Filière haïtienne
Photo : François Pesant - Le Devoir
Le roman de Florence Meney a pour toile de fond la tragédie haïtienne de 2010.
À retenir
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Répliques mortelles
Florence Meney
Éditions Michel Brûlé
Montréal, 2012, 371 pages
Elle est journaliste. Pour la télé. À Montréal. Elle a couvert le tremblement de terre de janvier 2010 en Haïti. Deux ans plus tard, elle ne s'en remet pas. Sa vie professionnelle et personnelle vole en éclats.
Elle s'appelle Elsa. Elsa Lessard. Ne cherchez pas: elle n'existe pas dans la réalité. Elle est l'héroïne de Répliques mortelles. Un habile et complexe thriller psychologique. Signé Florence Meney, essayiste... et journaliste à Radio-Canada.
Elsa Lessard n'existe pas dans la réalité, mais c'est tout comme. On y croit. On est là, dans sa tête. On plonge avec elle dans les coulisses du journalisme, on colle aux faits, à l'actualité. On plonge avec elle dans ses cauchemars, ses traumatismes, aussi. Et on replonge avec elle dans ses souvenirs, son enfance, ses secrets. Mais à petits pas.
Tout va s'emboîter. Lentement. Tout semble d'abord partir dans plusieurs directions à la fois. Plusieurs personnages entrent en jeu. À tour de rôle. À commencer par l'équipe de travail d'Elsa, tandis que la station s'apprête à commémorer avec des documents d'archives le funeste séisme.
On verra aussi apparaître des médecins, un diplomate, une enseignante, un journaliste d'une chaîne concurrente... toutes sortes de gens qui se trouvaient en Haïti deux ans auparavant. Incluant une petite orpheline haïtienne. Et un universitaire américain.
Tout s'est joué dans les décombres d'un orphelinat. Que s'est-il passé au juste? Des zones d'ombre demeurent. Mais à bien y regarder, les images captées ce jour-là pourraient bien révéler quelque chose de suspect.
Quelque chose de suspect, on ne sait pas quoi encore... mais qui fait qu'un meurtre sera commis. Suivi d'une tentative de meurtre. La vie d'Elsa sera elle-même en danger. Suspens, mystère, danger. Qui est le meurtrier? Quelles sont ses motivations?
L'auteure multiplie les fausses pistes, comme il se doit. Elle prend plaisir à retarder le moment de vérité. Même une fois résolue l'énigme, écarté le danger, elle en remet une couche, à la toute fin, ajoute une touche d'imprévu, dans le registre intimiste.
Tout cela avec en toile de fond la tragédie haïtienne de 2010, et ses conséquences. Tout cela sur fond de trafic d'enfants. Et de questionnement sur le rôle des médias, sur leur course aux cotes d'écoute.
Tout cela avec, parallèlement, des drames personnels. Et familiaux. Des chassés-croisés amoureux, aussi. Des jeux d'ego. Des intrigues de bureau. Des intrigues de toutes sortes, en fait, qui n'ont rien à voir avec la trame principale. À première vue.
Des détails, beaucoup de détails. Les amateurs de thrillers purs et durs pourraient trouver le temps long. Et mettre en doute le modus operandi du meurtrier, en cours de route. De même que les raisons de son comportement. Tout ça pour ça?
Les amateurs de littérature purs et durs pourraient aussi se montrer sceptiques au départ. On est plus près de la littérature populaire que de la littérature littéraire, en un mot. Pas que la langue soit malmenée, pas du tout. Il y a bien quelques tics, quelques clichés d'expression, mais elle est gracieuse, l'écriture de Florence Meney.
Seulement, on n'est pas devant une auteure qui se regarde écrire ici. On est devant quelqu'un qui raconte. Qui met son écriture au service de l'histoire, des histoires qu'elle raconte.
Ce qui est remarquable, c'est l'aspect factuel de ce roman. Les faits, les événements relatés qui s'inspirent de la réalité, de l'actualité, sont rendus sans lourdeur, avec intelligence, vivacité. Autant quand il est question de la reconstitution du tremblement de terre haïtien, que de l'atmosphère d'une salle des nouvelles: on y est.
C'est aussi dans la façon dont Florence Meney fouille la conscience pas du tout tranquille de certains de ses personnages qu'elle excelle. Dans la façon dont elle fouille la conscience de son héroïne, surtout.
Attachante, Elsa Lessard. Brillante. Et vulnérable. Pleine de failles. Pas du tout unidimensionnelle. Humaine, trop humaine. Crédible au possible. On aimerait bien la revoir, d'ailleurs. Savoir ce qu'elle va devenir.
En filigrane, on a bien apprécié aussi le duo d'enquêteurs dans l'affaire. Le Français pincé, froid, misogyne, mais hyper méthodique, efficace. Et le Québécois plus jeune, plus ouvert, plus décontracté, mais pas moins fiable. Ces deux-là sont typés, mais incarnés, vivants.
Finalement, c'est dans l'enchevêtrement du factuel et du psychologique que se situe la force de Répliques mortelles. Dans l'enchevêtrement du collectif et de l'individuel. Dans l'enchevêtrement des histoires parallèles, qui malgré leur caractère disparate, témoignent d'une même complexité humaine.
En librairie le 11 janvier.
Elle s'appelle Elsa. Elsa Lessard. Ne cherchez pas: elle n'existe pas dans la réalité. Elle est l'héroïne de Répliques mortelles. Un habile et complexe thriller psychologique. Signé Florence Meney, essayiste... et journaliste à Radio-Canada.
Elsa Lessard n'existe pas dans la réalité, mais c'est tout comme. On y croit. On est là, dans sa tête. On plonge avec elle dans les coulisses du journalisme, on colle aux faits, à l'actualité. On plonge avec elle dans ses cauchemars, ses traumatismes, aussi. Et on replonge avec elle dans ses souvenirs, son enfance, ses secrets. Mais à petits pas.
Tout va s'emboîter. Lentement. Tout semble d'abord partir dans plusieurs directions à la fois. Plusieurs personnages entrent en jeu. À tour de rôle. À commencer par l'équipe de travail d'Elsa, tandis que la station s'apprête à commémorer avec des documents d'archives le funeste séisme.
On verra aussi apparaître des médecins, un diplomate, une enseignante, un journaliste d'une chaîne concurrente... toutes sortes de gens qui se trouvaient en Haïti deux ans auparavant. Incluant une petite orpheline haïtienne. Et un universitaire américain.
Tout s'est joué dans les décombres d'un orphelinat. Que s'est-il passé au juste? Des zones d'ombre demeurent. Mais à bien y regarder, les images captées ce jour-là pourraient bien révéler quelque chose de suspect.
Quelque chose de suspect, on ne sait pas quoi encore... mais qui fait qu'un meurtre sera commis. Suivi d'une tentative de meurtre. La vie d'Elsa sera elle-même en danger. Suspens, mystère, danger. Qui est le meurtrier? Quelles sont ses motivations?
L'auteure multiplie les fausses pistes, comme il se doit. Elle prend plaisir à retarder le moment de vérité. Même une fois résolue l'énigme, écarté le danger, elle en remet une couche, à la toute fin, ajoute une touche d'imprévu, dans le registre intimiste.
Tout cela avec en toile de fond la tragédie haïtienne de 2010, et ses conséquences. Tout cela sur fond de trafic d'enfants. Et de questionnement sur le rôle des médias, sur leur course aux cotes d'écoute.
Tout cela avec, parallèlement, des drames personnels. Et familiaux. Des chassés-croisés amoureux, aussi. Des jeux d'ego. Des intrigues de bureau. Des intrigues de toutes sortes, en fait, qui n'ont rien à voir avec la trame principale. À première vue.
Des détails, beaucoup de détails. Les amateurs de thrillers purs et durs pourraient trouver le temps long. Et mettre en doute le modus operandi du meurtrier, en cours de route. De même que les raisons de son comportement. Tout ça pour ça?
Les amateurs de littérature purs et durs pourraient aussi se montrer sceptiques au départ. On est plus près de la littérature populaire que de la littérature littéraire, en un mot. Pas que la langue soit malmenée, pas du tout. Il y a bien quelques tics, quelques clichés d'expression, mais elle est gracieuse, l'écriture de Florence Meney.
Seulement, on n'est pas devant une auteure qui se regarde écrire ici. On est devant quelqu'un qui raconte. Qui met son écriture au service de l'histoire, des histoires qu'elle raconte.
Ce qui est remarquable, c'est l'aspect factuel de ce roman. Les faits, les événements relatés qui s'inspirent de la réalité, de l'actualité, sont rendus sans lourdeur, avec intelligence, vivacité. Autant quand il est question de la reconstitution du tremblement de terre haïtien, que de l'atmosphère d'une salle des nouvelles: on y est.
C'est aussi dans la façon dont Florence Meney fouille la conscience pas du tout tranquille de certains de ses personnages qu'elle excelle. Dans la façon dont elle fouille la conscience de son héroïne, surtout.
Attachante, Elsa Lessard. Brillante. Et vulnérable. Pleine de failles. Pas du tout unidimensionnelle. Humaine, trop humaine. Crédible au possible. On aimerait bien la revoir, d'ailleurs. Savoir ce qu'elle va devenir.
En filigrane, on a bien apprécié aussi le duo d'enquêteurs dans l'affaire. Le Français pincé, froid, misogyne, mais hyper méthodique, efficace. Et le Québécois plus jeune, plus ouvert, plus décontracté, mais pas moins fiable. Ces deux-là sont typés, mais incarnés, vivants.
Finalement, c'est dans l'enchevêtrement du factuel et du psychologique que se situe la force de Répliques mortelles. Dans l'enchevêtrement du collectif et de l'individuel. Dans l'enchevêtrement des histoires parallèles, qui malgré leur caractère disparate, témoignent d'une même complexité humaine.
En librairie le 11 janvier.
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