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La honte rend meilleur

Jean Larose   10 avril 2010  Livres
Une amie me demande de figurer dans un film qu'elle réalise, d'y exposer «en trente secondes une idée qui permettrait de faire du Québec un monde meilleur». Vertige, quelle responsabilité! D'abord, trente secondes, c'est trop court (comme un article dans le Devoir)! Surtout, je me méfie du monde meilleur. Comment jugerais-je du meilleur, quand je ne suis pas même bon?
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  • Dominique Garand - Abonné
    10 avril 2010 09 h 33
    Oui
    Texte inspirant. La souveraineté définie comme «mystique de la parole des années intenses», quelle belle formule qui touche l'essentiel! Et placer la honte au coeur du désir de souveraineté, et non le ressentiment comme on nous l'a répété à satiété depuis 20 ans, voilà un geste qui fait respirer. Car la honte est productive dans la claire conscience qu'elle témoigne de sa propre dignité, alors que le ressentiment - honte déniée par refus d'assumer la colère qui en est le deuxième temps - conduit à l'impuissance.
    Le ressentiment, c'est projeter la faute sur l'autre; la honte, c'est se sentir profondément responsable de sa vie.
    Pour ce qui est de la poésie, je dis Oui.
    Dominique Garand
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  • France Marcotte - Abonnée
    10 avril 2010 09 h 46
    Soit dit simplement
    Je crois que vous aurez davantage de chance d'être entendu par les carencés de la honte que nous sommes devenus en nous prenant d'abord doucement par la main comme vous le faites aujourd'hui qu'en nous interpellant du haut de votre nuage. Puisque votre parole est sage, profonde, transformante, il serait dommage qu'elle se perde plus longtemps.
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  • periodik@gmail.com - Abonné
    10 avril 2010 10 h 56
    La honte, l'espoir
    Quelle honte, en effet, de n'avoir pas fait l'indépendance. Quelle honte d'avoir choisi l'autre, sa langue, ses valeurs, ses priorités, parfois même son identité, d'avoir choisi la vie molle du petit confort individuel et égoïste. Quelle honte, aussi, d'avoir oublié l'histoire.

    Tout, dorénavant, contribue à fragmenter, à émietter notre pensée, nos passions, notre volonté, à éloigner la parole de l'acte. Notre moi a triomphé, notre nous est devenu banal. Nos miettes d'indignations sont virtuelles et solitaires. Notre parole est coincée, éparpillée et peureuse. Notre écoute est brève et notre pensée distraite. Tout cela doit changer.

    Le poète, qui s'est tu, doit reprendre la parole, et le philosophe expliquer cette parole. Ensemble, ils parlent de nous. Ils sont notre espoir.
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  • Dominique Garand - Abonné
    10 avril 2010 11 h 13
    P.S.
    Je me permets un ajout à ma réflexion précédente. La question étant complexe, il importe de ne pas s'arrêter en chemin.
    Si la honte peut être le moteur d'actions décisives, transformatrices, elle ne saurait être un état permanent. Il faut donc penser le stade qui succéderait à la honte. La fierté? Dieu sait que le mouvement souverainiste n'a pas manqué de tabler là-dessus... C'est un piège, n'est-ce pas, qui conduit tout droit à la complaisance. D'ailleurs, ça ne fonctionne pas : aucune mystique de la parole ne peut, sans se nourrir d'illusions et sans forcer l'autoconviction, renverser la honte en fierté.
    Il a manqué à la mystique de la parole une dose de négativité qui l'aurait prémunie contre la satisfaction imaginaire des lendemains qui chantent. À force de chanter la liberté, on s'est convaincu qu'elle était gagnée : un royaume des cieux cruellement démenti par la réalité!
    C'est ainsi que notre mystique s'est muée en mystification...
    Autre problème : si l'on fait de la honte un sentiment collectif, cela présuppose un Sujet collectif. Or, n'est-ce pas cette identité accolée au Sujet collectif québécois qui est mise à mal depuis 20 ans et focrée de se redéfinir? Les nouveaux arrivants voudront-ils partager notre honte?
    Si je devais poser un geste concret, voici ce que je ferais dans un premier temps : j'inscrirais comme lecture obligatoire à partir du secondaire IV, ainsi qu'aux immigrants, l'anthologie sur la Conquête que vient de produire Charles-Philippe Courtois (Typo, 2009). Je plaiderais pour l'enseignement d'une histoire conflictuelle du Québec qui montrerait le heurt des forces en présence et, au-delà de la honte et de la fierté, les raisons d'une lutte, ses aléas, les différentes directions qu'elle a prise. En outre, je ferais lire à tous les Québécois les textes des penseurs anglais et canadiens anglais sur les Canadiens français. Je prendrais une ville, disons Ste-Agathe, et je leur ferais prendre connaissance de la manière dont Miron, Ferron, Richler et d'autres en ont parlé. On discuterait alors de ce que veut dire habiter un territoire, l'investir d'un désir, le nommer, en être dépossédé, etc. Car la poésie, c'est aussi ÇA.
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  • Georges Paquet - Abonné
    11 avril 2010 09 h 30
    Les poètes disent-ils toujours la vérité?
    Je crois me souvenir d'un poète. Paul chamberland, je crois qui, parlant des leaders de son époque, souverainistes, je crois, écrivit. "Vous avez pris nos rêves, vous en avez fait des chaînes".
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  • real@realo.ca - Abonné
    11 avril 2010 15 h 07
    oui,
    Merci pour cette réflexion, mais pourquoi le foutu latin!?!? C'est simpliste, le latin ne changerait rien, c'est un vieil argument qui réduit le propos à mon avis.
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  • Jeanne Guyon - Inscrite
    11 avril 2010 20 h 14
    Pourquoi le latin?
    Comme toujours, MERCI Jean Larose de votre article
    « La honte rend meilleur ».

    Dommage qu'il soit verrouillé, heureusement que je l'ai savouré
    dans le Devoir, forme papier.

    @M. Réal Ouellet qui demande : « pourquoi le foutu latin »,
    j'ai envie de répondre :

    pour apprendre à gazouiller sans devenir twit!
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  • real@realo.ca - Abonné
    11 avril 2010 22 h 27
    @Jeanne G
    On peut très très bien gazouiller sans latin et sans être twit.
    Ce n'est pas un argument intéressant.
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  • Celine A. Massicotte - Abonnée
    24 avril 2010 10 h 08
    La maladie de la honte...
    Je vais faire ça court, d'autant plus que mon commentaire risque de ne jamais être lu. L'auteur écrit, en parlant de l'époque pré réferendaire (la première ou la deuxième, il n'a pas jugé bon de le spécifier): "Car parler d'indépendance, c'était aussi avoir honte qu'elle ne fût pas encore faite! ". Alors, s'il s'agissait de la première, complètement absurde, et de la deuxième... presque autant. Comme le dit une de mes amies très proche "On ne peut pas se précéder... ".

    Combien de siècles a-t-il fallu à l'Irlande pour réaliser son rêve? Mais ce n'est sûrement pas la honte qui l'y a conduit... À mon avis, la colère, l'espoir, la soif peuvent y conduire, sûrement pas la honte, qui comme la peur n'inspire rien de bon.

    Oui, les poêtes participent à l'histoire, l'illustrent, l'inspirent, mais ce ne sont pas eux qui la font.

    Parlant d'histoire, il est un peu étrange qu'à la fin de son texte M. Larose dénonce qu'elle ait disparu de l'enseignement, mais ne parle même pas de la ramener dans ses suggestions de matières.

    Étrange... comme tout le reste. Je n'ai jamais entendu ou lu une telle théorie, ce que se comprend puisque la honte... ce n'est pas très créatif. Une maladie de colonisés ou une maladie dont souffre l'auteur?
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