Essais québécois - Les enfants de la science
À retenir
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Québec Science
- Enfants: ce que la science révèle
- Août-septembre 2010, 90 pages
Il y a, au Québec, un million d'enfants de 12 ans et moins. Ils vivent dans un univers très différent de celui dans lequel nous avons nous-mêmes traversé cette étape de la vie. Aussi, nous prévient Pascale Millot, rédactrice en chef adjointe du magazine Québec Science, ils ont changé, «beaucoup changé». Peut-on dire, toutefois, que notre façon de les percevoir a suivi le mouvement?
Dans son numéro spécial d'août-septembre 2010, Québec Science nous convie donc à une mise à jour à cet égard. L'enjeu, on le sait, est de taille. Les années d'enfance sont déterminantes pour le reste de l'existence. Aussi est-il nécessaire que les adultes soient bien outillés dans ce domaine afin d'accompagner adéquatement les enfants dans cette introduction à la vie. Par exemple, remarque le psychologue et ex-député Camil Bouchard, en préface à ce numéro, «la science nous indique très clairement que la pauvreté pèse lourd dans la genèse du décrochage scolaire, du décrochage social et du décrochage de la vie». Elle peut aussi indiquer la marche à suivre. C'est, en effet, grâce à des études scientifiques que Bouchard, à la fin des années 1990, est parvenu à convaincre Lucien Bouchard, alors premier ministre, et Jacques Léonard, président du Conseil du trésor, d'instaurer un réseau de services de garde à tarif réduit. Il leur a présenté un graphique démontrant que «chaque dollar investi [dans un tel programme] permettait d'économiser 7,16 $ en services de rééducation, de réadaptation et autres». En permettant de mieux connaître les enfants, la science permet de mieux les aider à se développer pleinement.
Les enfants, rappelle le sociologue André Turmel, sont devenus un objet de recherche scientifique à la fin du XIXe siècle. Charles Darwin fut un pionnier dans ce domaine. À la naissance de son fils aîné, il commence à tenir un journal quotidien pendant plus d'un an, dans lequel «il étudie son bébé comme il l'a fait avec les tortues des Galápagos». Dans les années 1880, le psychologue américain Stanley Hall systématise l'étude de l'enfant. Ces approches scientifiques, prévient toutefois Turmel, ne doivent pas imposer un rapport à l'enfance «trop restrictif et homogène». Le modèle de développement de l'enfant proposé par Piaget est certes pertinent, mais il reste un modèle, justement, qui ne doit pas faire oublier que «l'universalité de l'enfance» n'existe pas et que tous les enfants ne se développent pas de «manière aussi linéaire». Dans ce domaine, même la science n'a pas de recette.
Les enfants des écrans
L'omniprésence des écrans (télé, ordinateur, jeux vidéo) est une caractéristique de nos sociétés et du monde actuel de l'enfance. Plus encore, on remarque que, sur ces écrans, «le rythme des images et des effets sonores [s'est] accéléré de façon exponentielle». Plusieurs scientifiques ont étudié les effets de ces phénomènes sur les enfants. Dans un très solide reportage, la journaliste scientifique Catherine Dubé présente les résultats de leurs recherches.
Le psychiatre Norman Doidge explique que ce rythme affolant et ces bruits saisissants déclenchent une «réponse d'orientation». Il s'agit d'une réaction physiologique à un changement soudain dans l'environnement immédiat. Ce phénomène explique pourquoi les écrans fascinent, «même lorsque le contenu n'est pas si passionnant». Le réel, en comparaison, peut paraître très ennuyant et ne plus parvenir à susciter la concentration, remarque le pédiatre Dimitri Christakis, de l'Hôpital pour enfants de Seattle.
Le système attentionnel de l'humain peut être sollicité de l'extérieur (un bruit, une couleur vive) ou de l'intérieur, par un effort volontaire de concentration. Les enfants nourris d'écrans deviennent performants pour réagir à des stimulus externes, mais moins compétents quant à la capacité de se concentrer «sur un élément statique et silencieux», comme un livre. Le déficit d'attention, qui aurait aussi une composante génétique, n'est pas loin.
Catherine Dubé cite des études qui établissent un lien «entre le nombre d'heures de télévision regardé avant l'âge de trois ans et l'apparition de problèmes d'attention plus tard dans l'enfance». Le docteur Christakis précise toutefois que les émissions éducatives dont le rythme est lent n'ont pas d'effet négatif à cet égard, mais qu'elles ont tout de même le défaut de priver le petit de sa meilleure source d'information: ses parents, frères et soeurs.
À partir de six ans, des jeux vidéo bien choisis, c'est-à-dire éducatifs, et pratiqués sans abus pourraient même «donner un petit coup de pouce aux synapses plutôt que de leur nuire». Mais qui joue à des jeux vidéo éducatifs? Ne vaudrait-il pas mieux, d'ailleurs, comme le suggèrent plusieurs scientifiques, aller jouer dans la nature, une activité qui améliore «l'attention des enfants hyperactifs beaucoup plus que les jeux se déroulant à l'intérieur ou dans un espace extérieur bétonné»?
La science et les garderies
Le sujet fait débat: les garderies sont-elles bénéfiques pour les enfants? La journaliste Dominique Forget a rencontré des chercheurs qui n'hésitent pas à répondre oui. Une étude réalisée par la psychologue Ercilia Palacio-Quintin, de l'UQTR, conclut que «les enfants qui fréquentent la garderie en bas âge sont ensuite plus habiles avec le langage et meilleurs en mathématiques lorsqu'ils arrivent à la maternelle et au primaire», comparativement aux autres. Ils ont aussi plus d'habiletés sociales.
Nathalie Bigras, de l'UQAM, a mené une étude qui montre que les enfants issus de milieux défavorisés fréquentant un service de garde structuré «obtiennent des scores de développement cognitif plus élevés que les enfants des mêmes milieux qui se font garder par un proche ou par leurs parents, à la maison». Il y a, toutefois, deux ombres au tableau: les enfants qui en bénéficieraient le plus sont ceux qui fréquentent le moins les services de garde et ces derniers, dans 25 % des cas, «surtout en milieu familial et dans les garderies à but lucratif», ne sont pas à la hauteur des standards de qualité attendus.
En matière de journalisme scientifique, le magazine Québec Science, lui, ne déçoit pas. Toujours accessible, instructif et divertissant, il joue un rôle pédagogique et culturel indispensable dans la société québécoise.
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louisco@sympatico.ca
Dans son numéro spécial d'août-septembre 2010, Québec Science nous convie donc à une mise à jour à cet égard. L'enjeu, on le sait, est de taille. Les années d'enfance sont déterminantes pour le reste de l'existence. Aussi est-il nécessaire que les adultes soient bien outillés dans ce domaine afin d'accompagner adéquatement les enfants dans cette introduction à la vie. Par exemple, remarque le psychologue et ex-député Camil Bouchard, en préface à ce numéro, «la science nous indique très clairement que la pauvreté pèse lourd dans la genèse du décrochage scolaire, du décrochage social et du décrochage de la vie». Elle peut aussi indiquer la marche à suivre. C'est, en effet, grâce à des études scientifiques que Bouchard, à la fin des années 1990, est parvenu à convaincre Lucien Bouchard, alors premier ministre, et Jacques Léonard, président du Conseil du trésor, d'instaurer un réseau de services de garde à tarif réduit. Il leur a présenté un graphique démontrant que «chaque dollar investi [dans un tel programme] permettait d'économiser 7,16 $ en services de rééducation, de réadaptation et autres». En permettant de mieux connaître les enfants, la science permet de mieux les aider à se développer pleinement.
Les enfants, rappelle le sociologue André Turmel, sont devenus un objet de recherche scientifique à la fin du XIXe siècle. Charles Darwin fut un pionnier dans ce domaine. À la naissance de son fils aîné, il commence à tenir un journal quotidien pendant plus d'un an, dans lequel «il étudie son bébé comme il l'a fait avec les tortues des Galápagos». Dans les années 1880, le psychologue américain Stanley Hall systématise l'étude de l'enfant. Ces approches scientifiques, prévient toutefois Turmel, ne doivent pas imposer un rapport à l'enfance «trop restrictif et homogène». Le modèle de développement de l'enfant proposé par Piaget est certes pertinent, mais il reste un modèle, justement, qui ne doit pas faire oublier que «l'universalité de l'enfance» n'existe pas et que tous les enfants ne se développent pas de «manière aussi linéaire». Dans ce domaine, même la science n'a pas de recette.
Les enfants des écrans
L'omniprésence des écrans (télé, ordinateur, jeux vidéo) est une caractéristique de nos sociétés et du monde actuel de l'enfance. Plus encore, on remarque que, sur ces écrans, «le rythme des images et des effets sonores [s'est] accéléré de façon exponentielle». Plusieurs scientifiques ont étudié les effets de ces phénomènes sur les enfants. Dans un très solide reportage, la journaliste scientifique Catherine Dubé présente les résultats de leurs recherches.
Le psychiatre Norman Doidge explique que ce rythme affolant et ces bruits saisissants déclenchent une «réponse d'orientation». Il s'agit d'une réaction physiologique à un changement soudain dans l'environnement immédiat. Ce phénomène explique pourquoi les écrans fascinent, «même lorsque le contenu n'est pas si passionnant». Le réel, en comparaison, peut paraître très ennuyant et ne plus parvenir à susciter la concentration, remarque le pédiatre Dimitri Christakis, de l'Hôpital pour enfants de Seattle.
Le système attentionnel de l'humain peut être sollicité de l'extérieur (un bruit, une couleur vive) ou de l'intérieur, par un effort volontaire de concentration. Les enfants nourris d'écrans deviennent performants pour réagir à des stimulus externes, mais moins compétents quant à la capacité de se concentrer «sur un élément statique et silencieux», comme un livre. Le déficit d'attention, qui aurait aussi une composante génétique, n'est pas loin.
Catherine Dubé cite des études qui établissent un lien «entre le nombre d'heures de télévision regardé avant l'âge de trois ans et l'apparition de problèmes d'attention plus tard dans l'enfance». Le docteur Christakis précise toutefois que les émissions éducatives dont le rythme est lent n'ont pas d'effet négatif à cet égard, mais qu'elles ont tout de même le défaut de priver le petit de sa meilleure source d'information: ses parents, frères et soeurs.
À partir de six ans, des jeux vidéo bien choisis, c'est-à-dire éducatifs, et pratiqués sans abus pourraient même «donner un petit coup de pouce aux synapses plutôt que de leur nuire». Mais qui joue à des jeux vidéo éducatifs? Ne vaudrait-il pas mieux, d'ailleurs, comme le suggèrent plusieurs scientifiques, aller jouer dans la nature, une activité qui améliore «l'attention des enfants hyperactifs beaucoup plus que les jeux se déroulant à l'intérieur ou dans un espace extérieur bétonné»?
La science et les garderies
Le sujet fait débat: les garderies sont-elles bénéfiques pour les enfants? La journaliste Dominique Forget a rencontré des chercheurs qui n'hésitent pas à répondre oui. Une étude réalisée par la psychologue Ercilia Palacio-Quintin, de l'UQTR, conclut que «les enfants qui fréquentent la garderie en bas âge sont ensuite plus habiles avec le langage et meilleurs en mathématiques lorsqu'ils arrivent à la maternelle et au primaire», comparativement aux autres. Ils ont aussi plus d'habiletés sociales.
Nathalie Bigras, de l'UQAM, a mené une étude qui montre que les enfants issus de milieux défavorisés fréquentant un service de garde structuré «obtiennent des scores de développement cognitif plus élevés que les enfants des mêmes milieux qui se font garder par un proche ou par leurs parents, à la maison». Il y a, toutefois, deux ombres au tableau: les enfants qui en bénéficieraient le plus sont ceux qui fréquentent le moins les services de garde et ces derniers, dans 25 % des cas, «surtout en milieu familial et dans les garderies à but lucratif», ne sont pas à la hauteur des standards de qualité attendus.
En matière de journalisme scientifique, le magazine Québec Science, lui, ne déçoit pas. Toujours accessible, instructif et divertissant, il joue un rôle pédagogique et culturel indispensable dans la société québécoise.
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louisco@sympatico.ca
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