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La lecture, une aventure infinie

Éric Cornellier - Enseignant au primaire  15 juillet 2010  Livres
Parents et enseignants se demandent sans cesse comment il se fait que tant d'enfants d'âges scolaire n'éprouvent que peu ou pas d'intérêt pour la lecture. Cette question, reconnaissons-le, témoigne d'une inquiétude qui mérite d'être entendue. Car personne n'ignore que le parcours scolaire d'un enfant qui n'acquiert pas une compétence suffisante en lecture ne peut qu'être chaotique.

Et règle générale, à un parcours scolaire chaotique correspond une insertion sociale et professionnelle problématique. Cela étant, il convient de nous interroger sur la place qui est réservée à la lecture dans la société québécoise.

Trop petit espace

Cette place me semble bien petite. Voici un exemple parmi tant d'autres qui éclaire cette assertion. À la fin de l'année scolaire qui vient de se terminer, lors d'une dernière rencontre entre enseignants à laquelle je participais, chacun était invité à causer de ses projets pour les vacances. Or, des quelque 20 personnes que j'ai pu entendre, aucune n'a fait mention d'un désir quelconque de fréquenter des oeuvres littéraires. Tous semblaient n'en avoir que pour les voyages, les sorties, la rénovation, la cuisine ou le jardinage. Ces activités, certes, sont toutes légitimes et enrichissantes. Mais la lecture? Comment se fait-il que des professionnels chargés de faire éclore le goût de la lecture chez des enfants en arrivent à un tel manque d'intérêt? La lecture ne serait-elle bonne qu'à occuper des moments d'ennui, que l'on cherche par ailleurs à éviter à tout prix?

Bien sûr, il ne s'agit là que d'un exemple. Mais le mal est profond et plus répandu qu'on ne le croit généralement. En effet, dans le Québec d'aujourd'hui, quel est le pourcentage d'adultes de tous âges qui consacrent un temps significatif (disons plus de cinq heures par semaine) à la lecture? Y a-t-il plus d'un Québécois sur 10 qui peut sincèrement prétendre que la lecture fait partie intégrante de son existence? Je n'ai pas les réponses précises à ces questions, mais je crains fort que celles-ci ne soient pour le moins décevantes.

Télé et jeux vidéo


Le Québécois moyen (qui fait pourtant partie d'un des peuples les plus instruits de la planète) passe des heures et des heures devant la télé, l'ordinateur ou les jeux vidéo. Il organise sans relâche divertissements et voyages pour occuper ses temps libres, mais il n'ouvrirait pour ainsi dire presque jamais un livre? Cet ignare type, nous pouvons l'affirmer sans crainte, ignore jusqu'à la pauvreté intellectuelle et spirituelle dans laquelle il se vautre. Ne se sachant pas héritier, en tant qu'être humain, de l'immense patrimoine littéraire, tant national que mondial, que lui ont légué ses devanciers, il vit dans la douce mais délétère béatitude des innocents.

Devant un tel portrait, peut-on encore se surprendre du peu d'intérêt pour la lecture des jeunes Québécois? La réponse s'impose avec la force de l'évidence. Car les vertus éducatives d'une société résident beaucoup plus dans ce qu'elle promeut par son agir effectif que dans les voeux pieux et les paroles creuses qu'elle adresse à sa jeunesse afin que celle-ci se conforme à ses désirs de réussite.

Faux diagnostic


Je connais bien les efforts considérables qui sont déployés dans les milieux scolaires pour amener les élèves à développer leur goût de la lecture. Cependant, j'estime que l'approche qui est largement préconisée, et qui s'appuie sur la supposition que les difficultés en lecture proviennent d'une faible maîtrise des stratégies de décodage et de compréhension, est erronée.

Et ce faux diagnostic entraîne un faux remède: on encadre à l'extrême les activités de lecture, on impose une micro-progression des difficultés (par un choix minutieux de textes qui confine parfois à une méticulosité quasi maniaque), on met l'accent sur la capacité de l'élève à reconnaître et à verbaliser une quantité de stratégies qu'on lui fait apprendre systématiquement, et, ce faisant, on perd de vue que le seul vrai problème est l'absence de désir face à la lecture.

En effet, quand la lecture se résume à un exercice compliqué auquel il faut s'astreindre pour réussir son année scolaire, on comprend que cela n'est guère attrayant et qu'une fois le devoir accompli, avec plus ou moins de succès, on voudra vite passer à autre chose de moins rébarbatif. Pourtant, pour que nous — parents, enseignants et membres de la société québécoise — puissions véritablement prétendre avoir réussi à inculquer le sens et la valeur de ce que devrait être la lecture pour toute personne ayant reçu une éducation digne de ce nom, il faudrait qu'il en soit tout autrement.

Voie royale

Il faudrait que la lecture revête ses plus beaux habits. Il faudrait que chaque enfant ait l'occasion d'entendre cet appel du large que lui adressent les oeuvres littéraires d'hier et d'aujourd'hui. Parce que, des contes de fées aux oeuvres les plus exigeantes, la littérature, dans toute sa diversité de formes et de fonds, constitue une voie royale offerte aux humains, afin que ceux-ci puissent partir à la recherche de leur propre unité intérieure et de sa secrète correspondance avec l'Univers.

Pour ce faire, pour garder vivante l'espérance que porte en elle-même l'aventure littéraire, nous devrions tout d'abord accepter d'en éprouver l'expérience au plus profond de notre existence. Ensuite, il y a fort à parier que nous trouverions, avec une certaine aisance, des moyens plus efficaces pour présenter la littérature aux enfants. La présenter non pas comme une corvée devant être accomplie coûte que coûte, mais comme une invitation à vivre leur vie avec une intensité accrue. Une invitation à ouvrir des portes et des fenêtres qui donnent sur la communion de l'expérience humaine avec l'infini du monde. Qui donc, pouvons-nous alors nous demander, aurait encore envie de refuser une telle invitation?

***

Éric Cornellier - Enseignant au primaire
 
 
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  • l poisson
    Inscrit
    jeudi 15 juillet 2010 01h35
    Ouvrir les biblio scolaires l'été ? Ou au moins favoriser le prêt estival des livres
    La lecture estivale d'un livre pourrait transformer en plaisir anti-canicule ce qui est un devoir martyrisant pendant l'année scolaire.

    Tout n'est pas si noir. Mais la lecture se comptabilise mal. Les succès littéraires d'un Brian Perro n'apparaissent pas aux BBM...Mais ils existent...

    Sans être marginale, la lecture est introspective, par définition peut-être.

    Les profs du primaire ne se rendent pas assez compte de leur rôle d'éveilleur de conscience:
    http://www.slate.fr/lien/24771/les-livres-rendent-

    Merci M. le professeur

  • Anne-Marie Berthiaume
    Abonné
    jeudi 15 juillet 2010 09h20
    La lecture, oui, mais parlons aussi du LIVRE !
    Quelle réflexion pertinente ! Cependant, il faut vivre avec le fait que les œuvres littéraires ne toucheront et n'atteindront qu'une partie de la population. Il reste qu'il revient en bonne partie à l'école et aux parents de mettre en contact les jeunes avec celles-ci, et de la manière la plus créative possible. De manière plus large, le livre, avec tout ce qu'il recèle de diversité de contenus et d'univers, a le pouvoir de rejoindre un très vaste public. Au contraire de l'Internet et des médias interactifs, le livre communique et partage une connaissance de manière approfondie. Autodidacte de tempérament, c'est à travers les livres (incluant la littérature, mais pas exclusivement) que je vis, approfondis et développe intensément mes passions. Des vies entières ont été orientées et balisées par des lectures ou des découvertes livresques marquantes. Pour moi, c'est un média «durable», qui traverse les années sans perdre de sa pertinence, qu'il faut à tout prix valoriser dans notre société.

  • Michel Mongeau
    Inscrit
    jeudi 15 juillet 2010 09h59
    Même au cégep...
    Au cégep, les élèves travaillent, sortent, tchatent, téléphonent, pitonnent, badinent, échangent, se tapent des films...Mais lisent en général si peu. Que faire? Il n'y a pas de solutions uniques. Il faut les encourager, leur faire goûter, leur parler de nos intérêts littéraires, organiser des clubs de lecture, faire tirer des livres, organiser des événements autour de ceux-ci...Mais, si nous voulons être réalistes, nous devons réaliser que pour aimer lire, il faut avoir une vie intérieure et à cela, la culture du divertissement ne contribue que peu. Soyons imaginatifs et obstinés, l'univers du livre vaut bien tous ces efforts!

  • Denis Béland
    Abonné
    jeudi 15 juillet 2010 10h29
    La lecture: une (re)découverte de son intimité.
    J'ai dégusté cet article de M. Cornellier. Il décrit très exactement le désert des procédures d'apprentissage de la lecture dans nos écoles, où l'on réussit à détourner définitivement les enfants de la lecture par de pseudo-savantes approches, déshumanisées il va sans dire, de l'émouvant univers des livres.
    Par ailleurs, j'aime sa description de cette recherche de «la secrète correspondance avec l'univers». Magnifique!

    Denis Béland

  • France Marcotte
    Abonnée
    jeudi 15 juillet 2010 13h28
    Salut cher poisson!
    J'aime la douce ironie de l poisson que j'ai l'honneur de connaître personnellement. Il est sage et intelligemment baveux. Il picosse aussi.

  • René Pigeon
    Abonné
    jeudi 15 juillet 2010 16h03
    Lire à un enfant et établir un lien fort avant l’éloignement de l’adolescence. Magazines
    Faire la lecture à un enfant est une façon de façon efficace et agréable d’introduire la lecture dans la vie d’une personne – tout en établissant un lien émotionnel et une relation qui résisteront aux défis et conflits parent-adolescent, à un âge où l’enfant est encore réceptif à son parent, avant que les amis, les médias et l’entourage n’aient installé leur emprise, leur crédibilité sur l’enfant, avant l’adolescence.
    Un frein à la lecture des livres (et aux activités apparentées) est la longueur de temps que l’œuvre prend pour la fréquenter. Vous parlez des "œuvres littéraires" vous semblez sous-estimer les lectures des œuvres courtes. Il y a probablement autant de grands lecteurs, cultivés et réfléchis, parmi ceux qui lisent principalement des articles de magazines spécialisés, de magazines grand public et de journaux que chez ceux et celles qui lisent surtout des livres. Les lecteurs de périodiques tendent à lire des livres qu’ils choisissent soigneusement, parfois après avoir lu des résumés publiés dans un périodique. Le temps est important : lire un résumé de M. Lapierre ou Cornellier sur un bon livre peut m’éviter de lire ce livre et de consacrer mon temps à un autre choix de lecture, plus judicieux. Je cherche également à encourager la lecture par divers moyens : découper un article et le donner à un ami pouvant s’y intéresser ; laisser un média dont j’ai terminé la lecture dans un endroit public ; offrir un livre en cadeau à un ami et offrir d’en discuter le contenu. Les reportages et nouvelles efficaces de magazine comme L’Actualité contribuent à prouver à son lecteur qu’il a appris ou changé sa vision du monde en investissant du temps à lire ce qu’il a choisi de lire. René Pigeon

  • d.lauzon
    Inscrit
    jeudi 15 juillet 2010 22h13
    LE GOUT DE LA LECTURE
    Je suis d'accord avec M. Corneillier que la lecture est un médium fantastique pour apprendre, se divertir, pour relaxer et pour mieux communiquer. Cependant, la façon dont ça se passe à l'école où chaque lecture imposée aboutit automatiquement à un test ou un examen fait que les jeunes finissent par considérer que la lecture plus comme une tâche que comme une activité plaisante.

    Dans les écoles, la lecture devrait mener à toutes sortes d'activités créatives comme:

    - lecture de livres et journaux suivie par des discussions par équipe;
    - théâtre d'impro selon différents styles littéraires ou accents
    - écriture de textes en équipe
    et tout ça axé sur le plaisir d'expérimenter et de partager.

  • Robert Ward
    Inscrit
    vendredi 16 juillet 2010 11h52
    Pour l'amour de la lecture, je remercie mes parents
    Je suis de cette jeune génération qui aime peut-être trop la technologie. Mais, malgré la tentation de passer mon temps devant l'écran, moi je préfére lire. Vous me demanderiez pourquoi? Je vous répondrais ainsi:

    Mes parents. Ils m'ont inculqué l'amour de la lecture. Ils me lisions des contes, ils m'encouragions à lire ce qui m'a intéressé. Ils savaient à quel point il est important de lire. Malheureusement, il me semble que trop de parents ne font pas pareil. Ils laissent plutôt leurs enfants regarder trop de télé ou passer trop de temps devant l'ordinateur.

    Je suis complètement d'accord avec M. Mongeau, «l'univers du livre vaut bien tous ces efforts». Ces enfants (et leurs parents) ne savent pas ce qu'ils manquent.

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