Histoire d'antan et histoire d'amour en Beauce
Photo : Jean-François Nadeau - Le Devoir
Maison abandonnée
À retenir
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Maggie
Daniel Lessard
Éditions Pierre Tisseyre
Montréal, 2011, 392 pages
Nous sommes en 1914, dans un petit village beauceron. Les catholiques (francophones) entretiennent des relations pacifiques, au pire marquées d'indifférence, avec la petite communauté protestante (anglophone) du coin. Jusqu'à ce qu'un curé despotique vienne mettre le feu aux poudres...
C'est la toile de fond de Maggie, roman historique «basé sur des faits véridiques», nous prévient-on. Et première oeuvre de fiction de l'ex-journaliste de Radio-Canada Daniel Lessard, lui-même Beauceron.
Disons-le tout de suite: l'auteur possède l'art de raconter. C'est coloré, la langue est chaude, teintée de régionalismes, d'expressions de l'époque. C'est plein de péripéties, c'est rocambolesque, même.
C'est tragique. Mais drôle par moments. Les dialogues sont vivants. Et les personnages typés, pour ne pas dire caricaturaux, dans le cas du curé surtout. Ça fait partie du jeu, du genre.
Rien d'innovateur dans la forme, d'accord. Ce n'était pas le but non plus, on s'en doute. Rien pour crier au génie. Mais un vrai plaisir de lecture, pour qui aime les bons vieux romans qui nous replongent habilement dans la vie d'antan.
On pense, pour la manière, aux Belles histoires des pays d'en haut. On pense aussi aux Filles de Caleb, pour les descriptions de la vie rurale, et parce que le personnage principal, Maggie, est maîtresse d'école, qu'elle est déchirée, comme la belle Émilie, entre sa vocation et l'amour fou qu'elle éprouve pour un homme.
Sauf que l'homme en question, ici, est protestant. Tandis que Maggie est catholique. Et Irlandaise, de surcroît. Par son père. Autant dire étrangère. Différente. Suspecte.
Une Irlandaise au tempérament de feu, Maggie. Qui n'en fait qu'à sa tête, n'obéit à aucun dogme, ne se plie à aucune autorité, surtout pas religieuse. Une femme libre, avant-gardiste. Fière, brillante. Mais à qui on le fera payer cher.
Une femme qui choisit de vivre en marge de la société pour préserver son indépendance d'esprit, son autonomie. Mais à qui il arrive de prendre les mauvaises décisions, sur un coup de tête.
Une femme amoureuse. Belle, sensuelle, troublante. Passionnée. C'est le portrait que trace Daniel Lessard de son héroïne. S'attardant, au passage, sur le sort réservé aux femmes de l'époque. Aux maîtresses d'école, en particulier, à qui l'on refusait le mariage. Aux pécheresses qui tombaient enceintes avant le mariage aussi, et osaient entrevoir l'avortement.
Un village qui prend vie
Autour de Maggie, c'est tout un village qui prend vie. Tandis que la guerre gronde au loin et que la conscription de Borden va déchirer la population canadienne. Tandis que les magouilles politiques sont monnaie courante. Et le clergé tout-puissant.
Autour de Maggie: un maire de village ambitieux qui a bien l'intention d'être réélu et un curé détestable qui s'acharne à démoniser les protestants. Les deux hommes se livrent une guerre (de pouvoir) sans merci.
Autour de Maggie: une population en grande partie illettrée. Qu'on mène en bateau. Qui craint la damnation de l'enfer, qui a peur des revenants, parfois jusqu'à la folie. Et qui raffole des ragots, adore manger du prochain.
Au programme: menaces d'excommunication, procès pour moeurs légères. Et parodie de justice. Au programme: suicide, incendie criminel, échanges de coups de feu. Et même meurtre.
Il s'en passe, des choses, dans ce petit village. Tout ça à cause de Maggie, d'une certaine façon. De son amour fou pour un protestant. Tout ça à cause d'un curé malveillant, de son acharnement sur Maggie, surtout. Et à travers elle, sur les protestants. Tout ça à cause d'un maire qui refuse de prendre trop clairement position, aussi, de peur de perdre ses élections.
La culpabilité, ou plutôt le sentiment de culpabilité, est l'un des thèmes dominants du roman. Avec le refus de la différence, la peur de l'autre. Et les ravages de la religion toute-puissante, bien sûr.
Tout ça porté par une histoire d'amour. Une grande histoire d'amour, qui se vit dans l'attente, pour une grande partie du roman. Alors que l'homme est parti, au front. Que la femme est sans nouvelles de lui. Jusqu'à ce que...
Tout ça fait boule de neige. Tout ça s'enchaîne, déboule. Il suffit de lire la première phrase: «Maggie Miller s'échine dans la neige, relève sa crémone rouge pour se protéger de la tempête qui tournoie, rageuse, autour d'elle.» Et c'est parti!
***
Collaboratrice du Devoir
C'est la toile de fond de Maggie, roman historique «basé sur des faits véridiques», nous prévient-on. Et première oeuvre de fiction de l'ex-journaliste de Radio-Canada Daniel Lessard, lui-même Beauceron.
Disons-le tout de suite: l'auteur possède l'art de raconter. C'est coloré, la langue est chaude, teintée de régionalismes, d'expressions de l'époque. C'est plein de péripéties, c'est rocambolesque, même.
C'est tragique. Mais drôle par moments. Les dialogues sont vivants. Et les personnages typés, pour ne pas dire caricaturaux, dans le cas du curé surtout. Ça fait partie du jeu, du genre.
Rien d'innovateur dans la forme, d'accord. Ce n'était pas le but non plus, on s'en doute. Rien pour crier au génie. Mais un vrai plaisir de lecture, pour qui aime les bons vieux romans qui nous replongent habilement dans la vie d'antan.
On pense, pour la manière, aux Belles histoires des pays d'en haut. On pense aussi aux Filles de Caleb, pour les descriptions de la vie rurale, et parce que le personnage principal, Maggie, est maîtresse d'école, qu'elle est déchirée, comme la belle Émilie, entre sa vocation et l'amour fou qu'elle éprouve pour un homme.
Sauf que l'homme en question, ici, est protestant. Tandis que Maggie est catholique. Et Irlandaise, de surcroît. Par son père. Autant dire étrangère. Différente. Suspecte.
Une Irlandaise au tempérament de feu, Maggie. Qui n'en fait qu'à sa tête, n'obéit à aucun dogme, ne se plie à aucune autorité, surtout pas religieuse. Une femme libre, avant-gardiste. Fière, brillante. Mais à qui on le fera payer cher.
Une femme qui choisit de vivre en marge de la société pour préserver son indépendance d'esprit, son autonomie. Mais à qui il arrive de prendre les mauvaises décisions, sur un coup de tête.
Une femme amoureuse. Belle, sensuelle, troublante. Passionnée. C'est le portrait que trace Daniel Lessard de son héroïne. S'attardant, au passage, sur le sort réservé aux femmes de l'époque. Aux maîtresses d'école, en particulier, à qui l'on refusait le mariage. Aux pécheresses qui tombaient enceintes avant le mariage aussi, et osaient entrevoir l'avortement.
Un village qui prend vie
Autour de Maggie, c'est tout un village qui prend vie. Tandis que la guerre gronde au loin et que la conscription de Borden va déchirer la population canadienne. Tandis que les magouilles politiques sont monnaie courante. Et le clergé tout-puissant.
Autour de Maggie: un maire de village ambitieux qui a bien l'intention d'être réélu et un curé détestable qui s'acharne à démoniser les protestants. Les deux hommes se livrent une guerre (de pouvoir) sans merci.
Autour de Maggie: une population en grande partie illettrée. Qu'on mène en bateau. Qui craint la damnation de l'enfer, qui a peur des revenants, parfois jusqu'à la folie. Et qui raffole des ragots, adore manger du prochain.
Au programme: menaces d'excommunication, procès pour moeurs légères. Et parodie de justice. Au programme: suicide, incendie criminel, échanges de coups de feu. Et même meurtre.
Il s'en passe, des choses, dans ce petit village. Tout ça à cause de Maggie, d'une certaine façon. De son amour fou pour un protestant. Tout ça à cause d'un curé malveillant, de son acharnement sur Maggie, surtout. Et à travers elle, sur les protestants. Tout ça à cause d'un maire qui refuse de prendre trop clairement position, aussi, de peur de perdre ses élections.
La culpabilité, ou plutôt le sentiment de culpabilité, est l'un des thèmes dominants du roman. Avec le refus de la différence, la peur de l'autre. Et les ravages de la religion toute-puissante, bien sûr.
Tout ça porté par une histoire d'amour. Une grande histoire d'amour, qui se vit dans l'attente, pour une grande partie du roman. Alors que l'homme est parti, au front. Que la femme est sans nouvelles de lui. Jusqu'à ce que...
Tout ça fait boule de neige. Tout ça s'enchaîne, déboule. Il suffit de lire la première phrase: «Maggie Miller s'échine dans la neige, relève sa crémone rouge pour se protéger de la tempête qui tournoie, rageuse, autour d'elle.» Et c'est parti!
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