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Amélie Panneton, une auteure qui promet, et qu'on se promet de suivre

Danielle Laurin   21 mai 2011  Livres
Amélie Panneton publie son premier ouvrage, Le Charme discret du café filtre<br />
Photo : Yan Doublet - Le Devoir
Amélie Panneton publie son premier ouvrage, Le Charme discret du café filtre

À retenir

    Le charme discret du café filtre
    Amélie Panneton
    Éditions de la Bagnole
    Montréal, 2011, 152 pages
Voici une nouvelle auteure, toute jeune: elle est née en 1985. À Québec. Et elle y vit toujours, nous dit-on. Après avoir «grandi en Acadie, étudié au Québec, vécu au Pays basque espagnol et en Russie».

Voici une nouvelle auteure, toute jeune, du nom d'Amélie Panneton, qui débarque avec un livre qui n'a rien à voir avec l'air du temps. Si ce n'est qu'on y perçoit, en toile de fond, le portrait d'une génération: la sienne.

Il y a bien, aussi, l'aspect mosaïque, la forme morcelée du récit: on voit ça de plus en plus en littérature aujourd'hui, pas seulement chez les jeunes d'ailleurs, pas seulement au Québec non plus. L'alternance des narrateurs, le changement de perspective. La pluralité des voix, des points de vue. Tout ça.

Mais rien à voir avec l'air du temps, dans le sens que l'écriture, comme telle, porte une signature qui ne ressemble à aucune autre. C'est hors moule, hors d'âge. Et l'on s'étonne de cette maîtrise de la plume, de cette maturité du regard, chez quelqu'un d'aussi jeune.

S'il y avait un rapprochement à faire, ce serait avec Georges Perec et sa Vie mode d'emploi, dont l'auteure cite d'ailleurs un extrait en exergue. Rapprochement pour ce qui est du point de départ de l'ouvrage: un immeuble, ses locataires, avec, chacun de son côté, sa vie, son histoire, ses secrets.

Pour le reste... gardons-nous de faire d'Amélie Panneton une nouvelle Georges Perec. Nous n'en sommes pas là, vraiment pas. Et c'est tant mieux d'une certaine façon: les étiquettes, les comparaisons, ça tue la singularité, non?

Le charme discret du café filtre: le titre est étrange. Le livre l'est tout autant. En principe, il s'agit de nouvelles. Mais chacune d'elles concerne... les locataires du même immeuble, comme mentionné plus haut. Nous sommes... non pas à Paris, mais à Québec. Dans le quartier Saint-Roch.

Ça commence avec des cartes postales. Qui s'adressent à des personnes différentes, sont signées par des personnes différentes. Rien de bien compromettant ni de vraiment palpitant dans le contenu. Ça semble plutôt anodin. Des cartes postales, quoi. Pour donner des nouvelles, à sa soeur, à son ex, à qui de droit, dans la distance, l'ailleurs.

Il y a ceux qui sont partis. Et il y a ceux qui restent. Ceux qui restent dans cet immeuble du quartier Saint-Roch. La plupart sont dans la mi-vingtaine. Beaucoup d'étudiants. Des chômeurs. Et des insatisfaits de leur emploi.

Certains partagent à plusieurs le même appartement. Certains vivent en couple, ou l'ont été. Plusieurs histoires là-dessus, qui se recoupent. Questionnements sur la fidélité: beau principe, mais difficile à appliquer dans la réalité. Questionnements sur l'engagement, évidemment. Sur l'amour, finalement.

Plusieurs histoires d'amitié brisée, aussi. Ou qui le seront un jour au l'autre. Tout ce qui fait qu'on en vient à être déphasé par rapport à une personne qu'on croyait si proche, et pourquoi c'est comme ça. Tout ce qu'on pense tout bas et qu'on ne dit pas.

Tout ce qui préoccupe de jeunes adultes qui se cherchent, cherchent leurs repères. C'est là, par bribes, par morceaux. Leurs déceptions, leurs manques, leurs aspirations, leurs angoisses.

Il y a aussi une mère dans la jeune trentaine seule avec son enfant. Le père, qui rôde autour, incertain, maladroit. Et il y a un vieillard. Seul. Qui n'a jamais eu d'enfant. Qui n'a personne à qui parler.

Dommage: «Ce dont il a envie de parler, c'est de toutes les choses que personne ne veut entendre: la fragilité de la jeunesse, et les jours mornes de la vieillesse, et toutes les années entre les deux passées à chercher de grandes raisons de vivre.»

On les croise, les recroise, tous, d'un texte à l'autre. Parfois de loin. Parfois ils s'expriment directement. Peu à peu, on entre dans leur quotidien. Il y a des sauts dans le temps, des retours dans le passé. Il reste des trous, des énigmes.

On y met du temps, quand même, avant de comprendre le mécanisme, avant de pouvoir replacer qui est qui. Mais le ton général, les descriptions, le rythme du récit, l'humour au passage, tout ça nous séduit.

Et puis cette façon qu'a l'auteure de fouiller derrière la façade que chacun s'est construite, ou tente de se construire. Cette humanité qui se dévoile dans les petits détails. Cette sensibilité exempte de sensiblerie.

Ça nous séduit, oui. Mais en même temps, quelque chose agace. Quoi? Pas tellement le casse-tête à mettre en place, non. Quelque chose qu'on attend. Et qui ne vient pas.

Tout ça pour ça? On voudrait bien dire autre chose une fois le livre refermé. Mais on ne peut pas. On a trop attendu que quelque chose se passe. Quelque chose d'autre. N'importe quoi qui aurait embrasé le récit.

Des tranches de vie et puis c'est tout. C'est ce que nous offre Le charme discret du café filtre. Ça n'enlève rien aux qualités du livre. À l'originalité de l'écriture. Mais ça ressemble davantage à un exercice, au final.

Un exercice réussi, par une auteure qui promet, et qu'on se promet de suivre: voilà ce qu'on retient.

 
 
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  • A J
    Inscrit
    samedi 21 mai 2011 08h38
    ça me fait penser
    Le principe du même immeuble et de ses locataires, ça me fait penser au Décalogue de Kieslowski.

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