Calcutta ne veut pas de l'écrivaine Taslima Nasreen
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Taslima Nasreen lors de son passage à Montréal l’an dernier.
Le Devoir en Inde
New Delhi — La poussière à peine retombée à propos de la visite annulée de Salman Rushdie en Inde, au tour de Taslima Nasreen de souffrir les foudres d'organisations musulmanes — et de devoir s'y ajuster. Nirbasan (Exil), le dernier livre de l'écrivaine bangladaise, devait être lancé à la récente Foire du livre de Calcutta; le lancement a été annulé à la dernière minute par ses organisateurs apeurés par des protestations d'islamistes. Intolérance 2. Liberté d'expression 0.
Basé à Londres, M. Rushdie, auteur des Versets sataniques (1988), devait se rendre, fin janvier, au Rajasthan pour participer au Salon du livre de Jaipur. Des fondamentalistes musulmans ont soulevé un tollé. Il a renoncé à faire le voyage après avoir été informé que des tueurs à gages avaient apparemment été embauchés par la pègre de Mumbai pour l'assassiner. Le refus du gouvernement de défendre sa liberté de parole devant la minorité bruyante des radicaux a choqué le milieu intellectuel indien.
Menacée de mort pour son féminisme et sa critique de l'islam, Mme Nasreen s'est vue contrainte de fuir le Bangladesh en 1994. Son passeport révoqué, elle a vécu pendant dix ans en Europe et aux États-Unis, avant d'obtenir la permission en 2004 de s'installer à Calcutta (Kolkata), au Bengale-Occidental, État indien voisin du Bangladesh. Elle est aujourd'hui persona non grata au Bengale dont elle a été chassée en 2007 après des émeutes provoquées par des militants islamistes. Elle s'est installée à Delhi il y a un peu moins d'un an.
Par défi et en son absence, l'éditeur de Mme Nasreen, People's Book Society, a lancé Nirbasan en marge du salon de Kolkata.
Curieusement, a fait remarquer l'écrivaine dans le Times of India, son nouveau livre (dans lequel elle poursuit son autobiographie) a été lancé sans problème le lendemain à Dhaka, capitale du Bangladesh. «Le Bangladesh [à majorité musulmane] a fait ce que l'Inde laïque et démocratique aurait dû faire.»
Le monde à l'envers? Pas tout à fait. Ses livres sont à peu près tous interdits au Bangladesh. Pour autant, «qu'on y lance Nirbasan ne constitue pas vraiment un progrès, estime-t-elle. Les fondamentalistes n'ont pas adouci leur position. Ils s'opposent toujours à ce que je rentre. Sheikh Hasina [la première ministre du pays] a fait des gestes pour contrôler les radicaux. Mais pour moi, rien. Le Bangladesh m'exclut depuis 18 ans.»
Mme Nasreen trouve que les intellectuels indiens se sont portés à la défense de M. Rushdie avec autrement plus d'empressement qu'ils ne l'ont fait à son égard. Elle déplore que leur défense de la laïcité et de la liberté de parole soit à géométrie variable. «Il a reçu beaucoup d'appuis. Pourquoi ont-ils été si silencieux dans mon cas? Parce que c'est un homme et qu'il écrit en anglais?»
New Delhi — La poussière à peine retombée à propos de la visite annulée de Salman Rushdie en Inde, au tour de Taslima Nasreen de souffrir les foudres d'organisations musulmanes — et de devoir s'y ajuster. Nirbasan (Exil), le dernier livre de l'écrivaine bangladaise, devait être lancé à la récente Foire du livre de Calcutta; le lancement a été annulé à la dernière minute par ses organisateurs apeurés par des protestations d'islamistes. Intolérance 2. Liberté d'expression 0.
Basé à Londres, M. Rushdie, auteur des Versets sataniques (1988), devait se rendre, fin janvier, au Rajasthan pour participer au Salon du livre de Jaipur. Des fondamentalistes musulmans ont soulevé un tollé. Il a renoncé à faire le voyage après avoir été informé que des tueurs à gages avaient apparemment été embauchés par la pègre de Mumbai pour l'assassiner. Le refus du gouvernement de défendre sa liberté de parole devant la minorité bruyante des radicaux a choqué le milieu intellectuel indien.
Menacée de mort pour son féminisme et sa critique de l'islam, Mme Nasreen s'est vue contrainte de fuir le Bangladesh en 1994. Son passeport révoqué, elle a vécu pendant dix ans en Europe et aux États-Unis, avant d'obtenir la permission en 2004 de s'installer à Calcutta (Kolkata), au Bengale-Occidental, État indien voisin du Bangladesh. Elle est aujourd'hui persona non grata au Bengale dont elle a été chassée en 2007 après des émeutes provoquées par des militants islamistes. Elle s'est installée à Delhi il y a un peu moins d'un an.
Par défi et en son absence, l'éditeur de Mme Nasreen, People's Book Society, a lancé Nirbasan en marge du salon de Kolkata.
Curieusement, a fait remarquer l'écrivaine dans le Times of India, son nouveau livre (dans lequel elle poursuit son autobiographie) a été lancé sans problème le lendemain à Dhaka, capitale du Bangladesh. «Le Bangladesh [à majorité musulmane] a fait ce que l'Inde laïque et démocratique aurait dû faire.»
Le monde à l'envers? Pas tout à fait. Ses livres sont à peu près tous interdits au Bangladesh. Pour autant, «qu'on y lance Nirbasan ne constitue pas vraiment un progrès, estime-t-elle. Les fondamentalistes n'ont pas adouci leur position. Ils s'opposent toujours à ce que je rentre. Sheikh Hasina [la première ministre du pays] a fait des gestes pour contrôler les radicaux. Mais pour moi, rien. Le Bangladesh m'exclut depuis 18 ans.»
Mme Nasreen trouve que les intellectuels indiens se sont portés à la défense de M. Rushdie avec autrement plus d'empressement qu'ils ne l'ont fait à son égard. Elle déplore que leur défense de la laïcité et de la liberté de parole soit à géométrie variable. «Il a reçu beaucoup d'appuis. Pourquoi ont-ils été si silencieux dans mon cas? Parce que c'est un homme et qu'il écrit en anglais?»
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