence comme Le dictionnaire des synonymes et des antonymes et le classique La cuisine raisonnée. « Cette diversité a certainement sauvé Fides plusieurs fois dans l’histoire, affirme Mme Girard. Si la maison n’avait publié que des ouvrages religieux, elle serait sûrement tombée en même temps que la pratique religieuse au Québec. »
Aujourd’hui, les ouvrages religieux occupent une part moins importante des publications de Fides. « Lorsqu’Antoine del Busso est arrivé chez Fides au début des années 90, après une période difficile pour la maison, il a rebâti les grandes collections. Il a maintenu une certaine partie des publications religieuses, mais en les axant sur les débats de l’Église. On envisage toujours aujourd’hui certains ouvrages qui débattent des questions de fond au sein de l’Église, mais ça s’amoindrit d’année en année. C’est le reflet de la société », explique la directrice des éditions Fides.
De nouvelles pistes
Alors que le volet religieux perd du terrain, Guylaine Girard remarque qu’il y a un intérêt pour les livres sur le bien-être et l’épanouissement personnels. « C’est un nouveau volet que nous développons chez Fides, affirme-t-elle. On sent que, naturellement, les gens remplacent les ouvrages spirituels par d’autres qui leur donnent des outils pour mieux vivre. »
On a vu par exemple, dans les dernières années chez Fides, les ouvrages Comment j’ai vaincu la douleur et l’inflammation chronique par l’alimentation, puis Cuisiner pour vaincre la douleur et l’inflammation chronique, de Jacqueline Lagacé. On a vu aussi Marie-Paul Ross et ses livres comme La sexualité des jeunes et Pour une sexualité épanouie.
La littérature jeunesse est aussi en développement. « Dans les années 50 et 60, Fides était un éditeur jeunesse très en vue, avec notamment Henriette Major et Monique Corriveau. Ensuite, c’est tombé, mais ç’a repris dans les années 90 avec Antoine del Busso, qui a ramené Henriette Major chez Fides. Nous souhaitons continuer à développer l’axe jeunesse », affirme Mme Girard.
Fides souhaite également publier davantage de romans. « Nous avons recommencé à publier des romans il y a quelques années avec Yves Beauchemin, qui a fait quelques livres avec nous. Il y a aussi Louis Gauthier. Nous avons la volonté de publier quatre ou cinq romans par année. Nous tirons aussi notre épingle du jeu avec les romans-récits. Je pense par exemple à Les Suites pour violoncelle seul, écrit par Éric Siblin. C’est presque un récit historique sur Jean-Sébastien Bach, mais en même temps c’est de la fiction. »
Fides recommence également à créer des partenariats avec des musées. « Il y en avait plusieurs sous Antoine del Busso, et nous renouons avec les musées, indique Mme Girard. Nous sommes en train de développer un projet avec le Musée de la civilisation. Il y a trois ans, nous avons aussi publié un ouvrage sur l’histoire de la création de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Ce genre de collaboration est important pour Fides, puisque cela permet de réaliser des ouvrages d’envergure. »







