jeudi 23 février 2012 Dernière mise à jour 00h19
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Essais québécois -Éloge de la culture générale

Louis Cornellier   15 octobre 2011  Livres
Normand Baillargeon est un vulgarisateur hors pair. Dans son plus récent livre, il s’emploie à démontrer l’intérêt que représente, plus que jamais, une culture générale vivante.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Normand Baillargeon est un vulgarisateur hors pair. Dans son plus récent livre, il s’emploie à démontrer l’intérêt que représente, plus que jamais, une culture générale vivante.

À retenir

    Liliane est au lycée
    Est-il indispensable d'être cultivé ?
    • Normand Baillargeon
    • Flammarion
    • Paris, 2011, 128 pages
Avoir une culture générale vaut mieux, évidemment, qu'être ignorant. Cette idée, qui devrait faire consensus, est pourtant contestée. Pour certains, la culture générale n'est qu'un vernis qui sert à briller en société et s'avère inutile pour les «vraies affaires». On s'en préoccupera donc, disent-ils, quand on aura le temps et l'argent. Pour d'autres, plus savants, moins grossiers, la culture générale dont on chante les vertus serait contestable parce que sa définition est imprécise (De quoi parle-t-on au juste? La cuisine en fait-elle partie?) et parce que cette culture entretiendrait des préjugés, notamment de classes et de genres.

Normand Baillargeon, un des anarchistes préférés de cette chronique avec Francis Dupuis-Déri, se penche sur cet important débat dans Liliane est au lycée. Est-il indispensable d'être cultivé?, un solide petit ouvrage qui paraît dans la nouvelle collection «Antidote» des éditions Flammarion. Baillargeon, soit dit en passant, est en pleine percée française cette saison puisqu'il publie aussi, chez le même éditeur, L'éducation, une très substantielle anthologie de textes des plus grands philosophes de l'éducation.

«À la fois revendiquée et frappée d'une grande suspicion», écrit le philosophe dans Liliane est au lycée, l'idée de culture générale n'échappe pas à ce qu'on appelle la «crise de l'éducation», une situation dont la caractéristique est d'être permanente. La culture générale — «cet ensemble commun de repères qui s'acquièrent en allant au musée, au concert, en lisant et, surtout peut-être, en faisant sa scolarité de base» — souffrirait d'imprécision, de démesure et de plusieurs biais exclusivistes.

Une culture imparfaite

La culture générale habituellement valorisée néglige ainsi la culture populaire. Bach et Molière, oui, donc, mais pas Dalida ou les téléromans, par exemple. La tentation de la distinction, ici, n'est pas loin et n'est pas sans conséquences sociales. «Pour les membres des classes sociales dont les normes et les repères sont valorisés, explique Baillargeon, la démarche d'acculturation est relativement aisée, presque naturelle, et elle renforce même en eux l'idée que l'ordre du monde est juste et cohérent et reflète des valeurs universelles.» Pour les autres, les membres des classes populaires notamment, une telle culture générale peut apparaître étrangère, et son acquisition s'apparenter à un reniement de son identité. «Ne pas y parvenir, par contre, c'est être amené à attribuer cet échec à ses propres carences et à reconnaître l'infériorité de sa culture originelle», ajoute Baillargeon. En excluant la culture populaire de son domaine, une telle définition de la culture générale risque donc, ainsi que l'a montré Pierre Bourdieu, de reproduire les inégalités sociales.

D'autres biais incitent aussi à se méfier de l'idée habituelle de culture générale. Un biais sexiste, d'abord, qui exclut «les accomplissements de la moitié féminine de l'humanité», et un biais occidentalo-centriste, ensuite, qui laisse bien des cultures de côté. La culture générale, en d'autres termes, n'en a trop souvent que pour les réalisations de l'homme blanc hétérosexuel.

Elle pécherait aussi, continue le philosophe, par omission, en négligeant la culture scientifique (et les scientifiques ne feraient pas mieux en faisant l'impasse sur la culture littéraire), et par pédantisme. Trop d'intellectuels, note Baillargeon en s'inspirant de Chomsky, s'adonnent à «une abusive et artificielle complexification du propos destinée à en masquer la vacuité». Lacan et Derrida, ici, servent d'exemples.

Nous rendre meilleurs

Cette avalanche de critiques justifiées ne peut que laisser l'honnête homme groggy. Baillargeon, toutefois, le réconforte rapidement. La culture générale a bel et bien des vertus, insiste-t-il. Elle contribue à l'élargissement de la perspective sur le monde et permet d'échapper à l'enfermement dans l'ici et maintenant. Elle enrichit notre connaissance du monde et nous donne les mots pour le dire. Elle accroît, ce faisant, «l'éventail des possibles entre lesquels il nous est possible de choisir et de nous choisir et contribue ainsi à forger à la fois notre identité et notre autonomie». Elle nous fait prendre conscience de la fragilité de notre savoir et nous incite à une humilité qui nourrit «une perpétuelle attitude critique».

Baillargeon nous fait ainsi comprendre que, pour critiquer la culture générale comme il l'a d'abord fait, il faut justement en avoir. Ce qu'il décrie, précise-t-il, «c'est moins l'idée de culture générale en elle-même que certaines de ses mauvaises et imparfaites réalisations». Une démocratie, ajoute-t-il en reprenant une idée de John Dewey, a besoin de citoyens cultivés, qui partagent un monde commun, pour nourrir l'essentielle «conversation démocratique».

Proposer une liste des éléments qui devraient faire partie d'une bonne culture générale serait interminable. Baillargeon se contente donc de donner des pistes. En matière de science, il retient la nécessité de comprendre les principes et les méthodes, d'appréhender la science comme une aventure humaine inscrite dans des contextes sociaux et historiques et de maîtriser les «mathématiques citoyennes» (compréhension de données chiffrées, tableaux, sondages). La littérature et les arts, selon lui, contribuent, «par la culture de l'imagination, à l'extension de la sympathie et à briser ces barrières qui interdisent de voir l'Autre comme un être humain». L'histoire, essentielle à toutes les formes de savoir, rappelle que le monde est humain et nourrit la vertu d'humilité. La philosophie, enfin, donne un sens de la synthèse, montre l'actualité de la tradition quant aux grands débats moraux et initie à la conversation démocratique.

Partisan d'une «éthique de la sollicitude culturelle» qui respecte le passage par la culture populaire des «explorateurs partis à la conquête de la culture générale», adversaire du relativisme qui refuse de trancher entre le vrai et le faux, le bon et le mauvais, critique du «mirage techniciste» qui voudrait qu'Internet nous dispense de la nécessité d'acquérir une culture générale, Normand Baillargeon, avec la clarté et le souci pédagogique qui le caractérisent, signe ici un roboratif et convaincant plaidoyer en faveur d'une culture qui nous rend meilleurs.

***

louisco@sympatico.ca

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Jacques Morissette
    Abonné
    samedi 15 octobre 2011 07h36
    La culture à l'occidentale.
    La culture dont on parle ici est celle qui tend surtout à nous imprégner d'idéalisme. La culture, pour moi, est plutôt celle qui cherche à répondre à certaines questions qu'on se pose. Par exemple, une entreprise qui pollue l'environnement, plutôt que de se rebiffer contre ceux qui la critiquent, devrait se questionner objectivement pour savoir si ceux qui la critiquent n'ont pas un peu raison de le faire.

    En résumé, les décideurs qui ne cherchent pas à s'imprégner de culture (selon ma propre définition de la culture) sont des êtres foncièrement dangereux pour l'évolution harmonieuse de la société. Actuellement, s'il y a une crise économique et sociale, elle dépend en grande partie de cette approche à œillère que les décideurs cherchent à nous imposer. Autrement dit, en raison d'un manque flagrant de culture de l'un par rapport à l'autre, il y a confrontation idéologique. Il n'y a pas que le veau d'or dans la vie.

  • Yvan Dutil
    Inscrit
    samedi 15 octobre 2011 08h10
    Attention au lieu commun.
    Affirmer sans ambages que les scientifiques font l'impasse sur la culture littéraire est un passablement réducteur. La bibliothèque de la plupart des scientifique que je connais sont aussi plein de livre de littérature classique que d'ouvrage scientifique. Une situation que l'on observe jamais chez les littéraires. Par contre, il y a très peu de gens qui possèdent une culture générale scientifique. L’étendu du savoir dans ce champs la culture humaine est tout simplement devenu trop énorme pour être appréhendé dans sa globalité sauf au prix d'efforts considérables.

  • François Dugal
    Abonné
    samedi 15 octobre 2011 09h25
    La culture générale
    Cet article sur la culture générale me rappelle le mot de l'un de mes anciens profs:«La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié.»

  • Kris13104
    Inscrit
    samedi 15 octobre 2011 10h45
    La culture...?
    La culture générale? Ce n'est certainement pas, contrairement à ce qu'exprime ses détracteurs, dans une réduction d'incultes, une facilité de pédants qui veulent briller en société.
    La culture relève plutôt d'une curiosité face à la découverte, d'un intérêt pour la connaissance et non un appétit exclusif pour les biens de consommations et la richesse matérielle.
    La culture générale découle de cette découverte permanente qui sédimente les connaissances, les confronte les unes aux autres pour mieux apprécier leurs qualités, qui prospecte les avancées de la pensée, qui visite les territoires de la sensibilité et des arts, bref, c'est une attitude constante d'approfondissement du réel et de la pensée.
    La culture générale est modeste, elle est richesse et n'a que faire de démonstration mais «reste ce qui reste quand on a tout oublié». En revanche, elle contribue à améliorer l'analyse, la critique et enrichit le jugement, ce qui la rend plus pertinente,
    Cependant, «il n'ya rien de plus intolérable pour les imbéciles que ceux qui savent» et, il est vrai, que les incultes font aisément critique à l'encontre de ceux qui savent au moins un peu et refusent cette suprématie de l'esprit, de la pensée et d'un intérêt qui n'a rien de matériel.

  • Godefroy
    Abonné
    samedi 15 octobre 2011 11h55
    M. de Belleval, le hockey c'est aussi de la culture.
    « La culture, depuis peu, s'écrit avec un « C » majuscule - ce n'est pas bon signe - on parle de Culture et Communication - on pense Culture et Propagande. La culture est devenue un grand mot et une préoccupation médiocre. Quand j'entends parler de culture, je sors mon carnet de chèques. Disons d'abord - ce sera plus court - ce que la culture n'est pas. Elle n'est pas un devoir. Elle n'est pas une obligation. Elle n'est pas un dîner de gala. Elle n'a rien à voir avec le gouvernement. Elle serait plus proche d'une façon d'être, d'un coup de foudre, d'une fête toujours inachevée du bonheur - ou peut-être de joie. Elle est une longue patience et une tâche infinie - comme l'amour chez Proust, elle est l'espace et le temps rendus sensibles au cœur. Elle est plus orgueilleuse et plus modeste que tout ce que l'on pourrait imaginer.»

    « La culture vivante », Jean d'Ormesson, Grandes signatures, nº 1, avril 2008, p. 7

  • Bernard Terreault
    Abonné
    samedi 15 octobre 2011 14h44
    En savoir plus n'est jamais du snobisme
    Savoir qu'un virus ce n'est pas une bactérie et que ça se traite différemment, connaître sa géographie mondiale, avoir des notions de base d'économie et de chimie, admirer la sagesse des merveilleuses fables de Lafontaine et vibrer aux tragédies de Shakespeare, appprécier la profondeur et la complexité d'un quatuor de Beethoven, ce n'est pas du snobisme, c'est utile et cest une expérience irremplaçable. Et sans des notions d'histoire peut-on avoir un début de compréhension des conflits qui ensanglantent le monde? Et sans mieux connaître les cultures asiatiques, comment nous ajusterons-nous à l'irrésistible montée de ces peuples sur l'échiquire mondial?

  • Jacques Saint-Cyr
    Inscrit
    samedi 15 octobre 2011 15h43
    La distinction voulue et entretenue
    Dans son livre sur la distinction, le philosophe Pierre Bourdieu s'attachait à démontrer que les produits culturels peuvent être moyen de s'élever au-dessus des autres et de s'y maintenir. Enfin, je pense que c'était à peu près cela. Ainsi, on se différencie de la "plèbe" par son diplôme provenant d'une École particulière (en France l'ENA, l'X, ou l'École des Mines; ici, certains collèges privés d'abord, puis Queen's, Princeton ou Harvard - chez la gang de TLMEP: l'UQAM), par son appréciation aussi des oeuvres d'art et du discours que l'on peut tenir devant une peinture ou à l'écoute d'un quatuor à cordes, sa mémoire de la littérature également, un peu comme chez Marcel Proust mais au niveau des références qu'il permet d'introduire dans la conversation. Tout cela, bien présenté de manière cohérente, permet de s'intégrer à un réseau de "sensibilité commune" (entendez des 'êtres "supérieurs"). Enfin, le langage est une clef importante: en parlant enfin de manière châtiée (avec l'accent, les mots et les exclamations dans l'air du temps), on peut instantanément être reconnu par les "siens" (en Angleterre, l'accent dit tout de vous et peut vous exclure littéralement d'une invitation à telle ou telle rencontre). Cela permet à une classe particulière de citoyens de se distinguer et ainsi, de s'installer pour longtemps en haut de la pyramide sociale, puisque l'héritage culturel assure une certaine permanence d'une génération à l'autre.

    Pour moi, cela n'est pas la culture, mais une politique d'ascension sociale (on donne aux USA des sessions intensives pour se doter d'un vernis culturel à la mode). La culture est plutôt l'acquisition de connaissances qui nous permettent, individuellement ou en groupe, de penser et d'apprécier la vie et toutes ses manifestations. Comme le répétaient nos pères: "La culture, c'est ce qui nous reste quand on a tout oublié".

  • Christian PHILIPPE
    Inscrit
    samedi 15 octobre 2011 17h30
    CocaCola méthode champenoise
    Une culture générale est le meilleur vecteur de communication entre les hommes chez les zoulous comme dans les salons huppés de Montréall A la condition expresse qu'au moins on se comprenne mutuellement d'un minimum pour converser. Même si on n'est pas au même niveau sur un sujet donné, le talent vulgarisateur d'un homme cultivé doit faire aussi de savoir exprimer simplement une chose dont il est plus expert. Pourquoi alors la culture générale se perd comme les langues mortes aujourd'hui? Pour la simple raison que même si vous vouliez vous "cultiver" notre société fabrique de moins en moins d'interlocuteurs qui pourront vous comprendre, pire car tant sur le fond que sur la forme! Le dernier cultivé restera un jour le bec dans l'eau car on ne peut vulgariser indéfiniment le vulgaire. Savez vous, selon les statistiques de tous les organismes internationaux,le pays qui exporte le plus de "culture" au monde : les USA ! hé oui les muscles de Rambo c'est la faute à Voltaire et les fesses de Madonna la faute à Rousseau! ! Et vous voudriez que la culture générale perdure encore longtemps?
    Christian PHILIPPE LE BAIL

  • cpoulin
    Inscrit
    dimanche 16 octobre 2011 16h57
    Un phare
    Normand Baillargeon est certainement un phare pour ceux des enseignants qui cherchent à enrichir leur réflexion sur ce grand métier qu'est celui d’enseignant. On peut ne pas le suivre dans certaines voies spéculatives qui, à mon humble avis, aboutissent parfois à des impasses…Mais bon. Quels travaux, même parmi les plus sérieux, ne connaissent pas connu ce genre d'écueil lorsqu'il est question de problèmes philosophiques complexes? Ayant lus certains des articles qu’il a écris dans des revues spécialisées ainsi que d’autres ouvrages, en particulier sur l’éducation, je sais que je vais tomber parfaitement d'accord sur les propositions du philosophe et que résume ici Louis Cornellier et trouver un grand plaisir à lire sur un sujet qui passionne. Conscient de cette controverse qui marque le travail de ce chercheur dans le milieu universitaire (celui lié à la formation des maîtres), je profite de ce commentaire pour souligner son courage, reconnaître son grand mérite et lui dire mon admiration. On ose espérer que les idées qu’il défend, que son plaidoyer sera suffisamment convaincant pour qu’il puisse rejoindre l'ensemble de ceux et celles qui se préparent à faire ce métier dans l'avenir. Claude Poulin

  • Jacques Lalonde
    Abonné
    dimanche 16 octobre 2011 22h09
    Nécessité absolue de cette réflexion
    Culture générale : un mot souvent galvaudé mais qu'en raison justement de son imprécision dans le langage courant, doit solliciter toutes les personnes responsables d'éducation de se pencher sur cette réalité dont on a tant besoin dans le monde éphémère des technologies qui prétendent dispenser de réfléchir, dans nos sociétés qui méprisent souvent à leur insu les oeuvres pourtant incontournables qui ont définitivement marqué la littérature, la musique ,le cinéma et tous les arts. Si la culture est la somme des expressions multiples et variées de la vie qu'on mène et qu'elle se développe dans un étalement horizontal dans l'histoire de l'humanité et explore une dimension verticale qui puise dans les profondeurs de la réflexion philosophique et de la création sous toutes ses formes, la culture générale ne peut être qu'une source d'alimentation spirituelle essentielle qui n'a rien à voir avec l'élitisme sont on affuble allègrement les personnes critiques des oeuvres insignifiantes dont on voudrait les gaver.

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
10 réactions
7 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012