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    Des choix en philosophie, sous le signe de la diversité

    27 août 2011 |Georges Leroux | Livres
    L’Herne consacre un riche cahier au philosophe Michel Foucault.<br />
    Photo: Archives Le Devoir L’Herne consacre un riche cahier au philosophe Michel Foucault.
    Ceux qui, après la disparition de Michel Foucault, de Jacques Derrida et de Pierre Bourdieu, s'inquiètent de l'épuisement de la pensée française, se réjouiront de la parution du livre d'Étienne Balibar, présenté comme une somme philosophique sur la modernité. Revenant sur la question du sujet, le philosophe propose une problématique de l'universalité des différences comme fondement d'une dialectique de la citoyenneté (Citoyen-sujet et autres essais d'anthropologie philosophique, PUF, «Pratiques théoriques»).

    La pensée de Foucault demeure présente, comme en témoigne la publication d'un riche cahier consacré à son oeuvre (sous la direction de Philippe Artières, Foucault, L'Herne). On pourra lire aussi une étude de Frédéric Gros sur Foucault et Wittgenstein (Foucault et Wittgenstein: possibles rencontres, Kimé). Dans un récit autobiographique sur les penseurs qui l'ont formé, Peter Sloterdijk revient aussi sur Foucault (Tempéraments philosophiques. De Platon à Michel Foucault, Maren Sell). Notons également un dialogue de Jean-Luc Nancy et Aurélien Barreau sur la diversité de l'expérience du monde (Dans quels mondes vivons-nous?, Galilée).

    Un sujet virtuel?

    La question du sujet fait également retour sous un autre angle, dans la réflexion sur le temps et l'espace reconfigurés par les technologies numériques. Que serait un sujet virtuel? Titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l'Université Laval, Milad Doueihi pose la question (Pour un humanisme numérique, Seuil). On annonce aussi la réédition format de poche de son précédent essai (La Grande Conversion numérique, Points).

    Sur un thème apparenté, on pourra lire une réflexion de l'écrivain François Bon sur les mutations de l'écrit (Après le livre, Seuil). De Thierry Hoquet, on annonce un essai sur les fantasmes de l'humanité augmentée et la figure de l'hybride homme-machine (Cyborg-philosophie, Seuil).

    L'avenir du capitalisme

    La crise récurrente du capitalisme fait l'objet de plusieurs essais économiques. On relira le texte désormais classique de Joseph Schumpeter (Le Capitalisme peut-il survivre, Payot), mais aussi des conférences inédites de Karl Polanyi, annonçant La grande transformation (La Subsistance de l'homme. La place de l'économie dans la société, Flammarion). Parmi les auteurs plus récents, signalons l'essai de François Bourguignon (La Mondialisation de l'inégalité, Seuil) et celui de Philippe Aghion (Repenser l'État. Pour une nouvelle social-démocratie, Seuil). Sur le même registre, dans la perspective d'une éducation civique à la démocratie, on lira un essai de Martha Nussbaum (Les Émotions démocratiques. Comment former le citoyen du XXIe siècle?, Climats).

    De Michel Beaud, économiste-philosophe, on lira un essai critique sur les responsabilités des acteurs économiques, politiques et scientifiques qui refusent de renoncer au capitalisme (Face au pire des mondes, Seuil). Spécialiste du travail et de la pauvreté, le sociologue Serge Paugam regroupe ses travaux dans un recueil imposant (Repenser la solidarité, PUF, «Quadrige»).

    Notons aussi un recueil d'écrits sociologiques de Th. Adorno (Société. Intégration/Désintégration, Payot), avec une préface d'Axel Honneth. Parmi les ouvrages importants de cette rentrée de sciences humaines, il convient de faire une place à part au grand travail collectif dirigé par la philosophe Michela Marzano (Dictionnaire de la violence, PUF). Toutes les questions concernant la terreur, l'apartheid, la guerre, de même que les réflexions sur la spécificité de la violence humaine et la possibilité de l'éradiquer, sont examinées ici par plus de deux cents spécialistes.

    Éthique

    Dans le domaine de l'éthique, signalons l'essai de Vanessa Nurock (La nature humaine est-elle morale?, PUF, «Fondements de la politique») qui aborde la question du jugement moral et les transformations de nos conceptions morales et un nouvel essai sur Hannah Arendt sur les liens du politique et de l'éthique avec la religion, proposé par Céline Ehrwein Nihan (Hannah Arendt: une pensée de la crise, Labor et Fides). De Daniel Heller-Roazen, un essai historique de Montaigne à Benjamin sur la perception de soi et des autres (Archéologie du toucher, Seuil). Le biologiste Yves Christen fait paraître un essai sur la différence homme-animal (L'animal est-il une personne?, Flammarion, «Champs»), qu'on pourra compléter par une anthologie sur la question (sous la direction de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Anthologie d'éthique animale, PUF). Croisant les écrits de philosophes et d'écrivains, de Rousseau à Derrida, cette anthologie présente le dossier de la responsabilité morale des hom-mes à l'égard des animaux. De l'anthropologue David Le Breton, un essai sur la voix (Éclats de voix. Une anthropologie de la voix, Métailié). De Martine de Gaudemar, une réflexion sur l'individualité (La Voix des personnages, Cerf, «Passages»).

    Nouvelle édition de Nicolas de Cues

    Les questions d'esthétique ne sont pas en reste, avec la parution d'un nouvel essai d'Anne Cauquelin (L'Art contemporain, PUF), et la réédition des travaux d'Yves Michaud (La Crise de l'art contemporain, PUF, «Quadrige»). Signalons également un riche collectif, sous la direction de Jey Adnen (Derrida et la question de l'art, Cécile Defaut). L'héritage de Walter Benjamin, plus vivant que jamais, devient plus accessible, grâce à la publication d'un dossier de ses archives (Archives. Images, textes, signes, Les Belles-Lettres). Sur Benjamin, mais aussi Scholem et Lévinas, on lira des études de Stéphane Mosès (Figures philosophiques de la modernité juive, Cerf).

    La rentrée sera également très riche dans l'édition de textes philosophiques. Notons d'abord l'ouverture d'une bibliothèque chinoise bilingue, avec la publication de deux traités classiques (Les Écrits de Maître Wen, par Romain Graziani, et Les Écrits de Maître Guan, par Jean Lévi, Les Belles Lettres). Le Wenzi se présente comme un traité de bon gouvernement à l'usage des sages souverains, mais, comme tous les traités de science politique de la Chine ancienne, il est aussi une réflexion sur le Tao et un manuel de culture de soi. Le Guanzi présente quatre traités sur la maîtrise de soi et le gouvernement du monde.

    Pour l'antiquité gréco-romaine, signalons l'achèvement de la grande édition des écrits socratiques de Xénophon entreprise par Louis-André Dorion de l'Université de Montréal (Les Mémorables, tome II en 2 volumes, Les Belles Lettres, «Collection des Universités de France»). Le corpus médiéval s'enrichira d'une édition de l'oeuvre de Hildegarde von Bingen (Physica, Jérôme Millon), mais on notera surtout les importants travaux d'Hervé Pasqua, qui propose de nouvelles traductions des écrits de Nicolas de Cues (Dialogues de l'Idiot. Sur la sagesse et l'esprit et Le Coran tamisé, PUF, «Épiméthée»).

    On peut se réjouir de l'édition de la Cribratio Alchorani, rédigée en 1461, une oeuvre qui a beaucoup de résonances aujourd'hui dans le contexte d'une nouvelle rencontre avec l'islam. Le Cusain prend le parti de faire une interprétation ouverte du Coran, qu'il lit à la lumière de la Bible et de la raison. Sa lecture s'appuie sur la «recherche de Dieu» propre à tous les hommes et seule capable d'unir chrétiens et musulmans.

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    Collaborateur du Devoir












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