Le vrai ministre de la Culture
Nos lecteurs auront remarqué que la chronique de Gil Courtemanche de samedi dernier avait un air de déjà vu... et de décalage quant à l'actualité. Ils n'ont pas rêvé: des problèmes informatiques ont fait en sorte que c'est une ancienne chronique qui a été publiée. Voici donc la chronique prévue, avec toutes nos excuses à l'auteur.
Mardi soir dernier, comme le veut le cliché, le Tout-Montréal culturel célébrait le 40e anniversaire des Éditions du Boréal. Vous me pardonnerez le conflit d'intérêts, mais il faut quand même admettre objectivement que ces quarante ans de labeur intellectuel ont pesé lourd dans la mise en place de cette nouvelle culture québécoise qui prit un envol déterminant durant les années 1960.
Quand je dis le Tout-Montréal culturel, je n'exagère pas. Il y avait même Pierre-Karl Péladeau et Julie Snyder qui, il faut le souligner, avaient eu la décence de laisser le gentil Wilfred à la maison et l'autobus de Star Académie au garage. Seule absence remarquée, celle de la ministre de la Culture, Mme Line Beauchamp, qui avait cru plus important de participer à la comédie de l'élection «démocratique» du président de l'Assemblée nationale. Je me dis que c'était un mauvais signe, mais n'en fis pas trop de cas.
Le lendemain, je me penchai sérieusement sur le discours du chef de Mme Beauchamp. Je fus renversé par le dogmatisme sous-jacent qui animait ce texte d'une platitude qu'on ne retrouve que dans le rapport annuel d'une PME. Cet homme de toute évidence confondait changement et retour en arrière. Ce conservateur parlait comme ses maîtres, Ronald Reagan, Mike Harris et tutti quanti, proposant des formules et des recettes éculées qui, mises en application aux États-Unis et en Ontario, se sont soldées par des faillites gigantesques et, particulièrement en Ontario, par une fracture sociale et une détérioration de la qualité des services publics. Faut-il rappeler que la tragédie de l'eau contaminée de Walkerton a été reliée directement aux compressions sauvages que le gouvernement Harris avait effectuées dans les services de contrôle de la qualité des eaux? J'eus un petit frisson en pensant au champagne qu'on sablait au Conseil du patronat et dans toutes ces entreprises qui veulent briser les syndicats en utilisant la sous-traitance.
Hier matin, j'eus la confirmation que toutes mes craintes étaient justifiées. Dans un entrefilet, on annonçait la création en septembre prochain de 3000 nouvelles places en garderie. Mais ce ne serait pas dans le réseau des Centres de la petite enfance, exemple efficace et original d'économie sociale et de participation parentale, non, ce serait dans le système privé. Parce que cela coûte moins cher, parce que la qualité des services est supérieure? Absolument pas. Tout simplement parce que c'est dans l'entreprise privée. Pas pour des raisons économiques ou d'efficacité, pour des raisons politiques et idéologiques.
Puis je fus pris d'un tremblement d'horreur, car se formait dans mon esprit une vision cauchemardesque. Il fallait prendre au sérieux cet éloge du profit, ces promesses de désengagement de l'État, ce discours sur la rentabilité. Non seulement fallait-il les prendre au sérieux, mais on pouvait craindre qu'ils ne soient appliqués comme avec un rouleau compresseur à tous les secteurs de l'activité gouvernementale (sauf bien sûr (?) aux hôpitaux et aux écoles) et dans tous les domaines y compris dans celui de la culture. Car il faut comprendre que, pour ces idéologues du néo-libéralisme, les produits culturels ne sont que des bien commerciaux qui doivent répondre aux mêmes critères de rentabilité que tous les autres biens de consommation. Dans les États où on a appliqué ces principes, les gouvernements se sont délestés de plus en plus de la tâche du soutien aux activités culturelles pour la transférer au mécénat. Aux États-Unis, ce fut une catastrophe.
Je compris alors que j'avais peut-être vu, à la fête du Boréal, le véritable ministre de la Culture, celui qui incarne parfaitement la conception libérale de l'industrie culturelle. Pierre-Karl Péladeau, ministre de la Culture et Julie Snyder, chef de cabinet. L'absence de Line Beauchamp n'était pas innocente. Si nous appliquons les principes énoncés dans le discours de Jean Charest, nous obtenons Quebecor. Des produits culturels qui rapportent, des entreprises qui sous-traitent, qui convergent, qui recyclent. Dans cet univers, les livres qui n'enseignent pas le maquillage aux jeunes filles sont interdits, les chansons que ne peut chanter Wilfred ne tournent pas, le théâtre qui ne peut gagner un Olivier doit se débrouiller tout seul. Cauchemar!
Je sais bien qu'il faut assurer le financement de la santé et de l'éducation, mais une coupe de 10 % dans le budget de la Culture qui, comme le souligne Pierre Curzi, est parvenu tant bien que mal à revenir au niveau de financement qui existait il y a cinq ou six ans, c'est une coupe dans le vif. Ce ne sont pas des fonctionnaires de moins, des équipements dont on retarde l'achat, des édifices dont on se départ; ce sont des livres qui ne sont pas publiés, des films qui ne sont pas tournés, ce sont des peintres qu'on prive de couleurs.
Jean Charest dit avec justesse qu'on ne peut jouer avec la santé et l'éducation d'une société. Il aurait pu ajouter qu'on ne peut jouer avec son âme et son identité.
Mardi soir dernier, comme le veut le cliché, le Tout-Montréal culturel célébrait le 40e anniversaire des Éditions du Boréal. Vous me pardonnerez le conflit d'intérêts, mais il faut quand même admettre objectivement que ces quarante ans de labeur intellectuel ont pesé lourd dans la mise en place de cette nouvelle culture québécoise qui prit un envol déterminant durant les années 1960.
Quand je dis le Tout-Montréal culturel, je n'exagère pas. Il y avait même Pierre-Karl Péladeau et Julie Snyder qui, il faut le souligner, avaient eu la décence de laisser le gentil Wilfred à la maison et l'autobus de Star Académie au garage. Seule absence remarquée, celle de la ministre de la Culture, Mme Line Beauchamp, qui avait cru plus important de participer à la comédie de l'élection «démocratique» du président de l'Assemblée nationale. Je me dis que c'était un mauvais signe, mais n'en fis pas trop de cas.
Le lendemain, je me penchai sérieusement sur le discours du chef de Mme Beauchamp. Je fus renversé par le dogmatisme sous-jacent qui animait ce texte d'une platitude qu'on ne retrouve que dans le rapport annuel d'une PME. Cet homme de toute évidence confondait changement et retour en arrière. Ce conservateur parlait comme ses maîtres, Ronald Reagan, Mike Harris et tutti quanti, proposant des formules et des recettes éculées qui, mises en application aux États-Unis et en Ontario, se sont soldées par des faillites gigantesques et, particulièrement en Ontario, par une fracture sociale et une détérioration de la qualité des services publics. Faut-il rappeler que la tragédie de l'eau contaminée de Walkerton a été reliée directement aux compressions sauvages que le gouvernement Harris avait effectuées dans les services de contrôle de la qualité des eaux? J'eus un petit frisson en pensant au champagne qu'on sablait au Conseil du patronat et dans toutes ces entreprises qui veulent briser les syndicats en utilisant la sous-traitance.
Hier matin, j'eus la confirmation que toutes mes craintes étaient justifiées. Dans un entrefilet, on annonçait la création en septembre prochain de 3000 nouvelles places en garderie. Mais ce ne serait pas dans le réseau des Centres de la petite enfance, exemple efficace et original d'économie sociale et de participation parentale, non, ce serait dans le système privé. Parce que cela coûte moins cher, parce que la qualité des services est supérieure? Absolument pas. Tout simplement parce que c'est dans l'entreprise privée. Pas pour des raisons économiques ou d'efficacité, pour des raisons politiques et idéologiques.
Puis je fus pris d'un tremblement d'horreur, car se formait dans mon esprit une vision cauchemardesque. Il fallait prendre au sérieux cet éloge du profit, ces promesses de désengagement de l'État, ce discours sur la rentabilité. Non seulement fallait-il les prendre au sérieux, mais on pouvait craindre qu'ils ne soient appliqués comme avec un rouleau compresseur à tous les secteurs de l'activité gouvernementale (sauf bien sûr (?) aux hôpitaux et aux écoles) et dans tous les domaines y compris dans celui de la culture. Car il faut comprendre que, pour ces idéologues du néo-libéralisme, les produits culturels ne sont que des bien commerciaux qui doivent répondre aux mêmes critères de rentabilité que tous les autres biens de consommation. Dans les États où on a appliqué ces principes, les gouvernements se sont délestés de plus en plus de la tâche du soutien aux activités culturelles pour la transférer au mécénat. Aux États-Unis, ce fut une catastrophe.
Je compris alors que j'avais peut-être vu, à la fête du Boréal, le véritable ministre de la Culture, celui qui incarne parfaitement la conception libérale de l'industrie culturelle. Pierre-Karl Péladeau, ministre de la Culture et Julie Snyder, chef de cabinet. L'absence de Line Beauchamp n'était pas innocente. Si nous appliquons les principes énoncés dans le discours de Jean Charest, nous obtenons Quebecor. Des produits culturels qui rapportent, des entreprises qui sous-traitent, qui convergent, qui recyclent. Dans cet univers, les livres qui n'enseignent pas le maquillage aux jeunes filles sont interdits, les chansons que ne peut chanter Wilfred ne tournent pas, le théâtre qui ne peut gagner un Olivier doit se débrouiller tout seul. Cauchemar!
Je sais bien qu'il faut assurer le financement de la santé et de l'éducation, mais une coupe de 10 % dans le budget de la Culture qui, comme le souligne Pierre Curzi, est parvenu tant bien que mal à revenir au niveau de financement qui existait il y a cinq ou six ans, c'est une coupe dans le vif. Ce ne sont pas des fonctionnaires de moins, des équipements dont on retarde l'achat, des édifices dont on se départ; ce sont des livres qui ne sont pas publiés, des films qui ne sont pas tournés, ce sont des peintres qu'on prive de couleurs.
Jean Charest dit avec justesse qu'on ne peut jouer avec la santé et l'éducation d'une société. Il aurait pu ajouter qu'on ne peut jouer avec son âme et son identité.
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