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    Littérature autrichienne - Thomas Bernhard, petits scandales en prose

    26 juin 2010 |Vincent Riendeau | Livres
    • Mes prix littéraires
    • Thomas Bernhard
    • Traduit de l'allemand par Daniel Mirsky
    • Édition établie par Raimund Fellinger
    • Gallimard, coll. «Du monde entier»
    • Paris, 2010, 176 pages
    L'éternité est longue, surtout pour les nihilistes. Les «bernhardîneurs» enhardis auront dû attendre plus de 20 ans avant de savourer quelque prose posthume de Thomas Bernhard. Dans Mes prix littéraires, on fait la rencontre d'un prosateur conventionnel — entendre ici: atypique, provocateur et misanthrope — qui fait état de ses frasques littéraires et de sa haine des honneurs.

    Le Beckett des Alpes relate neuf cérémonies ayant accompagné la remise de ses prix. Il s'achète des habits, s'indigne, disserte sur la putréfaction et rappelle au lecteur que l'achat de chaussures est optimal à partir de quatre heures, le pied ayant atteint sa «consistance appropriée». À ces petits récits, il faut ajouter les discours de remerciement polémiques qu'il a tenus lors de ces cérémonies. Un distillat de sa pensée existentialiste.

    Le détour en vaut franchement le coup. C'est un Thomas Bernhard ambivalent quant à son éthique de travail que l'on rencontre au fil des prix. Faut-il accepter les récompenses d'un État que l'on exècre jusqu'aux os ou les refuser pour éviter l'humiliation? Passé quarante ans, «la seule réponse consiste à ne plus accepter de distinctions». Tous les honneurs lui sont suspects, expose-t-il. Les remises de prix sont des procédures dégoûtantes. «Tout était empreint de sueur et de dignité.»

    Thomas Bernhard a toujours su se mettre en scène dans l'espace public. À peine était-il connu qu'on l'avait gratifié de ses noms de guerre: «imprécateur» et «profanateur» de l'Autriche. Dans ce double jeu performatif où l'on produit ce que l'on dit et qui consiste à se mettre et laisser remettre en scène, de mise en remise, Thomas Bernhard était un capitaliste symbolique. En détestant l'État, il devenait la condition d'existence de l'Autriche. Dans Mes prix littéraires apparaît toutefois un homme conscient de son arrogance et de sa mégalomanie, un être touchant, malgré tout.

    La publication de l'édition allemande l'an dernier s'est faite sans encombre, de l'aveu de Martin Huber, directeur des Archives Thomas Bernhard. «Le tapuscrit est plus ou moins une copie au propre», relate M. Huber. Il n'a pas nécessité de corrections majeures ni de remaniement, «ce qui n'était pas le cas pour plusieurs autres tapuscrits» de Thomas Bernhard, conclut M. Huber, joint aux Archives en Haute-Autriche. Ces petits fracas en prose remontent à l'année 1980 et s'inscrivent dans une période autobiographique, époque à laquelle il conjugue réalité, fiction et diffamation à bon escient.

    Bien que de lecture agréable, la traduction française de Daniel Mirsky s'avère faible. Outre quelques contre-sens recensés en comparant les éditions allemande et française, on y trouve une pléthore de petites indélicatesses: majuscules incomprises, italique mésusé. Hélas, ce qui est qualifié d'«accessoire» dans la version allemande devient «indispensable» en français!

    Quelques mois avant sa mort en 1989, Thomas Bernhard travaillait une oeuvre qui devait être la dernière: Neufundland. En français, c'eût été Terre-Neuve. On trouve en effet aux Archives Thomas Bernhard ce tapuscrit cryptique et fragmenté qui recèle les derniers mots de l'auteur. Dans ce clin d'oeil au Canada et devant l'impression de sa propre mort, le personnage de ce récit meurt à l'âge de 59 ans à Terre-Neuve. Âgé de 58 ans, Thomas Bernhard ne mourut pas à Terre-Neuve.

    Mes prix littéraires charmera par son humanité cadastrée de mégalomanie. On attendra sans doute vainement d'autres inédits de Thomas Bernhard.

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    Mes prix littéraires
    Thomas Bernhard
    Traduit de l'allemand par Daniel Mirsky
    Édition établie par Raimund Fellinger
    Gallimard, coll. «Du monde entier»
    Paris, 2010, 176 pages

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