Vadeboncoeur vers d'autres existences
Photo : Jean-François Nadeau - Le Devoir
Pierre Vadeboncoeur
À retenir
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FRAGMENTS D'ÉTERNITÉ
Pierre Vadeboncoeur
Bellarmin
Montréal, 2011, 156 pages
Quelques jours avant de mourir, Pierre Vadeboncœur (1920-2010) apporte encore des retouches à ses derniers textes, où le mot «éternité» pourrait faire craindre qu'il n'ait versé dans des clichés en traitant de l'au-delà. Or il n'en est rien. «Je ne suis ni incroyant ni croyant, ou plutôt je suis l'un et l'autre, et autant l'un que l'autre», souligne le grand écrivain québécois. Jusqu'à la fin, presque malicieux, il nous tient en haleine.
Présenté par un ami, le romancier Yvon Rivard, le livre posthume de Vadeboncoeur, Fragments d'éternité suivi de Le Fond des choses, s'inspire de l'art. Dans ce recueil de pensées conçu selon un plan souple, l'essayiste développe le thème esthétique de la «forme pure», à travers laquelle il discerne la «présence visible de l'invisible». Il s'agit pour lui de réfléchir sur les énigmes, en particulier, comme si de rien n'était, sur celle de la mort.
«L'art, écrit Vadeboncoeur, est comme la griffe d'un au-delà parmi les réalités communes et immédiates.» On comprend que la forme, fruit du travail de l'artiste, donne à un objet un autre sens que celui qu'il a d'ordinaire, un sens qui, chez le créateur de génie, défie le réel. De la même façon, l'écrivain authentique donne aux mots, par un agencement inusité, un sens qu'ils n'ont jamais eu.
L'expérience intime du créateur, ainsi que celle du spectateur, du lecteur, de l'auditeur permettent une évasion vers l'ailleurs le plus lointain. En insistant sur l'aventure esthétique, Vadeboncoeur, agnostique tenté par le divin, rappelle à nos contemporains, si circonspects devant la transcendance, que l'aventure du sacré vient du même désir que la recherche de la beauté, de la joie, voire de l'insolite.
L'essayiste explique: «L'homme a cherché de tout temps cet exil ou, pour mieux dire, cette autre existence, soit dans la mystique, soit dans l'art, soit dans la pensée. Nous aspirons sans cesse à sortir ainsi de notre condition.» Si la mystique conduit à un Dieu si profond que certains l'appellent l'Innommable, le penseur de l'esthétique soutient: «Une forme, en tant que pure forme, ne révèle rien de son sens. Celui-ci est impénétrable.»
Vadeboncoeur a l'intelligence de situer le triomphe de cette forme secrète dans la révolution automatiste qui a marqué son parcours intellectuel, dès les années 40. Au seuil de la mort, il assure: «Aucune pensée sur l'art n'a jamais été plus aiguë que celle qui se manifesta au Québec dans cette période... Elle devançait New York de quelques années, semble-t-il. Les gouaches de Borduas sont de 1942 ou 1943.»
Dans ce très laïque courant d'avant-garde, lumière d'une vie, l'écrivain voit «un acte de foi», car, note-t-il, «l'art exclut pour son compte le scepticisme». Vadeboncoeur ne pouvait trouver une façon plus provocante, plus québécoise, plus testamentaire, d'engloutir le doute dans l'inspiration de nos vrais novateurs.
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Collaborateur du Devoir
Présenté par un ami, le romancier Yvon Rivard, le livre posthume de Vadeboncoeur, Fragments d'éternité suivi de Le Fond des choses, s'inspire de l'art. Dans ce recueil de pensées conçu selon un plan souple, l'essayiste développe le thème esthétique de la «forme pure», à travers laquelle il discerne la «présence visible de l'invisible». Il s'agit pour lui de réfléchir sur les énigmes, en particulier, comme si de rien n'était, sur celle de la mort.
«L'art, écrit Vadeboncoeur, est comme la griffe d'un au-delà parmi les réalités communes et immédiates.» On comprend que la forme, fruit du travail de l'artiste, donne à un objet un autre sens que celui qu'il a d'ordinaire, un sens qui, chez le créateur de génie, défie le réel. De la même façon, l'écrivain authentique donne aux mots, par un agencement inusité, un sens qu'ils n'ont jamais eu.
L'expérience intime du créateur, ainsi que celle du spectateur, du lecteur, de l'auditeur permettent une évasion vers l'ailleurs le plus lointain. En insistant sur l'aventure esthétique, Vadeboncoeur, agnostique tenté par le divin, rappelle à nos contemporains, si circonspects devant la transcendance, que l'aventure du sacré vient du même désir que la recherche de la beauté, de la joie, voire de l'insolite.
L'essayiste explique: «L'homme a cherché de tout temps cet exil ou, pour mieux dire, cette autre existence, soit dans la mystique, soit dans l'art, soit dans la pensée. Nous aspirons sans cesse à sortir ainsi de notre condition.» Si la mystique conduit à un Dieu si profond que certains l'appellent l'Innommable, le penseur de l'esthétique soutient: «Une forme, en tant que pure forme, ne révèle rien de son sens. Celui-ci est impénétrable.»
Vadeboncoeur a l'intelligence de situer le triomphe de cette forme secrète dans la révolution automatiste qui a marqué son parcours intellectuel, dès les années 40. Au seuil de la mort, il assure: «Aucune pensée sur l'art n'a jamais été plus aiguë que celle qui se manifesta au Québec dans cette période... Elle devançait New York de quelques années, semble-t-il. Les gouaches de Borduas sont de 1942 ou 1943.»
Dans ce très laïque courant d'avant-garde, lumière d'une vie, l'écrivain voit «un acte de foi», car, note-t-il, «l'art exclut pour son compte le scepticisme». Vadeboncoeur ne pouvait trouver une façon plus provocante, plus québécoise, plus testamentaire, d'engloutir le doute dans l'inspiration de nos vrais novateurs.
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