Un livre provocateur - Polémique en France autour de Freud
Paris — Depuis des semaines, l'intelligentsia parisienne s'enfièvre autour de la psychanalyse, s'affrontant par médias interposés dans la tradition des intellectuels français: tout est né de la publication d'un livre provocateur présentant Freud comme un charlatan menteur et dépravé.
Au départ, un pavé: Le Crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne. L'auteur de cette biographie, le philosophe Michel Onfray, accuse le père de la psychanalyse, Sigmund Freud (1856-1939), d'être un menteur cocaïnomane cupide et adultérin, un «sectaire» qui flirtait «avec l'antisémitisme», un «affabulateur» extrapolant «sa pathologie oedipienne à la planète entière». Et compare la psychanalyse à un «placebo».
Psychanalystes et philosophes crient au «brûlot» truffé d'erreurs et d'amalgames. Ses détracteurs accusent Michel Onfray de faire la confusion entre l'homme et l'oeuvre, de ne discuter «sérieusement» aucune de ses thèses et de faire de la «philosophie-spectacle», comme le résume le philosophe Jacob Rogozinski dans une tribune.
«Il semble vouloir dire que finalement Freud aurait été un homme comme les autres avec des penchants, des défauts, des qualités [...] Il lui reproche quoi au juste? De ne pas être un dieu? Eh bien, non, il n'était pas un dieu», dit à l'AFP le psychanalyste Charles Melman, cofondateur de l'Association lacanienne internationale.
Pas un jour sans une tribune dans les quotidiens, pas un hebdomadaire sans dossier ni lexique analytique — de l'inconscient au principe de plaisir —, pas une émission littéraire sans Onfray.
Les échanges sont violents. Le philosophe Bernard-Henri Lévy qualifie ainsi son collègue de «réducteur» et «puéril». «Qu'importent les vociférations» des «hiérarques de la France intellectuelle moisie», répond l'intéressé.
«La France, depuis le XVIIIe siècle, accorde une grande importance aux débats intellectuels et leur donne une visibilité qui, dans d'autres pays, est confinée à des spécialistes, voire moquée», rappelle le professeur d'histoire culturelle à la Sorbonne Pascal Ory.
Pas de débat sur le fond
Mais si certains se réjouissent de la vitalité des intellectuels français autour de la publication de ce livre, la plupart des philosophes et historiens interpellés n'y voient qu'une polémique réduite à des attaques de personnes qui ne décolle pas. Cette fièvre montre que «la France a un rapport assez exceptionnel à la psychanalyse», mais «il n'y a pas de débat sur le fond», poursuit M. Ory.
Ce n'est pas la première fois que la psychanalyse est attaquée en France, comme ailleurs. L'anthropologue Samuel Lézé parle aujourd'hui d'une «fenêtre d'opportunité» pour les détracteurs de Freud après la publication en France d'un Livre noir de la psychanalyse (2005), la montée en puissance de la thérapie comportementale, les avancées de la recherche sur le cerveau.
Mais, pour ce chercheur, la polémique actuelle est surtout le signe plus global d'un «contrôle moral des idées» dans la société française: «On ne s'intéresse plus aux idées, mais à la personne», dit-il.
Pour le psychanalyste Char-les Melman, la polémique actuelle «participe d'une façon générale à ce qui serait du déboulonnage de toute autorité qui puisse valoir référence».
Au départ, un pavé: Le Crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne. L'auteur de cette biographie, le philosophe Michel Onfray, accuse le père de la psychanalyse, Sigmund Freud (1856-1939), d'être un menteur cocaïnomane cupide et adultérin, un «sectaire» qui flirtait «avec l'antisémitisme», un «affabulateur» extrapolant «sa pathologie oedipienne à la planète entière». Et compare la psychanalyse à un «placebo».
Psychanalystes et philosophes crient au «brûlot» truffé d'erreurs et d'amalgames. Ses détracteurs accusent Michel Onfray de faire la confusion entre l'homme et l'oeuvre, de ne discuter «sérieusement» aucune de ses thèses et de faire de la «philosophie-spectacle», comme le résume le philosophe Jacob Rogozinski dans une tribune.
«Il semble vouloir dire que finalement Freud aurait été un homme comme les autres avec des penchants, des défauts, des qualités [...] Il lui reproche quoi au juste? De ne pas être un dieu? Eh bien, non, il n'était pas un dieu», dit à l'AFP le psychanalyste Charles Melman, cofondateur de l'Association lacanienne internationale.
Pas un jour sans une tribune dans les quotidiens, pas un hebdomadaire sans dossier ni lexique analytique — de l'inconscient au principe de plaisir —, pas une émission littéraire sans Onfray.
Les échanges sont violents. Le philosophe Bernard-Henri Lévy qualifie ainsi son collègue de «réducteur» et «puéril». «Qu'importent les vociférations» des «hiérarques de la France intellectuelle moisie», répond l'intéressé.
«La France, depuis le XVIIIe siècle, accorde une grande importance aux débats intellectuels et leur donne une visibilité qui, dans d'autres pays, est confinée à des spécialistes, voire moquée», rappelle le professeur d'histoire culturelle à la Sorbonne Pascal Ory.
Pas de débat sur le fond
Mais si certains se réjouissent de la vitalité des intellectuels français autour de la publication de ce livre, la plupart des philosophes et historiens interpellés n'y voient qu'une polémique réduite à des attaques de personnes qui ne décolle pas. Cette fièvre montre que «la France a un rapport assez exceptionnel à la psychanalyse», mais «il n'y a pas de débat sur le fond», poursuit M. Ory.
Ce n'est pas la première fois que la psychanalyse est attaquée en France, comme ailleurs. L'anthropologue Samuel Lézé parle aujourd'hui d'une «fenêtre d'opportunité» pour les détracteurs de Freud après la publication en France d'un Livre noir de la psychanalyse (2005), la montée en puissance de la thérapie comportementale, les avancées de la recherche sur le cerveau.
Mais, pour ce chercheur, la polémique actuelle est surtout le signe plus global d'un «contrôle moral des idées» dans la société française: «On ne s'intéresse plus aux idées, mais à la personne», dit-il.
Pour le psychanalyste Char-les Melman, la polémique actuelle «participe d'une façon générale à ce qui serait du déboulonnage de toute autorité qui puisse valoir référence».
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

