Bédé - De la comédie au drame, sans crier gare
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
Lise Mandel
La rencontre, cette semaine, entre la bédéiste française Lisa Mandel et Montréal aura été marquante: «Il se passe quelque chose d'étonnant ici en matière de bédé», lance la mère de l'indispensable série Nini Patalo (Glénat), attablée dans un troquet du Plateau. «Ça me donne envie de m'y installer pendant six mois ou un an» afin de recommencer à faire de la bédé dans des fanzines «et en autopublication, comme dans le temps», ajoute la jeune femme âgée de 32 ans qui a débarqué en ville après une visite éclair au Salon du livre de Québec.
Avec à son actif cinq chapitres publiés des aventures loufoques de la p'tite Nini, avec un projet d'adaptation en dessin animé effectué par le même studio d'animation qui a mis en mouvement Persepolis, de Marjane Satrapi, ce goût de la bohème en cases ressemble un peu à de la folie. Une folie qui ne surprend pas chez cette artiste hors norme, qui aime puiser dans les décalages du quotidien pour alimenter son oeuvre.
«J'ai été bercée durant toute ma jeunesse par les récits de mes parents, qui travaillaient tous les deux dans un hôpital psychiatrique, lance-t-elle. J'ai compris très vite que l'être humain pouvait être complètement dingue. Et, forcément, ça laisse des traces.»
Pour le moins. Nini Patalo, pour ceux qui n'ont pas encore succombé à la contagion, c'est l'histoire d'une petite fille qui, un soir sans nuages, fait le voeu de voir ses parents disparaître de la maison. Pour être tranquille. Or la chose se produit et l'espiègle voit alors sa vie changer de fond en comble, contrainte alors de partager son existence avec un homme préhistorique décongelé, un canard taciturne, un monstre multiforme nommé Patalo et des pingouins qui ont pris le contrôle du frigo qu'ils devaient nettoyer. En gros.
«Au départ, c'est une commande, dit-elle. On voulait, pour le magazine Tchô!, une série qui était le pendant féminin de Titeuf [inventé par Zep]. J'y ai pensé, et c'est ça que ç'a donné.»
Le succès est immédiat: avec ses professeurs de lutte fruitière et ses monstres qui bloquent l'accès aux toilettes, Nini Patalo séduit la critique, les autres dessinateurs et les familles qui s'y exposent, par son humour décalé à multiples degrés qui en fait bien plus qu'une simple oeuvre jeunesse. «C'est pour tout le monde, dit Lisa Mandel, qui reconnaît dans son oeuvre une certaine relecture de sa propre existence de fille du divorce: une famille recomposée placée quotidiennement sous le thème de la folie.
Une folie bipolaire, aussi, à en juger par le parcours atypique de la délirante Mandel, qui passe de l'humour à l'introspection, de la comédie au drame sans crier gare. HP (L'Association), sa dernière création, confirme la chose en proposant, froidement, une sociologie des univers psychiatriques. «Je voulais raconter sans juger ce milieu», dit-elle. Esthétique et filatures (Casterman), coécrit avec Tanxxx, laisse encore plus perplexe avec ses lesbiennes intergénérationnelles en fuite après un presque meurtre raté. On résume.
«Nini Patalo, j'aime ça, dit Mandel. Mais, comme auteure de bande dessinée, j'ai aussi envie d'exprimer autre chose et d'aller à la rencontre du lectorat adulte, qui me correspond mieux. Ce public, je suis peut-être passée à côté avec ma série jeunesse, que plusieurs n'ont pas osé ouvrir, croyant que ce n'était pas pour eux.»
Pas de doute, la p'tite Marseillaise — étrangement sans accent — qui travaille actuellement sur une série d'aventures «pas très drôle du tout», dit-elle, est en mutation. Et c'est peut-être en passant par Montréal, où elle aime frayer avec les têtes ascendantes du 9e art, les Iris, Zviane et con-sorts, que la transformation va se concrétiser. «C'est zen ici, dit-elle. J'aime ça.»
Avec à son actif cinq chapitres publiés des aventures loufoques de la p'tite Nini, avec un projet d'adaptation en dessin animé effectué par le même studio d'animation qui a mis en mouvement Persepolis, de Marjane Satrapi, ce goût de la bohème en cases ressemble un peu à de la folie. Une folie qui ne surprend pas chez cette artiste hors norme, qui aime puiser dans les décalages du quotidien pour alimenter son oeuvre.
«J'ai été bercée durant toute ma jeunesse par les récits de mes parents, qui travaillaient tous les deux dans un hôpital psychiatrique, lance-t-elle. J'ai compris très vite que l'être humain pouvait être complètement dingue. Et, forcément, ça laisse des traces.»
Pour le moins. Nini Patalo, pour ceux qui n'ont pas encore succombé à la contagion, c'est l'histoire d'une petite fille qui, un soir sans nuages, fait le voeu de voir ses parents disparaître de la maison. Pour être tranquille. Or la chose se produit et l'espiègle voit alors sa vie changer de fond en comble, contrainte alors de partager son existence avec un homme préhistorique décongelé, un canard taciturne, un monstre multiforme nommé Patalo et des pingouins qui ont pris le contrôle du frigo qu'ils devaient nettoyer. En gros.
«Au départ, c'est une commande, dit-elle. On voulait, pour le magazine Tchô!, une série qui était le pendant féminin de Titeuf [inventé par Zep]. J'y ai pensé, et c'est ça que ç'a donné.»
Le succès est immédiat: avec ses professeurs de lutte fruitière et ses monstres qui bloquent l'accès aux toilettes, Nini Patalo séduit la critique, les autres dessinateurs et les familles qui s'y exposent, par son humour décalé à multiples degrés qui en fait bien plus qu'une simple oeuvre jeunesse. «C'est pour tout le monde, dit Lisa Mandel, qui reconnaît dans son oeuvre une certaine relecture de sa propre existence de fille du divorce: une famille recomposée placée quotidiennement sous le thème de la folie.
Une folie bipolaire, aussi, à en juger par le parcours atypique de la délirante Mandel, qui passe de l'humour à l'introspection, de la comédie au drame sans crier gare. HP (L'Association), sa dernière création, confirme la chose en proposant, froidement, une sociologie des univers psychiatriques. «Je voulais raconter sans juger ce milieu», dit-elle. Esthétique et filatures (Casterman), coécrit avec Tanxxx, laisse encore plus perplexe avec ses lesbiennes intergénérationnelles en fuite après un presque meurtre raté. On résume.
«Nini Patalo, j'aime ça, dit Mandel. Mais, comme auteure de bande dessinée, j'ai aussi envie d'exprimer autre chose et d'aller à la rencontre du lectorat adulte, qui me correspond mieux. Ce public, je suis peut-être passée à côté avec ma série jeunesse, que plusieurs n'ont pas osé ouvrir, croyant que ce n'était pas pour eux.»
Pas de doute, la p'tite Marseillaise — étrangement sans accent — qui travaille actuellement sur une série d'aventures «pas très drôle du tout», dit-elle, est en mutation. Et c'est peut-être en passant par Montréal, où elle aime frayer avec les têtes ascendantes du 9e art, les Iris, Zviane et con-sorts, que la transformation va se concrétiser. «C'est zen ici, dit-elle. J'aime ça.»
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