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    Les ravages de la passion

    28 janvier 2012 |Danielle Laurin | Livres
    Née en 1968, Martine Delvaux est romancière et essayiste.<br />
    Photo: David Olivier Née en 1968, Martine Delvaux est romancière et essayiste.
    Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage
    Martine Delvaux
    Héliotrope
    Montréal, 2012, 174 pages
    Intensité. C'est le mot clé. Intensité de l'écriture, modelée sur l'intensité du désir. Sur l'absolu de la passion. Et sur la nécessité absolue d'en finir avec cette passion, pour sauver sa peau.

    Bienvenue dans le cauchemar amoureux, version Martine Delvaux. Bienvenue dans Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage. Pas de répit, pas de faux-fuyants. Pas moyen d'y échapper. Ça va faire mal.

    «Il a fallu attendre avant de jeter les premières lignes, comme on attend avant de faire l'amour avec l'être qu'on désire et qu'on n'a pas encore touché.» C'est la première phrase du roman.

    C'est une femme qui écrit. Elle écrit à l'homme qu'elle a aimé, tellement. Qu'elle aime encore, peut-être. Mais qu'elle ne veut plus voir dans sa vie. Qui lui a gâché la vie. Elle lui en veut, tellement. «Je ne te pardonnerai jamais de ne pas être celui que j'ai aimé.»

    Ce livre, elle l'écrit comme une longue lettre à celui qui l'a trahie. Il a trahi l'image qu'elle avait de lui, il a trahi ce qu'elle avait cru voir en lui. Il a trahi l'amour qu'elle avait pour lui.

    Ce livre, comme un questionnement sur l'amour même. Sur le mirage de l'amour. Et sur le manque. Sur le deuil difficile de l'autre. Le deuil impossible de l'amour fou, du désir tatoué sur la peau.

    Ce livre, comme un questionnement sur l'écriture, aussi. L'écriture, comme nécessité. Comme deuxième peau. Écrire, pour donner un sens à ce qui a été vécu. Pour toucher à la réalité, rendre palpable ce qui a été vécu, ce qui a existé. À la façon d'une Annie Ernaux.

    Vivre les choses pour pouvoir les écrire? Aller jusque-là? Aller jusqu'à se jeter dans la gueule du loup pour pouvoir l'écrire? «Je ne sais pas si j'ai vécu cet amour pour pouvoir l'écrire, ou si je l'écris pour qu'il finisse par exister.»

    Il lui avait interdit d'écrire sur lui, sur leur histoire, mais tant pis. À la façon d'une Christine Angot, d'une Camille Laurens, elle ne peut pas s'en empêcher, ne peut s'empêcher de tout déballer, de régler ses comptes avec lui, pour sauver sa peau, ne pas sombrer dans la folie. «Je vais t'écrire mon amour jusqu'à le faire mourir pour ne pas mourir moi-même de l'avoir perdu.»

    Ce livre, comme une arme, comme une «dernière balle».

    Ils se sont connus en Italie. Coup de foudre. Première nuit. Vertige, extase, chavirement. Elle est au bord de l'évanouissement. Jamais ressenti ça. À ce point-là.

    Elle en redemandera, ne pourra plus se passer de lui. Elle va se perdre complètement dans cette passion, va cesser de s'appartenir, devenir dépendante de lui. Plus rien d'autre n'existera autour que son désir de lui.

    Encore là, on pense à Annie Ernaux. À son livre Passion simple, en particulier. Mais en plus intense, si c'est possible, en plus ravageur. «On aurait dit que j'avais été droguée, enlevée par des extraterrestres, ou que j'étais devenue membre d'une secte.»

    C'est ce qu'elle raconte, après coup. Alors qu'elle s'est réfugiée à Rome, ville de beauté, ville d'histoire aussi, de tragédies. Là, elle revit sa propre tragédie.

    Elle revit tout. Dans le détail. Dans le désordre. Son arrivée à lui à Montréal, chez elle. Lui, le beau Slave ténébreux. Qui va devenir son mari. Qui va se transformer en monstre. En manipulateur de première.

    Elle n'en croit pas ses yeux, ses oreilles. Tant de mépris, tant de haine. Comment est-ce possible? Elle va de surprise en surprise, de déception en désillusion.

    C'est l'histoire d'une femme qui a été bernée, finalement. Bernée par un homme, bernée par l'amour. Ce n'est pas la première à qui ça arrive... Mais la façon qu'a Martine Delvaux de mettre en scène cette histoire prend aux tripes.

    Au début, du moins. Un tourbillon. De mots, d'émotions. De rage, de peine et de désir mêlés. Mais on finit par tourner en rond, par se lasser quelque peu. Par trouver démesurées, aussi, les comparaisons constantes entre l'histoire de la Rome antique, avec ses guerres, ses despotes, et l'histoire de cette passion amoureuse qui a mal tourné.

    Et puis, cette victimisation de la femme. Alors que l'homme apparaît comme un bourreau. Ça finit par peser. Ce n'est plus de trahison qu'il s'agit, c'est carrément d'abus.

    Les pages les plus fortes du livre, outre le début, concernent la montée du désir. Et l'extase de la première nuit. Après, il y a un creux. Ça va, ça vient. Mais ce qui nous tient, nous retient, c'est le combat que livre cette femme à elle-même.

    Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Une femme perdue, ravagée, abusée, qui lutte pour retrouver ses esprits, son identité, sa vie. Et qui s'en sort par l'écriture.
     
     
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