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    L'enfer du gaz de schiste

    Un essai d'une rare clarté des journalistes Philippe-Vincent Foisy et Julien McEvoy dénonce ce faux eldorado que fait miroiter le gouvernement Charest

    17 décembre 2011 |Michel Lapierre | Livres
    Le scandale du gaz de schiste
    Philippe-Vincent Foisy et Julien McEvoy
    VLB
    Montréal, 2011, 160 pages
    Jadis, le gaz naturel se libérait lui-même des roches pour former un dépôt que l'on extrayait facilement. Aujourd'hui, des affairistes se tournent vers ce qui reste du même gaz, emprisonné dans une couche rocheuse, le schiste. Pour forer 600 puits, il faudrait y injecter l'eau de 360 000 piscines olympiques et la soupe chimique de 900 autres. Derrière l'eldorado promis ici par Jean Charest se cache un enfer suscité au Sud, en 2005, par Bush et Cheney.

    Dans Le scandale du gaz de schiste, essai d'une rare clarté, les journalistes Philippe-Vincent Foisy et Julien McEvoy précisent que, le long du Saint-Laurent, où se situent nos meilleures terres agricoles, le gouvernement québécois a vendu au rabais des permis d'exploration du sous-sol à des sociétés gazières en grande partie étrangères au Québec. Ils retracent, chez d'anciens éléments de l'appareil libéral, la fervente participation à une industrie que Washington avait déréglementée pour, disait-on, la révolutionner.

    L'idée d'exploiter le gaz de schiste du territoire américain, pour remédier à la diminution des sources traditionnelles d'énergie et réduire la dépendance des États-Unis à l'égard de l'importation énergétique, commence au début des années 80. L'industriel texan George P. Mitchell, pionnier dans le domaine, met au point la fracturation hydraulique pour extraire un gaz difficilement accessible. Malgré ses graves conséquences écologiques, la technique séduit Dick Cheney, républicain très conservateur.

    Celui-ci, avant de devenir vice-président des États-Unis sous les mandats présidentiels de George W. Bush, était à la tête d'une société soucieuse de développer la fracturation du schiste. En 2001, il incite le gouvernement américain à favoriser la discutable innovation.

    Le risque élevé de fuites

    Exploiter le gaz perdu dans les roches, au lieu de se tourner vers de nouvelles formes d'énergie, tient plus du rafistolage d'anciennes idées capitalistes que du progrès scientifique. Avec à-propos, Foisy et McEvoy soulignent, en s'appuyant sur le spécialiste québécois en génie géologique Marc Durand, le risque élevé, pour un puits de gaz de schiste, de fuites entraînant des dommages écologiques, «car il reste près de 80 % du gaz dans le puits quand on le bouche».

    De plus, l'apport du gaz de schiste à l'économie apparaît douteux. Malgré les avantages fiscaux, l'industrie gazière devra verser au gouvernement québécois de piètres redevances, inférieures à celles qu'elle paie dans d'autres provinces canadiennes et aux États-Unis.

    Narquois, Foisy et McEvoy retournent contre Jean Charest l'argument de Nathalie Normandeau, son ex-ministre, qui signalait que les pets de vache jettent dans l'air plus de gaz carbonique (incombustible) qu'un puits de gaz de schiste. Mieux vaudrait exploiter le biogaz (combustible, celui-là) produit par nos déchets domestiques que percer le sol pour jouer avec le feu de l'enfer.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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