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Littérature américaine - New York selon John Updike

Caroline Montpetit   15 juin 2002  Livres
Notre époque manque de mordant et d'ironie, d'autocritique. C'est pourquoi elle se réjouit si fort quand elle emprunte un instant le regard décapant d'un esprit savamment narquois.

L'écrivain américain John Updike, dont Le Seuil vient de traduire le dernier «quasi-roman», comme il l'appelle, Bech aux abois, est de ces esprits-là.

Updike se replonge ici dans la peau de l'écrivain septuagénaire Bech, personnage qui lui a inspiré de nombreux romans et qui est un peu son alter ego.

Bech, qui deviendra nouveau papa, lui sert donc de prétexte pour montrer, sous une loupe grossissante, les traits et travers d'un certain cercle littéraire et artistique, principalement new-yorkais.

Et c'est lorsqu'il peint ainsi les chassés-croisés d'un milieu, la mesquinerie ou les contradictions des uns et des autres, de ce monde littéraire qui est «un champ de bataille miné par la haine», que John Updike est à son meilleur.

Dans «Bech préside», sans doute le segment le plus réussi de ce quasi-roman en cinq parties, on admire la vivacité avec laquelle le personnage de Bech procède subtilement à son autocritique, laisse entrevoir la vanité et surtout l'égoïsme rapace d'une vénérable institution, qu'on appelle Les Quarante, qu'il préside et qui regroupe quelques têtes choisies du milieu des arts, des lettres et de la musique new-yorkais.

Or ces dignes et distingués artistes n'hésitent pas à démolir entre eux toutes les formes d'art qui dépassent les créations de leur génération.

«Il n'y a plus de compositeurs! cria l'homme. Il n'y a plus que des bandes électroniques. C'est tout ce qui intéresse les jeunes musiciens. Élire l'un d'eux reviendrait à élire une machine!» «La peinture maintenant, c'est de la foutaise, de l'art sinistré avec de maladroits dessins d'enfant. Depuis que Kiefer et Kienholz ont réussi, on ne voit que des atrocités — l'holocauste, le commerce des esclaves, le viol, les désastres écologiques et blablabla. Des posters pour défilés protestataires. Sauf mon distingué collègue, ici présent.»

Cette joyeuse assemblée est fort occupée à s'offrir des congratulations réciproques. Et, sans la moindre pensée pour la prospérité, les fameux Quarante adoptent un règlement dissolvant l'institution. Du coup, les membres se garantissent le partage d'un colossal héritage légué par la fondatrice de la confrérie, une certaine Lucinda Baines. Après nous le déluge...

On l'a dit souvent, Updike s'inspire beaucoup de lui-même pour animer le personnage de Bech.

On peut lui reprocher d'ailleurs de tomber un peu dans la complaisance quand il détaille les relations pour le moins difficiles que Bech entretient avec les critiques littéraires. «Toute tierce personne, à Manhattan, est une sorte de critique», écrit Updike.

Or ces critiques, ils l'ont tous plus ou moins écorché dans des articles de journaux, de revues. Et l'écrivain vieillissant qu'est Bech ressasse indéfiniment dans sa tête les petites phrases assassines lues au fil des ans dans le journal.

«Toute critique hostile, fût-ce une simple réserve dans un article favorable, voire idolâtre, devenait une déclaration de guerre — une attaque, un assassinat virtuel, une brutale tentative d'émasculation et de meurtre», écrit Updike.

Il tente pourtant de se raisonner, se répétant que la critique peut n'être qu'un «verdict faillible, donné dans l'urgence d'un bouclage et pour quelques dollars», le mal est fait, et l'heure de la vengeance a sonné.

Ces critiques, l'écrivain, dans la partie intitulée «Bech noir», s'attardera d'ailleurs à les assassiner les uns après les autres, affirmant qu'eux-mêmes l'ont tué «à force de l'agacer, de lui chercher des poux, de le rapetisser».

On brûlerait d'en savoir un peu plus sur le monde de la critique littéraire new-yorkais pour mettre des visages sur les noms. Un livre à lire par ceux qui s'intéressent de près ou de loin au monde des arts, qui en apprécient les qualités bien sûr, mais qui en connaissent, aussi, les défauts...
 
 
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