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    Essais québécois - Charles Castonguay pour le Québec français

    19 février 2011 |Louis Cornellier | Livres
    Le mathématicien et démographe Charles Castonguay<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le mathématicien et démographe Charles Castonguay
    Le français dégringole - Relancer notre politique linguistique
    Charles Castonguay
    Préface de Josée Legault
    Renouveau québécois
    Montréal, 2010, 222 pages
    Principal organe de presse de la gauche indépendantiste, L'Aut'journal accueille dans ses pages, depuis plus de 25 ans, des voix fortes qui, étrangères aux modes intellectuelles, portent des convictions fondamentales. Au nom de la justice sociale, elles défendent un Québec français, laïque et véritablement social-démocrate.

    Avec une remarquable constance, le mathématicien Charles Castonguay y mène, là et ailleurs, le combat pour un Québec français et contre les jovialistes qui affirment que tout va bien dans ce dossier. «Le recul du français a beau battre tous les records, écrit-il dans Le français dégringole, il en reste toujours qui branlent dans le manche devant le besoin évident de relancer la francisation du Québec au moyen de nouvelles mesures contraignantes.»

    Les textes de Castonguay sont exigeants pour le lecteur qui n'est pas habitué à se faire servir une avalanche de statistiques. L'effort, néanmoins, en vaut la peine si on souhaite avoir l'heure juste sur l'état du français au Canada et au Québec.

    À l'échelle canadienne, la situation est grave. En 1951, le pays comptait 29 % de francophones (langue maternelle). En 2001, ce chiffre était passé à 22,6 % et, en 2006, il n'était plus que de 21,6 %. Pour 2031, les projections oscillent entre 18 et 15 %. «Demandez-vous, conclut Castonguay, quelle importance les Canadiens accorderont alors au français.» Si on se fie à celle qu'ils lui accordent aujourd'hui, on a raison de se dire que l'avenir du français, en Amérique, se jouera essentiellement au Québec.

    Les lunettes roses

    Or, même à l'échelle québécoise, les lunettes roses ne sont pas de saison. Les données du recensement de 2006, ajustées par Castonguay pour tenir compte du phénomène du sous-dénombrement, indiquent que les francophones ne sont plus que 79,1 % dans l'ensemble du Québec, 65 % dans la région de Montréal et 49 % dans l'île de Montréal.

    Certains affirment que ces chiffres ne sont pas si inquiétants puisque c'est la langue d'usage qui importe (par exemple, les allophones qui utilisent le français au quotidien sont nombreux). Même en acceptant ce critère, explique Castonguay, le tableau n'est pas rassurant. «Partout, constate-t-il, la population de langue anglaise augmente beaucoup plus rapidement que celle de langue française.» En d'autres termes, le taux d'assimilation favorise encore la langue anglaise.

    «Devant le flot de nouveaux arrivants allophones, précise le mathématicien, la baisse du poids des francophones [langue maternelle] est inévitable. Le problème n'est pas là. Le problème, c'est que le statut actuel du français ne lui confère pas un pouvoir d'assimilation proportionné à son importance démographique par rapport à l'anglais.»

    Pour renverser la tendance, Castonguay propose d'agir sur trois fronts: étendre la loi 101 au cégep, franciser fermement la langue de travail et lier la reconnaissance de la citoyenneté québécoise à une connaissance suffisante du français (ce qui pourrait même se faire dans le cadre canadien). «Si, donc, d'après l'enquête de Moffet, la langue des études pertinentes influe sur la langue de travail et si, selon d'autres études de l'OQLF et de Béland, la langue de travail influe à son tour sur la langue d'assimilation, il s'ensuit que la langue des études pertinentes au premier emploi — dont celle du cégep — influe sur l'assimilation», avance Castonguay pour justifier l'application de la loi 101 au cégep. Encore faut-il, pour que l'imposition du cégep en français aux francophones et aux allophones soit légitime, que la langue de travail et de la citoyenneté soit vraiment le français.

    Les faux-fuyants

    Quand les André Pratte, Denise Bombardier et Maxime Bernier nous serinent que l'avenir du français au Québec passe d'abord par la fierté des Québécois à l'égard de leur langue et de sa qualité, ils ne nous servent que des faux-fuyants. Le français ne s'imposera au Québec que s'il est une langue nécessaire et suffisante pour le travail et la citoyenneté.

    «On n'y coupera pas, conclut Castonguay: il faut vaincre la peur du qu'en-dira-t-on et relever le statut du français pour qu'il prenne la place qui lui revient comme langue d'assimilation.» Le mathématicien polémiste, d'ailleurs, souhaiterait plus de fermeté de la part du Devoir dans ce combat et n'hésite pas à dire que «chaque année de plus avec Charest à la barre rapproche le Québec français du naufrage».

    Carnets de combat


    L'Aut'journal, depuis quelques années, publie aussi de brefs essais militants sous forme de brochures. Dans L'Assurance maladie et la victoire de l'universalité, septième titre de la collection «Carnets», l'historien Jean-Claude Germain retrace les grandes étapes qui ont mené à l'adoption de la Loi québécoise sur l'assurance maladie.

    «La meilleure assurance contre la maladie, c'est la santé!», aimait à dire Maurice Duplessis, résumant ainsi une mentalité conservatrice qui comptait sur la charité ou les miracles lorsque la maladie frappait. Pour Germain, d'ailleurs, les béquilles de l'oratoire Saint-Joseph témoignent de «la détresse et [du] désarroi de la population québécoise devant la maladie et l'inaccessibilité des soins» et «on peut se demander si c'est l'espérance ou la désespérance de toute une époque que le Vatican a canonisées».

    Germain prend des accents lyriques pour chanter l'adoption de la Loi sur l'assurance maladie et qualifie de duplessistes ceux qui souhaitent la pervertir par un retour à la logique du privé. «Marcel Pepin, écrit-il, n'avait pas tort d'y voir le passage d'un monde où les yeux baissés et la main tendue étaient le lot d'une partie de la population à un monde où la liberté, l'égalité et la solidarité se traduisaient concrètement dans les mêmes droits pour tous.»

    Dans Éducation: le virage américain, Pierre Dubuc, directeur de L'Aut'journal, analyse le phénomène des écoles à charte, «la version américaine de nos écoles privées», pour montrer qu'un système d'éducation à deux vitesses, dans lequel le système privé concurrence le système public en le dépossédant de ses fonds et de ses élèves «faciles», mène à une impasse collective.

    ***

    louisco@sympatico.ca
     
     
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