Démêler le vrai du faux
Une histoire d'abus d'enfant d'une cruauté sans nom
Photo : Mathieu Rivard
Avec Aime-moi, Véronique Marcotte publie son quatrième roman.
À retenir
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Aime-moi
Véronique Marcotte
VLB éditeur
Montréal, 2011, 136 pages
Comment, par quel bout prendre cette histoire? C'est tellement horrible. Tellement délirant, invraisemblable. Ça dépasse l'entendement. Et pourtant, «tout est vrai», indique l'auteure, Véronique Marcotte, dans une note, au début d'Aime-moi.
«Tout est vrai, légèrement fardé par mon imagination», prend-elle le soin de préciser. Car il s'agit bien d'un roman, finalement. Le quatrième que publie cette écrivaine. Son terreau de création, son champ de prédilection: l'exploration de la maladie mentale.
Un jour, raconte-t-elle, toujours dans cette note au début du livre, elle a reçu un appel. Quelqu'un, une femme, voulait lui raconter une histoire. Une histoire vraie, vécue par elle. Et impliquant une autre personne, complètement désaxée.
Véronique Marcotte a hésité. Tellement d'histoires noires à raconter, déjà. Tellement de sour-ces d'inspiration, partout, dans les journaux, parmi les faits divers. Tellement d'idées qui tournoyaient dans sa tête de romancière pressée par le temps.
Mais elle a fini par céder, par aller rencontrer cette femme qui l'avait appelée, pour entendre, dit-elle, «le parcours humain terrible et inexplicable que vous allez lire».
Multiplier les points de vue
Elle a changé les noms des protagonistes. Elle en a fait des personnages, s'est immiscée dans leurs pensées, leur a donné une voix. Elle a fait de cette histoire un roman à plusieurs voix. Sa marque, ça, la marque de Véronique Marcotte, comme romancière: multiplier les points de vue, faire s'entrecroiser les monologues intérieurs.
Alternent, dans Aime-moi, la voix de la femme rencontrée, appelée ici Judith, et celle de la désaxée, nommée Maëlle. Se fait entendre aussi, par moments, la voix de l'écrivaine elle-même, qui parfois ajoute des précisions, parfois se pose des questions.
Tout cela est fort bien fait: après quelques pages, on comprend le procédé, on comprend clairement qui parle, qui donne sa version des faits. Peu à peu, la toile se tisse. Peu à peu, nous sommes aspirés. Et, de plus en plus, terrifiés.
Bribes par bribes se dévoile une histoire d'abus d'enfant d'une cruauté sans nom. Nous plongeons dans le calvaire de la petite Maëlle, battue et violée à répétition par sa famille adoptive, membre d'une secte obscure. Les détails sont effrayants.
Parallèlement, nous mesurons les effets, les séquelles de cette situation invivable, inimaginable, chez l'enfant qu'on a fini par sortir de son milieu: autisme, crises de folie, agressivité soudaine, mensonges, changements brusques de personnalité, comportements suicidaires...
Nous suivons aussi l'évolution de la relation entre la petite et la femme qui l'a recueillie chez elle le coeur sur la main, celle qui en a pris soin et qui voulait tant lui redonner une vie normale, un foyer aimant: Judith.
Mais quelque chose cloche. De petites invraisemblances apparaissent. Puis de plus gros-ses. Déclic. On se met à douter. On devient de plus en plus sceptique. Et on se rend compte, finalement, que le plus terrible dans toute cette histoire n'était pas là où on le croyait. Qu'il y a bien pire encore.
Et ce bien pire, en fait, on ne sait trop quoi en faire, comment l'interpréter. Mis à part l'idée qu'il y aurait là-dessous une prémisse: le besoin d'être aimé. D'où le titre du roman: Aime-moi. Mouais...
Une machination
On a surtout du mal à y croire. Encore plus de mal à croire à ce revirement de l'histoire qu'à tout le reste qui précède. On a été berné déjà, alors là...
C'est ici que ça devient difficile. Difficile pour moi d'en dire plus sans révéler l'essentiel, le clou, le véritable liant de ce récit abracadabrant. Dire simplement que c'est machiavélique.
Dire aussi que, par plusieurs aspects, ça rappelle L'adversaire, d'Emmanuel Carrère. Non seulement parce qu'il est question de mythomanie. Mais parce qu'il nous apparaît inconcevable que cette mythomanie n'ait pas été détectée avant. Par les autres. Par les proches.
Comment une personne peut-elle faire croire à son entourage qu'elle a 13 ans, ou même 19, alors qu'elle en a 32? Ça fait partie des questions sans réponses valables auxquelles nous confronte Aime-moi, et qui nous restent en travers de la gorge. Malgré les tentatives d'explication qu'on nous donne.
Ça fait partie du pari de l'auteure, sans doute. Puisqu'elle joue là-dessus. Sur le fait que, même si ça semble inconcevable, ce qu'elle nous raconte est vrai. Entendre par là, comme on le dit souvent dans ces cas-là, que la réalité dépasse la fiction.
Étrange sensation, une fois le livre refermé. Malaise devant l'énormité de la machination dans laquelle on a marché, jusqu'à un certain point. Jusqu'à quand? Pourquoi?
Besoin d'aller vérifier. De tout reprendre depuis le début. De démonter une à une les pièces de l'engrenage. Pour savoir par quel bout prendre cette histoire qui ne tient pas debout.
***
Collaboratrice du Devoir
«Tout est vrai, légèrement fardé par mon imagination», prend-elle le soin de préciser. Car il s'agit bien d'un roman, finalement. Le quatrième que publie cette écrivaine. Son terreau de création, son champ de prédilection: l'exploration de la maladie mentale.
Un jour, raconte-t-elle, toujours dans cette note au début du livre, elle a reçu un appel. Quelqu'un, une femme, voulait lui raconter une histoire. Une histoire vraie, vécue par elle. Et impliquant une autre personne, complètement désaxée.
Véronique Marcotte a hésité. Tellement d'histoires noires à raconter, déjà. Tellement de sour-ces d'inspiration, partout, dans les journaux, parmi les faits divers. Tellement d'idées qui tournoyaient dans sa tête de romancière pressée par le temps.
Mais elle a fini par céder, par aller rencontrer cette femme qui l'avait appelée, pour entendre, dit-elle, «le parcours humain terrible et inexplicable que vous allez lire».
Multiplier les points de vue
Elle a changé les noms des protagonistes. Elle en a fait des personnages, s'est immiscée dans leurs pensées, leur a donné une voix. Elle a fait de cette histoire un roman à plusieurs voix. Sa marque, ça, la marque de Véronique Marcotte, comme romancière: multiplier les points de vue, faire s'entrecroiser les monologues intérieurs.
Alternent, dans Aime-moi, la voix de la femme rencontrée, appelée ici Judith, et celle de la désaxée, nommée Maëlle. Se fait entendre aussi, par moments, la voix de l'écrivaine elle-même, qui parfois ajoute des précisions, parfois se pose des questions.
Tout cela est fort bien fait: après quelques pages, on comprend le procédé, on comprend clairement qui parle, qui donne sa version des faits. Peu à peu, la toile se tisse. Peu à peu, nous sommes aspirés. Et, de plus en plus, terrifiés.
Bribes par bribes se dévoile une histoire d'abus d'enfant d'une cruauté sans nom. Nous plongeons dans le calvaire de la petite Maëlle, battue et violée à répétition par sa famille adoptive, membre d'une secte obscure. Les détails sont effrayants.
Parallèlement, nous mesurons les effets, les séquelles de cette situation invivable, inimaginable, chez l'enfant qu'on a fini par sortir de son milieu: autisme, crises de folie, agressivité soudaine, mensonges, changements brusques de personnalité, comportements suicidaires...
Nous suivons aussi l'évolution de la relation entre la petite et la femme qui l'a recueillie chez elle le coeur sur la main, celle qui en a pris soin et qui voulait tant lui redonner une vie normale, un foyer aimant: Judith.
Mais quelque chose cloche. De petites invraisemblances apparaissent. Puis de plus gros-ses. Déclic. On se met à douter. On devient de plus en plus sceptique. Et on se rend compte, finalement, que le plus terrible dans toute cette histoire n'était pas là où on le croyait. Qu'il y a bien pire encore.
Et ce bien pire, en fait, on ne sait trop quoi en faire, comment l'interpréter. Mis à part l'idée qu'il y aurait là-dessous une prémisse: le besoin d'être aimé. D'où le titre du roman: Aime-moi. Mouais...
Une machination
On a surtout du mal à y croire. Encore plus de mal à croire à ce revirement de l'histoire qu'à tout le reste qui précède. On a été berné déjà, alors là...
C'est ici que ça devient difficile. Difficile pour moi d'en dire plus sans révéler l'essentiel, le clou, le véritable liant de ce récit abracadabrant. Dire simplement que c'est machiavélique.
Dire aussi que, par plusieurs aspects, ça rappelle L'adversaire, d'Emmanuel Carrère. Non seulement parce qu'il est question de mythomanie. Mais parce qu'il nous apparaît inconcevable que cette mythomanie n'ait pas été détectée avant. Par les autres. Par les proches.
Comment une personne peut-elle faire croire à son entourage qu'elle a 13 ans, ou même 19, alors qu'elle en a 32? Ça fait partie des questions sans réponses valables auxquelles nous confronte Aime-moi, et qui nous restent en travers de la gorge. Malgré les tentatives d'explication qu'on nous donne.
Ça fait partie du pari de l'auteure, sans doute. Puisqu'elle joue là-dessus. Sur le fait que, même si ça semble inconcevable, ce qu'elle nous raconte est vrai. Entendre par là, comme on le dit souvent dans ces cas-là, que la réalité dépasse la fiction.
Étrange sensation, une fois le livre refermé. Malaise devant l'énormité de la machination dans laquelle on a marché, jusqu'à un certain point. Jusqu'à quand? Pourquoi?
Besoin d'aller vérifier. De tout reprendre depuis le début. De démonter une à une les pièces de l'engrenage. Pour savoir par quel bout prendre cette histoire qui ne tient pas debout.
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