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Littérature haïtienne - Frankétienne : chronique d'un désastre annoncé

Lise Gauvin   22 mai 2010  Livres
L'écrivain haitien Frankétienne
Photo : Agence France-Presse Valéry Haché
L'écrivain haitien Frankétienne

À retenir

    • Melovivi ou Le piège, suivi de Brèche ardente
    • Frankétienne
    • Riveneuve éditions
    • Paris, 2010, 244 pages
Deux mois avant le tremblement de terre qui a ravagé Haïti, Frankétienne avait écrit une pièce de théâtre, Melovivi ou Le piège, dans laquelle deux personnages enfermés dans un espace sans issue se parlent, déparlent et délirent à la suite d'un séisme. «Nous sommes partout. Et nous ne sommes nulle part», constatent d'entrée de jeu A et B, les deux comparses. Il est alors question d'un «espace déchiqueté», d'un «espace écharpillé», d'un «espace déchalboré».

Les voix rivalisent d'éloquence pour décrire les malheurs qui s'abattent sur la planète et pour dénoncer les fausses sécurités d'une époque qui croit régler les problèmes en dénombrant les problématiques: la problématique de la faim, la problématique du chômage, la problématique de l'environnement, etc. Et A et B de s'attaquer également à «Google gagari gagann dotcom», «Facebook tête boulette» et autres inventions qui ne savent contrer les «malheurs suspendus au-dessus de nos têtes». Car la planète elle-même est en danger, «la planète vire et chavire en tressaillements de frayeur et déraillements de terreur».

Frankétienne, l'un des auteurs contemporains les plus importants d'Haïti, connu dès 1975 pour avoir publié le premier récit en créole, Dézafi, livre ici la chronique d'un désastre annoncé, un désastre dont l'amplitude ne saurait se limiter au seul territoire de son île.

On connaît l'anecdote racontée par Dany Laferrière au moment de sa visite à Frankétienne après le tremblement de terre et la joie exprimée par la population à l'annonce de la nouvelle que le «poète» était vivant. Celui qui se dit «prophète rebelle et solitaire» n'a cessé, à travers ses nombreux ouvrages, de pratiquer une écriture faite de fulgurances et de visions prémonitrices.

Une écriture spirale qu'il décrit dans Brèche ardente, la deuxième partie de l'ouvrage, comme «un immense éventail de variations sémantiques surprenantes», dans lequel on lit des phrases-chocs ou encore des inventions verbales qui nous rappellent celles d'un Gauvreau. Mais ce «clown tragique qui pratique l'auto-dérision» n'hésite pas à affirmer que «la vie est belle», malgré tout, et qu'«une seule minute dans la vie d'un être humain est plus dense et plus riche que toutes les bibliothèques du monde entier».

***

Collaboratrice du Devoir

***

Melovivi ou Le piège, suivi de Brèche ardente
Frankétienne
Riveneuve éditions
Paris, 2010, 244 pages
 
 
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