Nouvelles technologies - S'abrutir avec Internet
Nicholas Carr propose une fascinante histoire... de l'écriture et de la lecture
À retenir
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Internet rend-il bête?
Nicholas Carr
Traduit de l'anglais par Marie-France Desjeux
Robert Laffont
Paris, 2011, 324 pages
Dans un ouvrage au titre provocateur, Internet rend-il bête?, le journaliste et blogueur américain Nicholas Carr développe la thèse selon laquelle cette nouvelle technologie modifie l'esprit humain dans un sens inquiétant. «Calme, con-centré et fermé aux distractions, écrit-il, l'esprit linéaire est marginalisé par un esprit d'un nouveau type qui aspire à recevoir et à diffuser par brefs à-coups une information décousue et souvent redondante.» Le survol et la lecture en diagonale deviennent nos nouveaux modes de lecture et nous enferment de plus en plus dans «la pensée hâtive et distraite».
Inspiré par la thèse de McLuhan selon laquelle «le média, c'est le message», c'est-à-dire que «le contenu d'un média a moins d'importance que le média lui-même pour son influence sur notre façon de penser et d'agir», Carr montre qu'Internet, par sa nature même, nuit à notre degré d'attention et favorise la dispersion mentale. «La nécessité d'évaluer les liens et d'effectuer des choix de navigation en conséquence, tout en traitant un tas de stimuli sensoriels fugaces, exige en permanence une coordination mentale et des prises de décision, ce qui empêche le cerveau de chercher à comprendre le texte ou toute autre information», explique-t-il, en se basant sur de multiples études neuropsychologiques.
Carr, qui avoue avoir dû faire de gros efforts pour se libérer de sa dépendance à la Toile le temps d'écrire son essai, propose dans ces pages une fascinante histoire de l'écriture et de la lecture. Cette démarche le mène à faire l'éloge de la «lecture profonde», rendue possible grâce au livre sur support papier tel qu'on le connaît, qui a déterminé «l'éthique intellectuelle» de la Renaissance, des Lumières et de la Modernité et qui «a renforcé et raffiné l'expérience de la vie et de la nature chez les in-dividus». C'est cette éthique qui disparaît avec Internet. «Les cultivateurs de la connaissance personnelle que nous sommes évoluent pour devenir des chasseurs et cueilleurs dans la forêt des données numériques», déplore-t-il. Cette régression ne serait pas sans lien avec la progression des diagnostics de déficit de l'attention. Pendant ce temps, Jean Charest investit dans des tableaux interactifs pour contrer le décrochage scolaire, qui affecte principalement les piètres lecteurs. Cherchez l'erreur!
«Devant tous les médias, écrivait McLuhan, notre réaction classique — de dire que ce qui compte, c'est la façon dont on s'en sert —, c'est d'adopter l'attitude hébétée du crétin technologique.» Dans cet ouvrage solide sur les plans scientifique et philosophique, Nicholas Carr nous met en garde. «Le prix que nous payons pour prendre à notre compte la puissance de la technologie est l'aliénation, conclut-il. [...] Les outils de l'esprit amplifient et engourdissent les plus intimes et les plus humaines de nos capacités naturelles — celles qui desservent la raison, la perception, la mémoire et les émotions.» C'est parce que vous lisez encore des livres, ou ce journal, que vous le savez.
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Collaborateur du Devoir
Inspiré par la thèse de McLuhan selon laquelle «le média, c'est le message», c'est-à-dire que «le contenu d'un média a moins d'importance que le média lui-même pour son influence sur notre façon de penser et d'agir», Carr montre qu'Internet, par sa nature même, nuit à notre degré d'attention et favorise la dispersion mentale. «La nécessité d'évaluer les liens et d'effectuer des choix de navigation en conséquence, tout en traitant un tas de stimuli sensoriels fugaces, exige en permanence une coordination mentale et des prises de décision, ce qui empêche le cerveau de chercher à comprendre le texte ou toute autre information», explique-t-il, en se basant sur de multiples études neuropsychologiques.
Carr, qui avoue avoir dû faire de gros efforts pour se libérer de sa dépendance à la Toile le temps d'écrire son essai, propose dans ces pages une fascinante histoire de l'écriture et de la lecture. Cette démarche le mène à faire l'éloge de la «lecture profonde», rendue possible grâce au livre sur support papier tel qu'on le connaît, qui a déterminé «l'éthique intellectuelle» de la Renaissance, des Lumières et de la Modernité et qui «a renforcé et raffiné l'expérience de la vie et de la nature chez les in-dividus». C'est cette éthique qui disparaît avec Internet. «Les cultivateurs de la connaissance personnelle que nous sommes évoluent pour devenir des chasseurs et cueilleurs dans la forêt des données numériques», déplore-t-il. Cette régression ne serait pas sans lien avec la progression des diagnostics de déficit de l'attention. Pendant ce temps, Jean Charest investit dans des tableaux interactifs pour contrer le décrochage scolaire, qui affecte principalement les piètres lecteurs. Cherchez l'erreur!
«Devant tous les médias, écrivait McLuhan, notre réaction classique — de dire que ce qui compte, c'est la façon dont on s'en sert —, c'est d'adopter l'attitude hébétée du crétin technologique.» Dans cet ouvrage solide sur les plans scientifique et philosophique, Nicholas Carr nous met en garde. «Le prix que nous payons pour prendre à notre compte la puissance de la technologie est l'aliénation, conclut-il. [...] Les outils de l'esprit amplifient et engourdissent les plus intimes et les plus humaines de nos capacités naturelles — celles qui desservent la raison, la perception, la mémoire et les émotions.» C'est parce que vous lisez encore des livres, ou ce journal, que vous le savez.
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