Poésie - Les incertitudes de Martine Audet
Photo : Archives Le Devoir
Martine Audet a reçu le deuxième prix du concours de poésie de Radio-Canada 2008 avec Je demande pardon à l’espèce qui brille.
À retenir
-
Les Grands cimetières (Tome I et II)
- Martine Audet
- L'Hexagone, coll. «L'appel des mots»
- Montréal, 2010, 136 pages et 68 pages
Deux tomes, d'un seul coup, pour ceux qui aiment cette écriture minimaliste, au bord du simple, à deux cheveux du froissement d'air. D'abord, Le ciel n'est qu'un détour à brûler, qui ouvre ce diptyque des Grands cimetières. Ici, Martine Audet publie les textes et images ayant fait l'objet d'une exposition à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal en 2009. Papiers pliés, déchirés, vierges ou imprimés de mots, linceuls au détour de la lumière, voilà les photos qui participent du livre. Photos carrées, en noir et blanc, en vis-à-vis ou au revers des strophes occupant un espace similaire et, de même, carré, aux inéluctables sizains pour cerner ou discerner la présence vive du réel. Petits poèmes pour accéder au secret puisque, comme le dit André Roy en épigraphe: «Les petits poèmes remuent à minuit.»
«Je suis témoin», avoue Martine Audet, au tout début, inscrivant en cela la filiation intrinsèque et secrète des textes. Ce ne sont pas des haïkus, mais de courtes propositions qui tiennent au feuilleté du sens, à l'éphémère («l'éphémère occupe le rêve»), parfaitement aléatoires, fluctuant entre bonheur et malheur, tranquillité et angoisse, car la poète «imagine le pire / souvent / une intenable idée / du vivant». «De temps à autre / les miroirs se complètent / comme une sentence», dit-elle encore, le regard posé sur la précarité du monde fini, puisque «maintenant / est un jardin modeste / pour être aimé».
En effet, comment ne pas souscrire à cette affirmation que «le réel / est un mouvement / rare» devant lequel il faut être à l'affût? «Quelques minutes du coeur» suffisent pour cela, mais il faut «change[r] la balle / des premières images / il faut un peu d'infini / parmi les morts / [car] le petit poème / éclate au coeur». Palpitation de ces mots qui se tiennent dans l'interstice du temps fuyant, de la fugacité pernicieuse qui pourrait bien nous faire perdre conscience.
Supplique
Le deuxième volet, Je demande pardon à l'espèce qui brille, qui a permis à Martine Audet de recevoir le deuxième prix du concours de poésie de Radio-Canada 2008 pour une version différente, impose également un aspect formel obstiné: un vers long suivi d'une série de seize trois points, suivi d'un autre vers, d'une autre série, ad infinitum; et, de la même manière que dans le tome précédent, six vers par page. L'épigraphe de François Charron impose plus une filiation d'écriture qu'une citation remarquable car, de la même façon, s'additionnent dans ce recueil de Martine Audet des notations, des sentences, sans suite apparente, immuablement soumises à une impulsion émotive, à une pensée fuyante ou tendant vers l'apophtegme.
Il faut donc se laisser porter, sans trop questionner, toujours soucieux de s'émerveiller devant telle affirmation, tel tableautin charmant ou telle autre sagesse: «Un livre aurait pu être tous les livres.» En effet, comment ne pas admettre avec la poète que «Les malles sont pleines de somptueux départs», que «Les os arrivent de l'enfance sauvages et bondissants», que «Les morts se prononcent vite — le coeur est une seconde», que «Le dernier mot d'une phrase suffit pour disparaître»! Que retrouvons-nous donc dans ces deux tomes, comme elle le précise dans Le ciel n'est qu'un détour à brûler, sinon une auteure qui «ne résiste pas à l'image» éphémère, intempestive.
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Collaborateur du Devoir
«Je suis témoin», avoue Martine Audet, au tout début, inscrivant en cela la filiation intrinsèque et secrète des textes. Ce ne sont pas des haïkus, mais de courtes propositions qui tiennent au feuilleté du sens, à l'éphémère («l'éphémère occupe le rêve»), parfaitement aléatoires, fluctuant entre bonheur et malheur, tranquillité et angoisse, car la poète «imagine le pire / souvent / une intenable idée / du vivant». «De temps à autre / les miroirs se complètent / comme une sentence», dit-elle encore, le regard posé sur la précarité du monde fini, puisque «maintenant / est un jardin modeste / pour être aimé».
En effet, comment ne pas souscrire à cette affirmation que «le réel / est un mouvement / rare» devant lequel il faut être à l'affût? «Quelques minutes du coeur» suffisent pour cela, mais il faut «change[r] la balle / des premières images / il faut un peu d'infini / parmi les morts / [car] le petit poème / éclate au coeur». Palpitation de ces mots qui se tiennent dans l'interstice du temps fuyant, de la fugacité pernicieuse qui pourrait bien nous faire perdre conscience.
Supplique
Le deuxième volet, Je demande pardon à l'espèce qui brille, qui a permis à Martine Audet de recevoir le deuxième prix du concours de poésie de Radio-Canada 2008 pour une version différente, impose également un aspect formel obstiné: un vers long suivi d'une série de seize trois points, suivi d'un autre vers, d'une autre série, ad infinitum; et, de la même manière que dans le tome précédent, six vers par page. L'épigraphe de François Charron impose plus une filiation d'écriture qu'une citation remarquable car, de la même façon, s'additionnent dans ce recueil de Martine Audet des notations, des sentences, sans suite apparente, immuablement soumises à une impulsion émotive, à une pensée fuyante ou tendant vers l'apophtegme.
Il faut donc se laisser porter, sans trop questionner, toujours soucieux de s'émerveiller devant telle affirmation, tel tableautin charmant ou telle autre sagesse: «Un livre aurait pu être tous les livres.» En effet, comment ne pas admettre avec la poète que «Les malles sont pleines de somptueux départs», que «Les os arrivent de l'enfance sauvages et bondissants», que «Les morts se prononcent vite — le coeur est une seconde», que «Le dernier mot d'une phrase suffit pour disparaître»! Que retrouvons-nous donc dans ces deux tomes, comme elle le précise dans Le ciel n'est qu'un détour à brûler, sinon une auteure qui «ne résiste pas à l'image» éphémère, intempestive.
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