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    Le Québec maudit de Paul Desmarais

    21 avril 2012 |Michel Lapierre | Livres
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	Richard Le Hir ose, dans un essai, faire du financier Paul Desmarais l’adversaire de l’éveil québécois des années 1960.</div>
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    Richard Le Hir ose, dans un essai, faire du financier Paul Desmarais l’adversaire de l’éveil québécois des années 1960.
    Desmarais
    La dépossession tranquille
    Richard Le Hir
    Michel Brûlé
    Montréal, 2012, 288 pages
    Il y a peu de jours, Guy Rocher, l'un des artisans de la Révolution tranquille, a eu, au nom de l'esprit oublié de celle-ci, le courage de préconiser la gratuité de l'enseignement. De son côté, Richard Le Hir, ex-ministre du gouvernement de Jacques Parizeau, ose, dans un essai, faire du financier Paul Desmarais l'adversaire de l'éveil québécois des années 1960. Depuis 30 ans, le néolibéralisme compromet-il notre idéal démocratique?

    Le Hir répond oui. Si son livre Desmarais porte comme sous-titre La dépossession tranquille, c'est que, selon lui, le milliardaire d'origine franco-ontarienne, né en 1927 et installé au Québec depuis longtemps, représente «la face la plus détestable du capitalisme». L'auteur le range parmi les «prédateurs», qu'il prend soin de distinguer des «bâtisseurs», ces capitalistes qu'il respecte.

    Président de l'Association des manufacturiers du Québec de 1989 à 1994, Le Hir déclare: «Je ne suis ni contestataire ni révolutionnaire.» Cela ne l'empêche pas d'avoir l'audace de soutenir que Desmarais souhaitait la privatisation d'Hydro-Québec pour y investir!

    On pourrait reprocher à l'essayiste d'inventer un complot. Il signale que Michel Plessis-Bélair, l'un des administrateurs de Power Corporation, conglomérat financier contrôlé par Desmarais, siégeait aussi au conseil d'administration d'Hydro-Québec lorsque cette société d'État voulut, en 2009, acquérir Énergie Nouveau-Brunswick. La mainmise aurait, prétend Le Hir, transformé Hydro-Québec en « une entreprise interprovinciale de compétence fédérale en vertu de la Constitution » et permis sa privatisation.

    Sa thèse reste troublante, comme celle qu'il avance sur l'avenir du Mouvement Desjardins depuis que Monique Leroux en est à la tête. Le Hir nous apprend que Claude Béland lui a dit qu'il désespère de ce réseau coopératif dont il a été le président. L'auteur entrevoit le scénario d'une transformation en banque cotée en Bourse: «Desjardins passe sous contrôle fédéral, et puis Desjardins passe sous le contrôle de Power»!

    Si cela semble douteux, le parcours du théâtral Lucien Bouchard, ancien premier ministre péquiste, souvent reçu chez Desmarais au domaine de Sagard (Charlevoix), devenu président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, apparaît plus révélateur. Le Hir démontre que, par un jeu indirect, le milliardaire aura de gros intérêts dans l'éventuelle exploitation du gaz de schiste le long du Saint-Laurent.

    D'un strict point de vue économique, il croit que la voracité de Desmarais et de ses fils finira par avoir raison de leur succès. Mais il oublie le destin. Le financier reconnaît avoir jadis délaissé l'administration de Power Corporation durant deux jours pour lire Les rois maudits, de Maurice Druon, roman historique dont il adore le fatalisme... Que peut l'argent contre la fatalité ou seulement contre l'idéal démocratique qu'un Guy Rocher vient de ranimer?

    ***

    Collaborateur du Devoir












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