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    Essais québécois - Immigration: dégonfler les mythes

    Louis Cornellier
    19 mars 2011 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques
    Au Québec, le taux d’activité des immigrants est plus bas que celui des natifs et le taux de chômage, plus élevé.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Au Québec, le taux d’activité des immigrants est plus bas que celui des natifs et le taux de chômage, plus élevé.
    Le remède imaginaire
    Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec
    Benoît Dubreuil et Guillaume Marois
    Boréal
    Montréal, 2011, 320 pages
    «LE livre de la rentrée 2011», écrit Jean-François Lisée sur son blogue. «Une des contributions au débat public les plus sérieuses, salutaires et décapantes depuis longtemps», renchérit Joseph Facal dans sa chronique du Journal de Montréal. Il est vrai que Le Remède imaginaire. Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec, du philosophe Benoît Dubreuil et du démographe Guillaume Marois, est un essai-choc, solidement argumenté, qui ébranle une idée reçue à peu près unanimement partagée.

    Ainsi, selon cette idée, une hausse de l'immigration au Québec serait absolument nécessaire pour contrer les effets du vieillissement de la population, pour combler une pénurie de main-d'oeuvre et «pour soulager le fardeau grandissant sur les finances publiques du Québec». À gauche comme à droite, dans les milieux journalistiques et politiques, syndicaux comme patronaux, cette vision des choses fait à peu près consensus. Or, répliquent Dubreuil et Marois, elle ne tient tout simplement pas la route.

    Les auteurs sont bien conscients que «l'immigration n'est pas un thème comme les autres» et que quiconque remet en question sa nécessité s'expose à être traité en ennemi de la diversité, surtout si, comme eux, il appartient à la mouvance nationaliste. Aussi, ils tiennent à circonscrire clairement leur propos. «Nous souhaitons éviter à tout prix, écrivent-ils, que l'on nous comprenne mal: il existe des raisons nombreuses et légitimes d'accroître ou de réduire l'immigration qui n'ont rien à voir avec l'économie ou la démographie.» Or, puisque l'argumentaire actuel en faveur d'une hausse de l'immigration repose essentiellement sur ces deux dernières, il importe, selon les auteurs, de faire une analyse objective du phénomène à partir de ces angles.

    Depuis 1971, le Québec, au prorata de sa population, accueille moins d'immigrants (30 000, en moyenne) que le Canada ou l'Australie, mais plus que les États-Unis ou la France. Cela, bien sûr, a contribué à l'augmentation de sa population totale (900 000), mais n'a pas modifié significativement sa structure par âge. L'immigration, par exemple, n'a presque pas abaissé l'âge moyen de la population (40 ans au lieu de 41) puisque «le nom-bre d'immigrants reçus et l'écart entre l'âge moyen des Québécois et celui des immigrants ne sont pas suffisamment grands pour que cette influence soit significative». Seule une hausse de la fécondité pourrait renverser la tendance au vieillissement de la population.

    L'immigration, pour autant, n'est pas sans conséquence. Elle change la composition de la population: augmentation de la proportion d'immigrants, essor des langues non officielles, augmentation du poids démographique de Montréal par rapport aux régions et, on l'a dit, augmentation de la population totale. On peut penser ce qu'on veut de ces effets, mais on ne peut les nier. Au sujet du dernier, Dubreuil et Marois précisent deux choses: «le niveau de vie des habitants d'un pays n'est pas lié à la taille de sa population» et le maintien du poids politique du Québec au sein du Canada est certes un enjeu important, mais il ne faut pas oublier «que l'immigration, en accroissant le poids relatif du Québec au sein du Canada, vient du même coup réduire le poids relatif du français au Québec». Ce n'est pas en taisant ces enjeux, au nom de la rectitude politique, qu'on respectera la complexité du débat.

    L'intégration économique


    Après avoir dégonflé le mythe selon lequel il y aurait des centaines de milliers de postes à pourvoir au Québec, Dubreuil et Marois se penchent sur l'impact économique de l'immigration au Québec. Leur thèse est claire: si l'intégration économique des immigrants est bonne, l'impact peut être positif. Or, depuis la fin des années 1970, cette intégration est en panne.

    Au Québec, le taux d'activité des immigrants est plus bas que celui des natifs et le taux de chômage, plus élevé. Au Canada, ces indicateurs sont plus favorables aux immigrants, mais les salaires obtenus par ces derniers ne sont pas meilleurs que ceux de leurs homologues québécois. En comparant la situation dans plusieurs pays, Dubreuil et Marois en viennent à la conclusion que, «dans un système où la protection sociale est faible, les gens dont l'intégration au marché du travail est plus problématique sont tout de même obligés de travailler». Le Québec, à cet égard, est dans la même situation que les pays scandinaves, avec pour résultat que les immigrants y reçoivent davantage de transferts fiscaux qu'ils ne paient d'impôts.

    Ces difficultés d'intégration sont souvent mises sur le compte d'un corporatif abusif, d'un dédain pour les diplômes étrangers, d'une francisation défaillante et d'une discrimination à l'embauche. Dubreuil et Marois démontrent que ces explications sont simplistes et qu'il «n'existe aucune raison de penser que le capital humain acquis dans un tel contexte culturel et institutionnel doive être transférable à un autre».

    Dans des pages détaillées et très informées, les auteurs démontrent aussi que la grille de sélection du Québec en matière d'immigration est une vraie passoire («55 % des candidats sélectionnés atteignent à peine le seuil d'acceptation») pleine de critères arbitraires, que la catégorie des immigrants investisseurs est une invitation à l'arnaque (ce que vous apprendrez dans ce livre à ce sujet est renversant) et que le programme de recrutement des aides familiales résidantes (des domestiques) est «une source de travail à bon marché pour les familles fortunées du Québec» qui contribue à «angliciser Montréal».

    Dubreuil et Marois insistent: ils ne sont pas contre l'immigration. Ils constatent toutefois, sur la base des faits, que l'immigration est un remède imaginaire au vieillissement de la population, à la pénurie de main-d'oeuvre et au renflouement des finances publiques. «Économiquement et démographiquement, concluent-ils, le Québec n'a pas besoin d'immigration.» Cela ne signifie pas qu'il a besoin de ne pas en avoir. On peut, par exemple, être favorable à l'immigration pour des raisons morales, sociales et culturelles. Cela veut simplement dire que les mythes débouchent rarement sur de bonnes politiques.

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    louisco@sympatico.ca
    Au Québec, le taux d’activité des immigrants est plus bas que celui des natifs et le taux de chômage, plus élevé.<br />












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