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    La Butte à Mathieu – Des armoires et des chansons

    20 novembre 2010 |Sylvain Cormier | Livres
    • LA BUTTE À MATHIEU
    • Un lieu mythique dans l'histoire de la chanson québécoise
    • Sylvain Rivière et Gilles Mathieu
    • VLB éditeur
    • Montréal, 2010, 168 pages
    Dans d'autres mains, à une autre époque, ç'aurait pu n'être qu'une plaquette. C'est le sort qui a hélas échu à une autre boîte à chansons mythique, Le Patriote: tout petit livre paru en 1994, fabrication maison à la limite de l'indigence, gros caractère pour meubler, texte honnête de Phil Laframboise qui se lisait comme un livret-souvenir et n'avait pas d'autre ambition. Mais aujourd'hui, un destin meilleur nous vaut La Butte à Mathieu, beau livre bâti à partir des beaux restes d'un lieu plus mythique encore: la Butte de Val-David, véritable étoile du Nord de la chanson d'ici.

    Comme le beau bois des belles armoires Nouvelle-France que l'on trouvait partout dans cette «sorte de chapelle conçue à même un genre de maisons à lucarnes sortie d'un autre siècle» (Jean-Paul Filion), le lieu revit grâce aux riches archives papier de l'historien de la chanson Robert Thérien et du fondateur-programmateur-antiquaire Gilles Mathieu lui-même. Ça ne manque pas d'allure.

    VLB Éditeur y a vu, parce que le marché en en voulu ainsi. Dans la foulée de l'exemplaire et essentiel Montréal show/chaud de Carmel Dumas chez Fides, de la très complète bio de Ferland par Sophie Durocher chez Libre Expression, des 101 disques qui ont marqué le Québec d'Éric Trudel, ouvrage de référence remarquablement mis en page au Trécarré, le temps est bon pour ces livres au contenu consistant et contenant assorti qui correspondent très exactement à ce qu'exige l'exigeant public amateur de chanson chansonnière des années pionnières. Nommément: ceux qui y étaient, ceux qui auraient aimé y être, et ceux qui y sont encore (dans leur tête). Moi, par exemple. Qu'on me déballe ici les bébelles de la Butte, qu'on me rouvre les musées personnels, j'y tiens, ça change tout. Ça me rapproche de la vérité physique du lieu, surtout celui-là, aujourd'hui disparu. Je chéris ces programmes, ces affiches (dont celle qui annonce, se succédant, Anne Sylvestre, Raymond Lévesque, Les Jérolas, Les Cyniques et Claude Nougaro...), ces articles découpés, ces cartes de membre, ces lettres, ces photos (belle, belle Marie-Josée Longchamps aux côtés de Gilles Mathieu moustachu), cette carte postale de Pauline (Julien) à Gilles, ces billets même pas utilisés (Félix Leclerc en spectacle le 22 octobre 1960, avec Germaille Versaille, André Laplante et Monique Miville-Deschênes, le tout pour deux dollars...), etc.

    J'aurais voulu tout ça en quadrichromie, mais bon, en sépia c'est déjà tout un monde. On peut feuilleter longtemps et souvent, avant de lire. Et quand on lit, on peut lire n'importe où selon l'intérêt, car tout est morcelé exprès, avec l'histoire de la Butte narrée à la bonne franquette par Gilles Mathieu, pour ainsi dire en filigrane: on peut se rendre tout de suite au portrait de Philippe Gagnon le géant violoneux (qui dansa avec Janis, mais ailleurs), se contenter de la mise en contexte de Sylvain Rivière, s'attarder aux revues d'été que fomentait Raymond Lévesque, ne goûter que le détail du passage de Mouloudji (qui retrouva à la Butte l'ambiance des vieilles boîtes de sa butte à lui, celle de Montmartre), lire et relire vingt fois un couplet de chanson en exergue de chapitre et comprendre pourquoi la Butte était la Butte. Un livre ouvert aux quatre vents, à l'image de la Butte et de Gilles Mathieu. Il n'y a qu'à entrer. «Allez, viens faire ton tour, tire-toi une bûche, qu'on se raconte tout ça», écrit Claude Léveillée. Qui sait, vous repartirez peut-être avec une armoire normande... On peut rêver. Même a posteriori.

    ***

    LA BUTTE À MATHIEU
    Un lieu mythique dans l'histoire de la chanson québécoise
    Sylvain Rivière et Gilles Mathieu
    VLB éditeur
    Montréal, 2010, 168 pages












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