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Congédiement au Groupe Ville-Marie littérature - Un départ qui nous indigne

Normand Corbeil, Annie Dulong, Alexandre Lazarides et Danielle Trussart - Auteurs du Groupe Ville-Marie littérature  22 septembre 2011  Livres
Il nous semble important de faire connaître sans plus tarder notre réaction spontanée au congédiement de Marie-Pierre Barathon, directrice littéraire chez VLB éditeur et L'Hexagone, survenu brutalement le 9 septembre et annoncé le lendemain aux auteurs du Groupe Ville-Marie Littérature.

Le travail de notre directrice a toujours été d'un rare souci, et d'une intelligence et d'une grande sensibilité en prime. Pour le résumer trop brièvement sans doute: un travail de lecture véritable, ce qui est déjà beaucoup. Puis une réaction au manuscrit faite d'écoute et de conseils, un retour ensuite sur les versions ultérieures, plus d'une fois s'il le fallait. Bref, ce qui s'appelle un réel accompagnement du texte.

Jusqu'au jour de l'envoi à l'imprimerie, madame Barathon était là, donnant son ultime avis. Travail soigné, exemplaire, et sans complaisance par ailleurs, capable de pointer la faiblesse d'une version. Une seule chose en vue: pousser un livre vers son meilleur niveau. À l'image de ceux qui l'avaient précédée, Jean-Yves Soucy en particulier, Marie-Pierre Barathon défendait l'idée qu'une maison d'édition n'a pas pour but unique de publier des livres, mais aussi, et surtout, d'assurer la croissance de ses auteurs. Ne parlait-elle pas de la «collection fictions» comme de son enfant, sans jamais se mettre elle-même en avant? Ce n'est pas à nous de le dire, mais disons-le quand même: le succès des dernières publications qu'elle a supervisées, les prix Robert Cliche entre autres, lui donne raison sur toute la ligne. Tout cela justifie amplement notre présente levée de boucliers.

Pour la littérature

On nous dit que ce congédiement survient dans le cadre d'une réorganisation. À supposer que ce soit le cas, nous nous demandons pourquoi cette réorganisation non seulement n'impliquerait pas Mme Barathon, mais ne lui accorderait pas autant et même davantage de responsabilités. Nous nous demandons si quelque réorganisation que ce soit peut se passer de la compétence, de la constance et de l'application, sans oublier un souci artisanal pour «la maison», pour «son monde» et pour tous les aspects d'un livre.

Là encore, on nous comprendra sans surcharge de détails: il est impossible qu'à cette mise à pied brutale et mal justifiée la littérature gagne quoi que ce soit, et c'est bien notre inquiétude. Il nous paraît aussi peu possible et crédible que M. Pierre Karl Péladeau, tout en laissant de façon éclairée carte blanche à son personnel, ait acquis le Groupe Ville-Marie il y a quelques années pour en retirer aujourd'hui la compétence en personne, et dans le seul but de faire plus de livres et moins de littérature.

Nous demandons donc, si cela a encore du sens venant de la part de ceux qu'on publie et qui, après tout, constituent le «fonds de la fabrique», qu'une éventuelle réorganisation au Groupe Ville-Marie littérature conserve à tout prix Marie-Pierre Barathon, et ses compétences, à la place qui lui revient, c'est-à-dire à la place, justement, de la littérature.

***

Normand Corbeil, Annie Dulong, Alexandre Lazarides et Danielle Trussart - Auteurs du Groupe Ville-Marie littérature

Ont cosigné ce texte: Ryad Assani-Razaki, Victor-Lévy Beaulieu, Jean Bédard, Djemila Benhabib, Antonio D'Alfonso, Lucie Dufresne, Abla Farhoud, Andrée Ferretti, Alain Horic, Claude Jasmin, Guy Lalancette, Carole Massé, Minou Petrowski, Jean-Yves Soucy, France Théorêt, Gilles Toupin, Bianca Zagolin.
 
 
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  • Denis Paquette - Abonné
    22 septembre 2011 08 h 07
    Par ma fautre et ma tres grande faute
    peut on s'attendre a autre chose d'une oligarchie en construction, mais n'oublions pas que c'est en parti nous qui l'avons mise au monde
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  • Denis Paquette - Abonné
    22 septembre 2011 08 h 08
    Par ma fautre et ma tres grande faute
    peut on s'attendre a autre chose d'une oligarchie en construction, mais n'oublions pas que c'est en parti nous qui l'avons mise au monde
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  • Andrée Ferretti - Abonnée
    22 septembre 2011 11 h 53
    complément
    J'ai cosigné cette lettre, de même qu'une autre qui n'est pas parue, écrite avec l'essayiste Hervé Fischer et le poète Yves Préfontaine.

    La voici:

    L'édition sans éditeur
    Le Groupe Ville-Marie littérature, sous la présidence du groupe Sogides, a réussi à perdre coup sur coup sa directrice littéraire Marie-Pierre Barathon (par renvoi) et son directeur des essais Robert Laliberté (par démission). Difficile de faire pire. Et on nous annonce des pigistes. C’est méconnaître dramatiquement les règles élémentaires de gouvernance d’une maison d’édition. Le groupe, ainsi décapité, va-t-il perdre aussi ses écrivains? Comment pourrait-il en être autrement, si la crédibilité de la direction n’est pas rétablie immédiatement. Peut-elle l'être avec les personnes qui actuellement assument celle-ci ?
    Nous en doutons.
    Andrée Ferretti, Hervé Fischer, Yves Préfontaine
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  • Jacques Roussel - Abonné
    22 septembre 2011 14 h 57
    Inquiétant!
    Inquiétant "Pour la suite du monde"!
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  • JAB - Inscrit
    22 septembre 2011 16 h 01
    Honte à cette maison dite d'édition!
    Il fallait malheureusement s'attendre à ça. Il faut maintenant exiger la mise en place d'une nouvelle direction.
    Jean Antonin Billard, Traducteur littéraire (ATTLC)
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  • Sebastien S.D - Inscrit
    23 septembre 2011 08 h 15
    Produire la production...
    Vendre des moules, qui se mangent et qui se lisent; livrer marchandise aux consommateurs consommés; orchestrer des dépotoirs d'archétypes, c'est une chose affreusement trop présente sur la scène littéraire québécoise. Qu'en est-il d'écrire et d'éditer?
    Par chance, il en reste! En seulement, la culture n'est pratiquement plus un investissement de société, mais bien une entreprise de divertissement. Et puis après? Après, la même chose. Changer c'est bien, s'effacer et s'oublier ça ne vaut rien. Un livre c'est un auteur et un éditeur combiné, rien de moins. ssd
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