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Essais québécois - La nostalgie de Paul-Émile Roy

Louis Cornellier   14 août 2010  Livres

À retenir

    • Le Mouvement perpétuel - Itinéraire d'un Québécois candide dans la modernité
    • Paul-Émile Roy
    • Bellarmin
    • Montréal, 2010, 480 pages
Essayiste marginal dont les ouvrages ne sont pas conçus pour faire la manchette, Paul-Émile Roy est néanmoins l'auteur d'une œuvre relativement importante qui brille par sa constance. Défenseur de l'héritage catholique du Québec, souverainiste résolu et, surtout, champion d'une vie vécue avec la culture, aussi bien universelle que québécoise, Paul-Émile Roy se nourrit notamment de la pensée d'un Pierre Vadeboncœur, dont il offre une version vulgarisée et plus conservatrice.

Aujourd'hui, l'essayiste ressent le besoin de faire le point sur son parcours, pas tant pour se raconter lui-même que pour jeter un regard sur l'époque. «Je tente, écrit-il dans Le Mouvement perpétuel. Itinéraire d'un Québécois candide dans la modernité, de rendre compte de ce qui s'est passé autour de moi, dans la société, dans le monde.»

Né en 1928 dans un Québec qui vivait encore au rythme de la tradition, Roy vit son grand âge dans une société moderne, voire postmoderne, qui a peu en commun avec celle de sa jeunesse. Dans ce gros ouvrage qui n'évite pas les redondances multiples, il propose une sorte de bilan, senti mais trop souvent marqué par l'amertume, du passage du Québec à la modernité.

Élevé à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, Roy affirme avoir vécu ses années d'enfance et d'adolescence «comme des moments de ferveur, de découverte, de désir et d'exaltation». Il évoque un monde habité par le sens du passé et de la transcendance, dans lequel la relation concrète de l'homme avec le temps et la nature se caractérise par un désir de mouvement dans la stabilité. «Je dirais, écrit Roy, que le monde d'hier était un monde habité alors que celui du troisième millénaire tend à devenir de plus en plus virtuel, abstrait.»

Quand ses parents lui racontaient le passé familial, vécu à Saint-Cyprien, au Québec, ils n'avaient que des merveilles en bouche. Pieux mensonges, inspirés par la nostalgie? Non, réplique Roy. «Ils dégageaient le sens d'une existence.» Lui-même ne procède pas autrement. «Je ne distingue pas très bien ce qui dans ce récit relève de l'imagination et ce qui relève de la mémoire. [...] En dernière analyse, c'est de l'existence tout simplement que j'essaie de rendre compte, sans hésiter à recourir à la fiction quand je veux mieux évoquer la réalité.»

Roy raconte ses années de collège classique, au séminaire Sainte-Croix à Saint-Laurent, avec effusion. Il chante le dévouement des religieux éducateurs et la riche vie intellectuelle de cet univers. Il va même jusqu'à affirmer que «les collèges classiques étaient beaucoup plus respectueux de l'autonomie de l'enfant que les institutions éducatives actuelles». Roy, qui reste convaincu que la culture a besoin d'une dimension religieuse, sera ordonné prêtre en 1954.

Une nostalgie teintée d'amertume

Il entre, on l'aura remarqué, beaucoup de nostalgie dans ce portrait du passé. Roy ne s'en excuse pas. «Notre époque, écrit-il, condamne la nostalgie parce qu'elle se replie sur l'instant. La nostalgie est la marque de la conscience du temps. J'ai conscience que les choses mortes sont à l'origine de ce que je suis, que des choses sont disparues dans le temps. On peut être nostalgique et ouvert sur le futur.» Il a raison. Le problème survient, toutefois, quand cette saine nostalgie se teinte d'amertume. Or Roy a beau s'en défendre, son livre en est plein.

La Révolution tranquille, lance-t-il en reprenant un de ses thèmes de prédilection, a avorté et s'est «transformée en une forme vulgaire de capitulation tranquille». Après elle, les Québécois refusent le passé, méprisent leur héritage catholique, l'école devient un lieu d'inculture, la question nationale est dans un cul-de-sac et le conformisme marchand est devenu le nouveau dogme. Ces critiques contiennent une bonne part de vérité, mais manquent ici totalement de nuance.

La disparition d'une culture première, nourrie d'un sens de la tradition et de la religion, au profit d'un individualisme marchand privé de tout ancrage culturel — le remplacement de l'église par le centre commercial, en d'autres termes — est certes un des drames de la modernité. Roy n'a pas tort de le rappeler, mais il a tort, par ailleurs, de négliger les bienfaits d'une modernité qui a démocratisé l'instruction (où Roy veut-il en venir en déplorant que, quand «l'État prend en main l'enseignement, l'école perd son autonomie»?), qui a libéré, sur le plan social, les femmes et qui n'est pas dépourvue de valeurs morales.

Roy dit avoir quitté l'état clérical, en 1973, parce qu'il considérait que l'Église «s'était encombrée au cours des siècles de tout un appareil de traditions, de folklore, de schèmes moraux, etc., qui était devenu étouffant, lourd, aliénant». Or il écrit, dans cet ouvrage, que l'avortement «est en soi une monstruosité» à laquelle il faut s'opposer radicalement comme... mère Teresa! Il ajoute que «c'est un conformisme sordide qui a poussé à l'adoption du mariage des homosexuels» et que «la femme était plus l'image de Dieu quand elle renonçait au pouvoir que depuis qu'elle est entrée en compétition avec l'homme». Les schèmes moraux étouffants du Vatican, ici, ne sont pas loin.

«Nous devons nous garder le plus possible de toute pensée d'amertume ou de mélancolie à l'endroit de notre temps, écrivait Claude Ryan dans son Testament spirituel (Novalis, 2004). Nous devons au contraire chercher à le connaître, à le comprendre et à l'aimer sans cesse davantage.» En essayiste nostalgique qui plaide pour une reconnaissance active du passé afin de donner plus de profondeur au présent, Paul-Émile Roy fait oeuvre utile. En «homme déçu» qui oppose un passé idéalisé à un présent méprisable parce qu'insignifiant, il étouffe le lecteur plus qu'il ne le stimule.

***

louisco@sympatico.ca
 
 
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  • Democrite101
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 08h44
    Médiéval un jour, médiéval toujours
    Cet écrivain réactionnaire me fait penser à Montaigne, catho comme lui et qui, comme lui, n'a pas compris son époque (naissance de la liberté protestante). Il rêvasse à l'ancienne (pré-1960s), que j'ai connue et qui puait la Noirceur reflétée par «le sens du passé et de la transcendance». De l'horrible Maria Chapdelaine.

    Il dit des faussetés: « l'école devient un lieu d'inculture», et c'est une injure à tout le corps enseignant du Québec. En 1962, j'ai connu ces religieux enseignants: ils battaient et terrorisaient les enfants. J. Légaré J. Légaré

  • Gebe Tremblay
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 11h01
    Il a entièrement raison.
    C'est pourquoi aujourd'hui c'est à l'extrême droite que l'on doit la défense des libertés fondamentales.

  • Yves Lever
    Abonné
    samedi 14 août 2010 11h50
    Nostalgie, quand tu nous (re)tiens
    Dans un de ses brillants textes, Pierre Perrault écrit que «les pays prennent naissance dans la mémoire, et la mémoire ne manque pas d'imagination...».

    Il faut avoir vraiment beaucoup d'imagination pour affirmer que les collèges classiques étaient plus respectueux de l'autonomie des élèves que les écoles actuelles... La liberté intellectuelle ? Connait pas !

    Ceux qui, comme moi ont fait le cours classique au tournant des années 60, savent bien comment la culture qu'on y diffusait en était une de «morceaux choisis» (on sait par qui...). L'étroitesse d'esprit de la plupart des éducateurs et la censure des idées et des manifestations artistiques, on les vivait au quotidien.

    Quand on a eu 18 ans en 1960, on a pu connaître tout l'ancien système : cela nous fait comprendre ce que signifie la grande noirceur que certains veulent instaurer aujourd'hui. Heureusement, on était encore assez jeunes pour s'en sortir sans trop de dégâts.
    Yves Lever

  • Augustin Rehel
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 12h28
    L'évolution...
    Comme à l'habitude, je suis en désaccord avec mon ami J. Légaré... qui ne change jamais de chemise. Comme à l'époque médiévale! Qui plus est, la généralisation de ses propos est inquiétante:

    «ces religieux enseignants: ils battaient et terrorisaient les enfants.»

    J'ai étudié au cours classique dans une communauté religieuse et je n'ai jamais été témoin d'un geste de violence vis-à-vis un seul étudiant. Il y a des exceptions partout. Aujourd'hui, les médias recensent quelques abus ici et là et desâmes bien pensantes généralisent à outrance.


    Il se permet une ridicule critique de Montaigne quaand tous les littéraires et les littérateurs savent que Montaigne a eu une grande influence sur des écrivains de toutes époques, incluant René Descartes, Jean-Jacques Rousseau, Blaise Pascal, Friedrich Nietzsche, Emil Cioran et Stefan Zweig.

    Monsieur Légaré, réfléchissez je vous prie avant d'écrire.

  • Democrite101
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 14h18
    La liberté vient des Lumières, et Émile Roy rêve au temps de Bossuet

    M. Gebe T.

    Vous dites une contre-vérité: «c'est à l'extrême droite que l'on doit la défense des libertés fondamentales». L'extrême-droite, en science politique, désigne le fascisme et le nazisme, voire le populisme xénophobe (Le Pen).
    Or vous désignez sans doute la droite classique (Tatcher, Reagan, les 2 Bush et Harper). Encore là, vous errez.
    Les libertés fondamentales, cette droite en a hérité tout comme la gauche. La grande question: où la limiter, l'encadrer et la faire grandir cette chère liberté? Pas dans la religion, qui hier la niait et auj.l'aveugle.

  • michel lebel
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 14h52
    Le vide...
    Claude Ryan ne carburait pas à la nostalgie, il est vrai, mais il avait tendance a embellir le présent. Il faut le reconnaître: notre présent est plutôt médiocre au plan culturel et spirituel, le superficiel et les dieux technique et efficacité règnent. Quand une émission de télévision aussi vide que TLMEP est la norme, il faut se poser de serieuses questions. Enlever Dieu d'une société et vous avez de sacrés problèmes. Et c'est ainsi au Québec. Paul-Emile Roy dit, je crois, la même chose, à sa façon. N'attendez pas grand'chose d'une société aussi sécularisée. Je constate ce fait, mais je n'ai aucune nostalgie. Mais je suis triste et inquiet pour l'avenir de notre société.

    Michel Lebel

  • Jacques Leger
    Abonné
    samedi 14 août 2010 17h22
    L'intégrisme en teinte de nostalgie
    J'ai jadis bien connu Paul-Émile Roy, à l'époque j'avais pour lui une certaine admiration. En lisant le commentaire juste et nuancée de Louis Cornellier sur son dernier essai, je ne puis que trouvé étonnant qu'il prétende se nourrir de la pensée de Pierre Vadeboncoeur. Ses réflexions sont pour l'essentiel à des années lumières de celles qui jaillissent des luttes sociales et des écits de Vadeboncoeur. C'est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle que de le prétendre. À lire certaines de ses réflexions, j'y découvre un nouveau disciple du cardinal Ouellet, un intégrisme marquée par le regret du temps jadis. Certaines de ses réflexions sont justes mais l'ensemble reste le reflet d'un refus presque maladif d'un monde en inévitable et nécessaire transformation et dont les choix de vie sont à l'image de la diversité humaine.

    Jacques Léger, Montréal

  • Jean Pierre Bouchard
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 20h42
    La grande littérature c’est le paradis perdu mais jamais ailleurs 1
    La nostalgie du paradis perdu c'est le rêve de l'âge d'or qui nourrit l'idée d'utopie.

    Le mouvement postmoderne a fait et de l'âge d'or et de l'utopie la matrice des religions monothéistes et des messianismes politiques qui ont certes amenés l'idée de progrès mais engendrés autrement des fortes ouvertures pour le totalitarisme.
    En réalité, de la nostalgie, il faut dire qu'elle est la trace de la souffrance ressentie à travers la fabulation.

    Toutes les civilisations ou époques secrètent leur part d'aliénations, d'inégalités ou d'horreurs. Le Canada français d'hier s'est illusionné sur sa fausse grandeur catholique plutôt servile à l'empire britannique, la Rome antique s'est laissé pourrir dans son spectacle sanglant, le moyen âge s'est enfermé dans sa querelle de primauté entre le spirituel chrétien et le temporel royal. Le libéralisme contemporain produit la mise en satellite du monde par la somme des technologies engendrant l'abstraction vécue, la solitude d'un rapport croissant entre l'individu et l'objet.

  • Jean Pierre Bouchard
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 21h00
    La grande littérature c’est le paradis perdu mais jamais ailleurs 2
    On peut accuser en 2010 les postmodernes d'avoir indirectement encouragé ce libéralisme du virtuel par leurs critiques des sources du totalitarisme. D'êtres les compagnons du nihilisme contemporain. Toutefois en schématisant, les civilisations connues du trop plein ne sont pas une solution à notre monde vide.
    Reste l'observation d'un monde qui tenté par le retour du religieux n'en restera pas moins trop humain si jamais il tentait ce saut.

    Dieu est une extrapolation de la fonction paternelle ou parentale partiale et souvent arbitraire. Les orphelins ou enfants maltraités et futurs adultes ne croient pas en un Dieu de l'âge d'or!

    P.É.Roy a-t-il pensé à la condition des orphelins de Duplessis? Et C.Ryan lui n’embellit t’il pas la réalité à travers une autre forme de sensibilité catholique mystique? Ni catholicisme de l’âge d’or ni catholicisme de l’acceptation inconditionnelle du monde sont compatibles avec la libre critique exploratrice du monde.

    Point précis pour P.É.Roy. Les hautes autorités catholiques en 2010 dont le dit monseigneur Ouellet sont au service de l’église du Canada pas de celle du Québec.
    Évêques et cardinaux ici ignorent l’avenir politique du Québec.

  • Yves Petit
    Inscrit
    dimanche 15 août 2010 07h06
    Belle découverte
    Merci M. Cornellier de m'avoir fait découvrir cet écrivain. "La nostalgie est la marque de la conscience du temps", J'aime beaucoup ces mots d'un homme qui ne craint pas le jugement de ses contemporains qui sont pour la plupart engagés dans une folle fuite en avant.

  • Democrite101
    Inscrit
    dimanche 15 août 2010 08h43
    Ce que nous avons réussi en 3 siècles, c'est fabuleux; imaginer les 3 suivants...
    Très bon texte de J. Pierre Bouchard, mais un tantinet trop sévère pour le libéralisme d'aujourd'hui, produit kaléidoscopique sur 3 siècles de la philosophie des Lumières.

    Elle nous libéra de la misère, allongea nos vies, fit fleurir les arts, créa de nouveaux arts et de nouveaux sports, et des ressources immenses pour les plus malchanceux de la vie. Et son progrès n'est pas fini, et les problèmes résiduels, voire nouveaux telle l'écologie, on en viendra bien à bout au fil des décennies. Espoir non eschatologique mystique, mais basé sur les progrès réels de l'économie, de la science, des libertés et de leur généralisation irréversible.
    Lire «Le génie de l'Occident», de Louis Rougier, publié en 1969, encore largement actuel.
    Jacques Légaré, voir «Page Web Jacques Légaré», par Google

  • Michelle Bergeron
    Abonné
    dimanche 15 août 2010 09h43
    Vivre et laisser vivre

    Candide aux propos obscurs.
    L’aveuglement de Monsieur et son fanatisme religieux l’empêche d’avoir un portrait réel. M. n’a pas remarquer que le comportement du clergé est devenu chose courante dans notre société autant par les corporations que par des individus, celui de psychopathe. Son questionnement devrait être orienter sur les abus de pouvoir de ce religieux auquel il est nostalgique et combien la modernité a réussit a donner une qualité de vie essentielle à l’épanouissement de la société québécoise. Faites-vous un dessin la société n’a plus l’ignorance du passé. Plusieurs de ces gens des collèges classique ont perdus un certain monopole en oubliant en bon chrétien que la majorité y était exclus. Que dire de ce monde ou la femme et les exclus de la société, dont le statut était indécent même inhumain. Tellement peu objectif que s’arrête là ma réplique.

  • France Marcotte
    Abonnée
    dimanche 15 août 2010 17h47
    Et la condescendance?
    Vous êtes bien un professeur d'université à la retraite, pas vrai? C'est de là que vous vient cette manie de distribuer des petits anges et des étoiles? Vous me faites penser à des profs que j'ai eu, qui portaient beau si je puis dire, et qui avaient des tas de squelettes biscornus dans leur placard. Pas votre cas bien sûr. Il fait bon de s'abreuver au puits de votre savoir mais cela ne prouve en rien votre supériorité, hélas. Y'a des hommes de rien qui ont beaucoup de charme.

  • France Marcotte
    Abonnée
    dimanche 15 août 2010 17h51
    Oubli
    Mon message était pour monsieur Légaré, bien sûr.

  • Jean Pierre Bouchard
    Inscrit
    dimanche 15 août 2010 19h23
    Réaction à Démocrite 101
    Merci pour le bon mot, J.Légaré. Sur le libéralisme et son caractère irrésistible, je transforme cette phrase adressée à la pensée de C.Ryan. Et J.Légaré lui n’embellit t’il pas la réalité à travers une forme de sensibilité politique presque extatique envers le libéralisme?

    Sans prendre au premier degré cette ironie cher monsieur qui ne sert qu'à l'expression de mon idée.
    Bref, il ne faut pas voir un système comme un grand tout ou concrètement dégager une vision globale du libéralisme qui s'abstient de trouver ses zones morbides socialement ou troubles.

    Les commentaires ici s'en tiennent par le manque d'espace autorisé aux généralisations ce qui m'inclus néanmoins considérons le jeu du gris entre le blanc et le noir.

  • Danièle Bourassa
    Inscrite
    lundi 16 août 2010 22h29
    Back to the future
    «l'avortement «est en soi une monstruosité» à laquelle il faut s'opposer radicalement comme... mère Teresa! Il ajoute que «c'est un conformisme sordide qui a poussé à l'adoption du mariage des homosexuels» et que «la femme était plus l'image de Dieu quand elle renonçait au pouvoir que depuis qu'elle est entrée en compétition avec l'homme».»

    M. Roy a fait son cours classique…..ah bon….je ne regrette alors en rien mon éducation au régulier de l’école publique….

    Au sujet des femmes, Henri Bourassa a tenu le même genre de propos dans un article écrit dans Le Devoir du 28 mars 1918, dont en voici un extrait :

    (…) l'introduction du féminisme sous sa forme la plus nocive ; la femme-électeur, qui engendrera bientôt la femme-cabaleur, la femme-télégraphe, la femme-souteneur d'élections, puis la femme-député, la femme-sénateur, la femme-avocat, enfin, pour tout dire en un mot : la femme-homme, le monstre hybride et répugnant qui tuera la femme-mère et la femme-femme.

    Nous ne sommes pas «en compétition avec les hommes», nous prenons part aux décisions qui concernent les hommes, les femmes, les enfants, l’organisation sociale, la vie en général et en particulier. La monstruosité dont Messieurs Roy et Bourassa nous affublent est à la mesure de leur déni de nous considérer dans toute notre intégrité d’être humain.

    ...la suite plus bas...

  • Danièle Bourassa
    Inscrite
    lundi 16 août 2010 22h30
    Back to the future....la suite...
    D’innombrables guerres à travers l’Histoire et encore aujourd’hui ont été faites au nom de Dieu. En ce divin nom, un homme qui en tue un autre est un héros honoré, mais un homme qui en marrie un autre par amour, c’est sordide!!??

    Ces deux messieurs semblent avoir de la relève en nos ultra-conservateurs "canadians". D'excellents articles ont été écrits à ce sujet par Manon Cornellier et Josée Legault dans le courant du mois de juillet :


    http://www.voir.ca/blogs/jose_legault/archive/2010

    http://www.ledevoir.com/politique/canada/293346/la


    À cette adresse, vous pouvez lire l’article complet de M. Henri Bourassa :

    http://faculty.marianopolis.edu/c.belanger/quebech

  • Paul-Emile Roy
    Inscrit
    mardi 17 août 2010 10h11
    Réponse
    Ces gens qui parlent de mon livre, j'ai l'impression qu'ils ne l'ont pas lu. Qu'ils le lisent et nous en reparlerons!

  • Danièle Bourassa
    Inscrite
    jeudi 19 août 2010 16h12
    M. Roy
    En ce qui me concerne M. Roy, votre impression est juste. Les quelques extraits cités par M. Cornellier ne m’y motivent pas vraiment non plus.

  • Jean Rousseau
    Inscrit
    vendredi 20 août 2010 13h32
    L'ENFANCE À SURMONTER *enfin le bon

    "En essayiste nostalgique qui plaide pour une reconnaissance active du passé afin de donner plus de profondeur au présent, Paul-Émile Roy fait œuvre utile"

    Cette phrase du journaliste Louis Cornellier me fait penser à quelqu'un qui se retrouverait en hauteur sur l'échelle du temps, mais qui serait incapable de transcendance. Les gens dans la cinquantaine se rappelleront cette époque bénite d'avant la révolution tranquille, marquée par l'espérance d'une fraternité mondiale et dont le point culminant fut le pontificat de Jean XX111. Qu'est ce qui n'a pas fonctionné? Afin de comprendre une situation, il convient à l'occasion de passer par une autre plus accessible. Prenons le cas des indépendantistes actuels qui continuent de croire que les anglais vont les laisser briser leur Canada, en dépit de la supériorité généralisée dont jouit cette collectivité. Ici, comme ailleurs, il s'agit toujours de l'incapacité de nos gens d'accepter la réalité, (en y confrontant leurs désirs). Afin de faciliter cette acceptation, il conviendrait de faire entendre à ces idéalistes qu'une avenue réaliste existe. "Demandez et vous recevrez" (L'ancêtre).

    "Le courage est la connaissance de qu'il faut redouter" (Platon).

    Jean Rousseau, B. Ps
    Galerie des talents (pour les plus exigeants)
    courriel: galeriedestalents@live.ca

  • Godefroy
    Abonné
    samedi 21 août 2010 13h26
    Gentilles illusions
    Le "paradis catholique" canadien-français, de la Conquête à la Révolution tranquille, est une grande illusion genre "à la recherche du bon vieux temps perdu:" : peu d'instruction, pas d'assurance-maladie, les femmes à la maison, peu de syndicats et des curés dominateurs partout - favorisés et dominés par les colonisateurs britanniques-.

    Ceux qui nous ont précédé on fait avec mais ils savaient. C'est pour ça que les églises sont vides.

  • Marc Laroche
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 15h05
    La démarche de Paul-Émile Roy
    Afin de percevoir correctement le propos de M. Roy, j’ai lu — et même relu — attentivement son ouvrage. Sa démarche personnelle et politique est guidée par une « clef de voûte » d’ordre spirituel, qui a été égarée par les protagonistes de la Révolution tranquille. Cette clef a été façonnée par le catholicisme, pour des raisons historiques. Personnellement, j’estime que cet héritage spirituel a été et sera enrichi par d’autres apports religieux ou philosophiques.

    Fixer l’attention en priorité sur certaines positions de l’auteur concernant les valeurs fait perdre de vue l’essentiel de son propos. La situation empêchée du Québec est causée par la perte d’une conception élevée de son destin national. Cette conception inclut naturellement une perspective historique. Or, l’évacuation désinvolte et irréfléchie de notre passé religieux a privé les citoyens actuels de la conscience, de la fierté et de la volonté nécessaires pour mener jusqu’à terme la libération du peuple québécois.

    Du passé, il convient d’en tirer une inspiration réactualisée et des modèles héroïques afin de guider l’avenir. Voilà selon moi la motivation de la « nostalgie » de M. Roy. À mon avis, il s’agit d’élaborer, en termes psychanalytiques, un idéal du moi collectif. Précisément, un surmoi québécois dynamique — puisque sachant s’arc-bouter sur le passé.

    (suite)

  • Marc Laroche
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 15h06
    La démarche (suite)
    Maintenant, les Québécois refoulent la mauvaise conscience issue de leur situation de peuple dominé par la fuite compensatoire individualiste dans le surplace consumériste, qui est atemporel et antihistorique. Celui ci tend à nous déposséder de notre identité et de notre liberté en marche.

    Sans doute, la modernité a amélioré les conditions matérielles de la vie en société. Mais à quel prix? Les êtres humains sont devenus une masse d’exécutants serviles obnubilée par une Référence de nature marchande. Cette idole est autrement plus prégnante et universelle que le « veau d’or » dans l’Ancien Testament. On peut ajouter : était-ce la peine de doubler la durée de la vie en comparaison avec celle d’il y a un siècle, si cette vie doit plus que jamais se dérouler dans une prison dorée ?

    Autrefois moins riche, la société canadienne-française rurale était toutefois plus autonome puisqu’elle subvenait elle-même à ses besoins essentiels. Selon moi, puisque l’on vit à l’ère des échanges internationaux intensifiés, le présent défi d’une nation consiste à multiplier les partenaires commerciaux afin de préserver son indépendance par le jeu des alliances. Surtout, il faut demeurer vigilant et s’assurer de la primauté du spirituel sur le matériel. D’où l’importance pour un Québec souverain de négocier lui-même ses accords commerciaux — et d’en exclure la culture.

    (suite)

  • Marc Laroche
    Inscrit
    lundi 6 septembre 2010 15h07
    La démarche (fin)
    Quant aux valeurs, puisqu’elles sont importantes sans toutefois constituer l’axe central de l’ouvrage de M. Roy, la question suivante se pose : peut-on construire un pays viable, robuste et noble, capable de relever de grands défis, avec l’accroissement des hommasses et des dévirilisés, qui représentent la postmodernité sans repères ?

    M. Cornellier perçoit de l’amertume chez l’auteur. Certes, le ton de M. Roy est souvent grinçant, mais ce dernier m’apparaît plutôt être un homme lucide en colère qui donne des coups de pieds redoublés mérités dans la fourmilière inconsciente de ce qu’il appelle ironiquement « la capitulation tranquille ». Bref, « Réveillez-vous ! » qu’il nous lance. Il s’agit là, me semble-t il, de la manifestation d’une capacité de saine réaction face à la déliquescence généralisée, ce qui témoigne — peut-être malgré lui — d’une secrète espérance.

    Marc Laroche

  • Luc Potvin
    Inscrit
    jeudi 30 septembre 2010 06h24
    Un esprit libre
    J’ai lu avec grand intérêt et plaisir Le mouvement perpétuel, le dernier livre, à saveur autobiographique, de M. Paul-Émile Roy. C’est pourquoi certains commentaires des lecteurs du Devoir, qui eux ne l’ont peut-être pas tous lu, m’apparaissent franchement exagérés.

    En gros, on reproche à M. Roy d’être conservateur au point de rejeter la Révolution tranquille. Non, là, vraiment, il ne faut même pas avoir ouvert son dernier livre ni ses précédents pour lancer pareille accusation.

    M. Roy ne condamne pas la Révolution tranquille, il estime au contraire qu’elle était aussi souhaitable qu’inéluctable. Selon lui, elle a marqué, chez nous, la fin du rôle de suppléance que l’Église a été amenée à jouer par suite de la Conquête anglaise. Il rappelle que l’ordre colonial a privé notre peuple du type de bourgeoisie qui, à l’époque, fournissait à la plupart des nations occidentales leurs cadres politiques et sociaux. Or, cet ordre colonial, ce n’est pas l’Église qui l’a instauré, c’est le conquérant anglais. Il y a quelque chose de troublant dans la façon dont certains se trompent de cible. Tout comme il y a quelque chose de puéril dans leur manie de reprocher à l’Église d’avoir eu et promu une vision du monde différente de celle d’une bourgeoisie libérale. L’essentiel, c’est que, malgré le caractère anachronique de son pouvoir, notre Église n’a pas empêché la lente et graduelle reconstitution d’une élite laïque apte à prendre la direction du seul État que nous puissions contrôler,. Elle y a même concouru, notamment en contribuant à la fondation des HEC, des caisses populaires et même des syndicats. Puis, quand le temps est venu pour cette nouvelle élite d’assumer ses responsabilités politiques, l’Église ne lui a pas barré la route.

    (suite)

  • Luc Potvin
    Inscrit
    jeudi 30 septembre 2010 06h25
    Un esprit libre (suite)
    Ainsi, bien loin de honnir la Révolution tranquille, M. Roy regrette surtout qu’elle ne soit pas encore parvenue a son aboutissement logique : l’accession du Québec à l’indépendance. Alors, réactionnaire, un intellectuel qui déplore le piétinement, voire l’avortement d’une révolution ? J’espère bien que non, car je tiens à mon Larousse…

    Ah ! mais, dit-on, M. Roy critique certains aspects de la Révolution tranquille. Bien sûr. Mais lesquels au juste ? Les nationalisations ? Absolument pas. La démocratisation de l’enseignement alors ? Non plus. Du moins pas vraiment. À cet égard, ce qu’il remet en question, ce n’est pas le principe, ce sont les modalités ainsi que l’inspiration. Étions-nous vraiment obligés, se demande-t-il, de balancer les humanités par-dessus bord et de prendre pour principal modèle le système étatsunien ? On en voit les conséquences aujourd’hui : une école et une université de plus en plus au service de l’entreprise. Drôle de progressisme…

    (suite)

  • Luc Potvin
    Inscrit
    jeudi 30 septembre 2010 06h28
    Un esprit libre (fin)
    Et en effet, tout comme Pierre Vadeboncœur, ce n’est pas à la première que M. Roy est allergique, mais à la seconde. A-t-il si tort ? Née d’une plus que louable remise en cause de la société de consommation, la révolution contre-culturelle, ö paradoxe, en est vite devenue l’un des plus puissants stimulants, à la grande satisfaction de Wall Street. M. Roy est-il pleinement conscient que la libéralisation des mœurs coïncide et va de pair avec celle de l’économie ? En tout cas, contrairement à tant d’autres intellectuels, il le pressent. Cela saute aux yeux ici et là dans son livre, par exemple dans ce paragraphe (pages 249-250) où il dénonce tout à la fois l’avortement et le mariage homosexuel, mais aussi l’impérialisme américain dont, en se référant à nul autre que Howard Zinn, il souligne le caractère antidémocratique.

    J’entends d’ici certains esprits le taxer d’incohérence. Des esprits superficiels, j’en ai bien peur, et cela peu importe leur inspiration, Janette Bertrand pour les uns ou Milton Friedman pour les autres. Comme si ces deux-là, au fond, ne formaient pas le couple le plus parfait qui soit.

    Pour ma part, je salue en M. Paul-Émile Roy un esprit libre.

    Luc Potvin
    Verdun

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