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    Histoire - L'Australie des Patriotes déportés

    14 janvier 2012 |Michel Lapierre | Livres
    Un profond sentiment d'injustice
    Beverley D. Boissery
    Lux
    Montréal, 2011, 496 pages
    En 1839, la Grande-Bretagne déporte du Bas-Canada dans une de ses colonies pénitentiaires, la Nouvelle-Galles-du-Sud (aujourd'hui un État australien), 58 hommes condamnés pour haute trahison à la suite de leur participation à la révolte des Patriotes. Là-bas, une sympathie jaillit de la population locale, formée en bonne partie de catholiques déportés de l'Irlande. La solidarité universelle des colonisés s'exprime jusqu'au bout du monde.

    À cette incidence internationale, si minime fût-elle, de la lutte menée au Bas-Canada pour l'émancipation du peuple et la démocratie, Beverley D. Boissery, née en Australie et installée depuis longtemps en Colombie-Britannique, a consacré un ouvrage très fouillé. Traduit de l'anglais, il ne s'intitule pas en vain Un profond sentiment d'injustice. S'appuyant sur le droit britannique, l'historienne montre que, pour prononcer nombre de sentences, on négligea la notion de doute raisonnable.

    Elle met en relief que seuls ceux «qui, ne pouvant pas faire jouer des contacts politiques ou leurs liens avec des parents bien placés, ont été punis de mort ou de déportation». Considérés comme «rebelles», les Patriotes ne comparurent pas devant un tribunal civil mais devant une cour martiale. L'un des accusés, Pierre-Hector Morin, devina le vrai motif de condamnation: «la tare originelle d'être des CANADIENS», et non des Britanniques.

    Un autre accusé, François-Xavier Prieur, s'aperçut que quelques juges s'amusaient à dessiner des bonshommes pendus à des gibets... Seul un journal tory, comme la Montreal Gazette, défenseur du pouvoir colonial, louait l'impartialité de la cour.

    En Nouvelle-Galles-du-Sud, son pendant, le Sydney Herald, s'opposera à la libération des Patriotes du Bas-Canada, internés dans un camp de travail. Mais des journaux australiens plus libéraux, comme le Sydney Monitor, leur seront favorables.

    Celui-ci vantera leur conduite «impeccable» et réclamera qu'ils soient émancipés «après la plus courte période de mise en liberté conditionnelle possible». Mais François-Maurice Lepailleur, l'un des déportés, affirmera: «Le malheur de l'exil est plus grand que celui de la mort...»

    Malgré tout, une stimulante expérience mutuelle résulta de la rencontre entre les Patriotes, qui, souligne Beverley Boissery avec acuité, «venaient d'une culture communautaire», et la société australienne naissante. Cette dernière, souvent issue de couches opprimées ou délinquantes, victimes de l'impitoyable hiérarchisation sociale et politico-religieuse de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, se caractérisait, selon l'historienne, par une promiscuité sexuelle et une violence inconnues chez nous.

    Mais, au retour des exilés entre 1844 et 1848, les gens en vue, parmi eux, se rangèrent, sauf Hippolyte Lanctôt, fidèle à Papineau, au nombre des assagis politiques à qui le châtiment n'aura révélé que les vertus de l'immobilisme.

    ***

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