Édition - Turbulences
Dans l’écosystème québécois de l’édition, Fides trône au rang des institutions. Un statut qui, toutefois, ne fournit aucune garantie de viabilité financière, ainsi qu’on le sait: la maison fondée en 1937 par le père Paul-Aimé Martin est officiellement en vente.
Sur le site Internet de Fides, on rappelle que «même dans les années difficiles pour le domaine du livre, la maison parvient à s’adapter aux nouvelles demandes du public». Passera-t-elle cette secousse actuelle? Le milieu de l’édition est consterné. On ne sait d’où encore viendra le plan de sauvetage ou de rachat, mais on devine une sympathie généralisée pour Fides, qui a subi une série de déboires et a perdu au jeu du risque.
En cette ère de transformation de l’univers livresque, qui n’est pas secoué? Dépendant des habitudes des lecteurs nouveaux, les acteurs de l’édition sont hantés par la crainte d’une prétendue extinction. Pas une rencontre articulée autour de l’avenir du livre qui n’évoque la mort possible de l’imprimé, encore trop souvent perçu comme le rival chétif d’un futur titan nommé livre électronique.
Le Sommet du livre 2010, qui se tenait à Toronto à la mi-juin, s’est attardé à la «spectaculaire transformation des affaires et de la culture» dans l’édition. De plus en plus, on se convainc que l’alliage numérique-imprimé pourra être complémentaire plutôt que concurrentiel. Mais pour cela, des traditions s’écroulent. Des partenariats sont à bâtir. On ne change pas de culture aussi aisément que l’on télécharge un livre sur un iPad!
Les dernières statistiques de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec dans le secteur du livre illustrent un marché en mutation: la part de marché des éditeurs québécois n’a pas fléchi, ce qui constitue une excellente nouvelle; la littérature générale n’a pas perdu de terrain, au contraire. Ce sont les éditeurs scolaires, un secteur traditionnellement solide, qui s’affaiblissent.
L’arrivée de documents de nouveau type dans le soutien à l’apprentissage force ces éditeurs à renouveler le genre, ce qui augmente le niveau de risque auquel ils sont déjà exposés. Le directeur de Fides l’a évoqué: un projet de manuel scolaire qui n’a pas livré ses fruits a fragilisé l’entreprise.
L’édition scolaire est un sport dangereux: à leurs risques et périls, les maisons conçoivent et impriment des manuels, soumis en période d’essai à la bienveillance des enseignants qui en éprouvent la qualité en classe. Les heureux élus soupirent d’aise. Les rejetés geignent et refont leurs calculs.
Dans le paysage éditorial, des turbulences de tous ordres sont à prévoir, où capacité d’adaptation et audace constitueront les meilleures armures. Pour l’heure, la forteresse Fides s’effrite sous nos yeux, et il faut espérer que ses assises seront assez solides pour ne pas succomber à cette nouvelle secousse.
***
machouinard@ledevoir.com
Sur le site Internet de Fides, on rappelle que «même dans les années difficiles pour le domaine du livre, la maison parvient à s’adapter aux nouvelles demandes du public». Passera-t-elle cette secousse actuelle? Le milieu de l’édition est consterné. On ne sait d’où encore viendra le plan de sauvetage ou de rachat, mais on devine une sympathie généralisée pour Fides, qui a subi une série de déboires et a perdu au jeu du risque.
En cette ère de transformation de l’univers livresque, qui n’est pas secoué? Dépendant des habitudes des lecteurs nouveaux, les acteurs de l’édition sont hantés par la crainte d’une prétendue extinction. Pas une rencontre articulée autour de l’avenir du livre qui n’évoque la mort possible de l’imprimé, encore trop souvent perçu comme le rival chétif d’un futur titan nommé livre électronique.
Le Sommet du livre 2010, qui se tenait à Toronto à la mi-juin, s’est attardé à la «spectaculaire transformation des affaires et de la culture» dans l’édition. De plus en plus, on se convainc que l’alliage numérique-imprimé pourra être complémentaire plutôt que concurrentiel. Mais pour cela, des traditions s’écroulent. Des partenariats sont à bâtir. On ne change pas de culture aussi aisément que l’on télécharge un livre sur un iPad!
Les dernières statistiques de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec dans le secteur du livre illustrent un marché en mutation: la part de marché des éditeurs québécois n’a pas fléchi, ce qui constitue une excellente nouvelle; la littérature générale n’a pas perdu de terrain, au contraire. Ce sont les éditeurs scolaires, un secteur traditionnellement solide, qui s’affaiblissent.
L’arrivée de documents de nouveau type dans le soutien à l’apprentissage force ces éditeurs à renouveler le genre, ce qui augmente le niveau de risque auquel ils sont déjà exposés. Le directeur de Fides l’a évoqué: un projet de manuel scolaire qui n’a pas livré ses fruits a fragilisé l’entreprise.
L’édition scolaire est un sport dangereux: à leurs risques et périls, les maisons conçoivent et impriment des manuels, soumis en période d’essai à la bienveillance des enseignants qui en éprouvent la qualité en classe. Les heureux élus soupirent d’aise. Les rejetés geignent et refont leurs calculs.
Dans le paysage éditorial, des turbulences de tous ordres sont à prévoir, où capacité d’adaptation et audace constitueront les meilleures armures. Pour l’heure, la forteresse Fides s’effrite sous nos yeux, et il faut espérer que ses assises seront assez solides pour ne pas succomber à cette nouvelle secousse.
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machouinard@ledevoir.com








