Ami de Borduas - Mort du poète automatiste Rémi-Paul Forgues
Photo : Source: Famille Forgues
Rémi-Paul Forgues au début des années 1940, son diplôme du collège Saint-Laurent à la main
«Parmi ce que le sort a donné à l'homme d'allégement, l'art de Borduas est peut-être ce qui saoule le plus l'âme, écrit en 1945 Rémi-Paul Forgues à propos du maître des automatistes. Pour nous l'art de Borduas est la route qui mène à l'action, la route où les arbres, les eaux, les animaux ont cette familiarité communicative de la joie.»
Essayiste, surtout poète, lié de près au mouvement automatiste conduit par Paul-Émile Borduas, Rémi-Paul Forgues est décédé au cours de la fin de semaine dernière. Né en 1926, il mène des études au collège Saint-Laurent, prend des leçons particulières de François Hertel, se passionne pour la musique, en particulier pour Stravinski et, plus tard, pour le jazz. Il apprend le piano, gagne au moins un concours.
Curieux, il découvre très tôt l'oeuvre d'André Breton, publie quelques poèmes dans Le jour, journal dirigé par Jean-Charles Harvey, fait la connaissance de Paul-Émile Borduas, suit bientôt quelques-uns des cours de dessin du maître et adhère corps et âme au mouvement automatiste.
En 1945, le journal des étudiants de l'Université de Montréal, Le Quartier latin, accueille un article de Forgues dans lequel il défend ses amis et présente «le surréalisme à Montréal» en ces termes: «Il est satisfaisant de penser que plusieurs d'entre nous ont rompu avec tous ceux, maîtres ou idoles responsables de l'annihilation de l'esprit. Je voudrais communiquer à tous notre volonté de vivre la plénitude de l'être: du corps et de l'esprit, notre désir de ne rien admettre au détriment de cette unité de l'homme. Dès aujourd'hui nous adhérons entièrement au surréalisme; nous serons ces "travailleurs horribles" dont parle Rimbaud. Autour de Paul-Émile Borduas, une jeunesse enthousiaste s'est levée, nous acceptons le combat jusqu'à l'horizon crucial.»
Parcours d'un poète
Selon l'historien de l'art François-Marc Gagnon, l'idée d'un manifeste que devrait écrire Borduas — qui conduira à la rédaction de Refus global en 1948 — est né dès 1945 dans l'atelier de Fernand Leduc, rue Jeanne-Mance, où s'assemblaient chaque soir avec lui Bruno Cormier et Rémi-Paul Forgues. Ce dernier ne sera cependant pas un des signataires du fameux manifeste, que certains considèrent comme une pierre angulaire pour le Québec moderne.
En 1947, il participe à la réalisation du premier numéro d'un cahier des Ateliers d'arts graphiques, où les automatistes sont représentés par des oeu-vres de Borduas, Pierre Gauvreau, Thérèse Renaud, Jean-Paul Mousseau, ainsi que par un poème intitulé Tu es là Douce Yole-Iris de ma Fin, signé Rémi-Paul Forgues.
Au début des années 1950, Forgues apparaît de plus en plus solitaire et craintif, expliquait hier sa soeur Pauline. «À compter de 1950, il était dépressif, n'était plus le même du tout. Il était craintif. Il ne voulait plus rien savoir ni des automatistes ni du monde en général. Il lisait beaucoup, il peignait aussi, à la manière de monsieur Borduas. Il écoutait Bach, l'opéra aussi. Il s'est alors consacré tout entier à notre petit frère, qui était trisomique.» Sa nièce, Cécile Girard, ajoute que son oncle «était une âme torturée».
En 1974, à l'initiative du poète et éditeur Gaëtan Dostie, les éditions de l'Hexagone ont rassemblé quelques-uns de ses textes sous le titre de Poèmes du vent et des ombres. Ce sera son seul livre publié. Une large partie de son oeuvre demeure dispersée dans des périodiques ou demeure à l'état de manuscrit. Rémi-Paul Forgues est décédé le samedi 7 janvier au matin, à l'hôpital St. Mary's de Montréal.
Essayiste, surtout poète, lié de près au mouvement automatiste conduit par Paul-Émile Borduas, Rémi-Paul Forgues est décédé au cours de la fin de semaine dernière. Né en 1926, il mène des études au collège Saint-Laurent, prend des leçons particulières de François Hertel, se passionne pour la musique, en particulier pour Stravinski et, plus tard, pour le jazz. Il apprend le piano, gagne au moins un concours.
Curieux, il découvre très tôt l'oeuvre d'André Breton, publie quelques poèmes dans Le jour, journal dirigé par Jean-Charles Harvey, fait la connaissance de Paul-Émile Borduas, suit bientôt quelques-uns des cours de dessin du maître et adhère corps et âme au mouvement automatiste.
En 1945, le journal des étudiants de l'Université de Montréal, Le Quartier latin, accueille un article de Forgues dans lequel il défend ses amis et présente «le surréalisme à Montréal» en ces termes: «Il est satisfaisant de penser que plusieurs d'entre nous ont rompu avec tous ceux, maîtres ou idoles responsables de l'annihilation de l'esprit. Je voudrais communiquer à tous notre volonté de vivre la plénitude de l'être: du corps et de l'esprit, notre désir de ne rien admettre au détriment de cette unité de l'homme. Dès aujourd'hui nous adhérons entièrement au surréalisme; nous serons ces "travailleurs horribles" dont parle Rimbaud. Autour de Paul-Émile Borduas, une jeunesse enthousiaste s'est levée, nous acceptons le combat jusqu'à l'horizon crucial.»
Parcours d'un poète
Selon l'historien de l'art François-Marc Gagnon, l'idée d'un manifeste que devrait écrire Borduas — qui conduira à la rédaction de Refus global en 1948 — est né dès 1945 dans l'atelier de Fernand Leduc, rue Jeanne-Mance, où s'assemblaient chaque soir avec lui Bruno Cormier et Rémi-Paul Forgues. Ce dernier ne sera cependant pas un des signataires du fameux manifeste, que certains considèrent comme une pierre angulaire pour le Québec moderne.
En 1947, il participe à la réalisation du premier numéro d'un cahier des Ateliers d'arts graphiques, où les automatistes sont représentés par des oeu-vres de Borduas, Pierre Gauvreau, Thérèse Renaud, Jean-Paul Mousseau, ainsi que par un poème intitulé Tu es là Douce Yole-Iris de ma Fin, signé Rémi-Paul Forgues.
Au début des années 1950, Forgues apparaît de plus en plus solitaire et craintif, expliquait hier sa soeur Pauline. «À compter de 1950, il était dépressif, n'était plus le même du tout. Il était craintif. Il ne voulait plus rien savoir ni des automatistes ni du monde en général. Il lisait beaucoup, il peignait aussi, à la manière de monsieur Borduas. Il écoutait Bach, l'opéra aussi. Il s'est alors consacré tout entier à notre petit frère, qui était trisomique.» Sa nièce, Cécile Girard, ajoute que son oncle «était une âme torturée».
En 1974, à l'initiative du poète et éditeur Gaëtan Dostie, les éditions de l'Hexagone ont rassemblé quelques-uns de ses textes sous le titre de Poèmes du vent et des ombres. Ce sera son seul livre publié. Une large partie de son oeuvre demeure dispersée dans des périodiques ou demeure à l'état de manuscrit. Rémi-Paul Forgues est décédé le samedi 7 janvier au matin, à l'hôpital St. Mary's de Montréal.
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