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    Louky Bersianik 1930-2011 - La littérature féministe en deuil

    5 décembre 2011 |Mélissa Guillemette | Livres
    Louky Bersianik en 1979<br />
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Louky Bersianik en 1979
    L'écrivaine Louky Bersianik, pseudonyme de Lucile Durand, est décédée samedi à Montréal. Elle était âgée de 81 ans. Elle laisse en héritage une œuvre qui aura marqué le mouvement féministe québécois.

    Née en 1930, rue Saint-Denis, Louky Bersianik a commencé très tôt à écrire. Son père, professeur de français, écrivait des pièces de théâtre et lui laissait réciter ses poèmes devant le public. «J'ai su très tôt que je serais traversée par l'écriture, que ma raison de vivre serait là», avait-elle raconté lors d'une entrevue pour la revue Voix et images, en 1991.

    Après des études à l'Université de Montréal et un doctorat à la Sorbonne, elle écrit des contes pour enfants et participe à des émissions jeunesse à Radio-Canada (La boîte aux merveilles, Chez Hélène), et collabore à plusieurs publications, dont Liberté et Le Devoir.

    C'est toutefois son livre L'Euguélionne qui la révèle au Québec, en 1976. Dans ce roman qualifié de premier grand livre féministe, Louky Bersianik présente, pour mieux les dénoncer, les préjugés envers les femmes. «Si une femme a du génie, on dit qu'elle est folle, y écrivait-elle. Si un homme est fou, on dit qu'il a du génie. Voilà, dit l'Euguélionne, entre beaucoup d'autres, un puissant ressort au mutisme des femmes.»

    Ce «roman triptyque» a marqué le début de la route vers la féminisation du langage, à une époque où l'on disait encore «Madame le ministre». Louky Bersianik aborde le sujet sur une cinquantaine de pages et féminise les titres à sa façon. «Il y a eu un tel enthousiasme! Les femmes s'en sont emparées et en ont fait un usage», se souvient sa collègue et amie, l'auteure France Théorêt. C'est ainsi en partie grâce à elle si l'on peut désormais dire qu'elle était une écrivaine, et pas un écrivain.

    L'auteure publie ensuite Le pique-nique sur l'Acropole (1979), qui s'inscrit dans la même démarche féministe. Ce deuxième roman l'a amenée à intervenir dans plusieurs colloques.

    Au cours de sa carrière, Louky Bersianik a également publié de la poésie et un essai, en plus d'écrire les paroles de Trace et Contraste, deuxième album solo de Richard Séguin, en 1980.

    Louky Bersianik est restée active jusqu'à son dernier souffle, selon sa famille, malgré la maladie qui l'affaiblissait depuis plusieurs années. Elle écrivait toujours et avait des projets de publications: celui d'un recueil de tous ses poèmes, ainsi que la réédition en format poche de L'Euguélionne.

    Ses écrits sont toujours d'actualité, selon la poète et essayiste Élaine Audet. «À l'heure où les indignés se soulèvent partout, je pense que sa pensée, si vaste, rejoindra à nouveau toutes les générations, elle qui prônait la transgression et l'art de sortir des cadres, de "penser à côté".» Plutôt discrète en public, l'auteure laissait ses idées s'incarner dans l'écriture.

    Louky Bersianik se décrivait avant tout comme une «terrible vivante». «C'est par amour de la vie qu'elle débusquait et dénonçait toutes les injustices, toutes les formes de la domination et de l'exploitation, estime l'écrivaine et militante souverainiste Andrée Ferretti. Ainsi était-elle aussi ardemment indépendantiste que féministe, concevant la liberté comme une et indivise.»
     
     
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