Littérature française - Transe sibérienne
À retenir
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L'alcool et la nostalgie
- Mathias Énard
- Éditions Inculte
- Paris, 2011, 96 pages
Dans une nouvelle, l'un des personnages de Tchekhov — qui est mort, quand même, une coupe de champagne à la main — règle à l'emporte-pièce le cas de la «fameuse» âme russe: elle n'existe tout simplement pas. «Les seules choses tangibles en sont l'alcool, la nostalgie et le goût pour les courses de chevaux.»
Dans un monologue aux tonalités incantatoires, Mathias Énard, l'auteur de Remonter l'Orénoque, du fabuleux Zone (prix Décembre en 2008) et de Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (tous parus chez Actes Sud), nous propose cette fois un magnifique petit livre tout imprégné de la Russie. Prolongement d'un vrai voyage rendu possible dans le cadre de l'Année France-Russie et adapté d'une fiction radiophonique écrite en 2010 dans le Transsibérien entre Moscou et Novossibirsk, L'alcool et la nostalgie, son sixième roman, ne dépare pas son oeuvre intense.
Venu une première fois à Moscou, quelques années auparavant, pour y rejoindre Jeanne qui y poursuivait ses études, le narrateur de L'alcool et la nostalgie s'était rapidement senti de trop devant la relation qui se dessinait lentement entre elle et Vladimir, «un cosaque versé dans la littérature», polyglotte, cultivé et junkie en puissance.
«Une vie plus tard», ayant appris par Jeanne, restée à Moscou, la mort de son ami Vladimir, Mathias est décidé à lui rendre un dernier hommage en accompagnant son cercueil vers la petite ville sibérienne d'où il était originaire. Il replonge parmi les restes poussiéreux d'un triangle amoureux éclaté où la drogue et l'alcool ont joué plus que leur part pour souder cette indéfectible amitié.
Un voyage absurde au pays de la jeunesse et de la révolution (dont il «reste des morceaux en nous, débris d'un vieux rêve d'adolescent mal grandi qui n'a pas eu la chance de tenir un fusil pour défendre ses songes»). Défilent Moscou, «la ville des mille et trois clochers et des sept gares», Nijni Novgorod, Perm, Ekaterinbourg, Novossibirsk. Le train s'enfonce vers l'Est, vers l'Oural et l'Asie, escorté par la blancheur des bouleaux.
Dans son compartiment, chouchouté au fil des kilomètres par une provodnitsa bougonneuse, l'alter ego de Mathias Énard s'abandonne tout entier à la drogue douce du souvenir et des références voilées: Cendrars et sa petite Jeanne de France, recouvrant «le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel», bien sûr, l'ombre des goulags et la mémoire vibrante des grands romans russes. Animé, entêtant.
***
Collaborateur du Devoir
Dans un monologue aux tonalités incantatoires, Mathias Énard, l'auteur de Remonter l'Orénoque, du fabuleux Zone (prix Décembre en 2008) et de Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (tous parus chez Actes Sud), nous propose cette fois un magnifique petit livre tout imprégné de la Russie. Prolongement d'un vrai voyage rendu possible dans le cadre de l'Année France-Russie et adapté d'une fiction radiophonique écrite en 2010 dans le Transsibérien entre Moscou et Novossibirsk, L'alcool et la nostalgie, son sixième roman, ne dépare pas son oeuvre intense.
Venu une première fois à Moscou, quelques années auparavant, pour y rejoindre Jeanne qui y poursuivait ses études, le narrateur de L'alcool et la nostalgie s'était rapidement senti de trop devant la relation qui se dessinait lentement entre elle et Vladimir, «un cosaque versé dans la littérature», polyglotte, cultivé et junkie en puissance.
«Une vie plus tard», ayant appris par Jeanne, restée à Moscou, la mort de son ami Vladimir, Mathias est décidé à lui rendre un dernier hommage en accompagnant son cercueil vers la petite ville sibérienne d'où il était originaire. Il replonge parmi les restes poussiéreux d'un triangle amoureux éclaté où la drogue et l'alcool ont joué plus que leur part pour souder cette indéfectible amitié.
Un voyage absurde au pays de la jeunesse et de la révolution (dont il «reste des morceaux en nous, débris d'un vieux rêve d'adolescent mal grandi qui n'a pas eu la chance de tenir un fusil pour défendre ses songes»). Défilent Moscou, «la ville des mille et trois clochers et des sept gares», Nijni Novgorod, Perm, Ekaterinbourg, Novossibirsk. Le train s'enfonce vers l'Est, vers l'Oural et l'Asie, escorté par la blancheur des bouleaux.
Dans son compartiment, chouchouté au fil des kilomètres par une provodnitsa bougonneuse, l'alter ego de Mathias Énard s'abandonne tout entier à la drogue douce du souvenir et des références voilées: Cendrars et sa petite Jeanne de France, recouvrant «le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel», bien sûr, l'ombre des goulags et la mémoire vibrante des grands romans russes. Animé, entêtant.
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