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    Littérature étrangère - Un philosophe dans le bush australien

    3 avril 2010 |Suzanne Giguère | Livres
    Murray Bail
    Photo: Agence France-Presse (photo) Fiona Hanson Murray Bail
    De l'Australie nous arrive Les Pages de Murray Bail, lauréat en 1999 du prestigieux «Commonwealth Writers Prize» pour Eucalyptus (l'histoire d'un homme qui plantait des eucalyptus de toutes les variétés), considéré comme un écrivain original, imaginatif, singulier.

    D'entrée de jeu, sur un mode parodique, le narrateur des Pages établit un lien entre les paysages «archétypaux» de l'Australie (immensité des grands espaces, étendues désertiques à perte de vue) et l'absence de pensée philosophique dans son pays. Il faut savoir que le romancier construit depuis les années 1970 une oeuvre fondée sur le rapport de l'identité culturelle australienne à l'espace national.

    Déconcertant, énigmatique, Les Pages nous plonge dans la quête d'identité de Wesley Antill qui, à 22 ans, a toujours de la difficulté à comprendre qui il est. Fils d'éleveurs de mérinos dans le bush aride de la Nouvelle-Galles-du-Sud, il décide de s'inscrire à l'Université de Sydney en philosophie, dont il a une conception assez humoristique et sympathique. «La découverte des différents philosophes permettrait à chaque nouveau philosophe de grimper sur les épaules du précédent, comme si la philosophie était une forme de gymnastique, d'où ils pouvaient grimper encore plus haut, ou du moins se pencher vers l'extérieur, à un certain angle, tout en restant en place.»

    Comme l'anxiété de Wesley par rapport au temps qui passe ne le lâche pas, l'apprenti philosophe s'envole pour l'Europe. C'est dans une librairie d'Amsterdam que lui vient l'idée de créer une philosophie «pour pouvoir mourir heureux». Il rentre en Australie pour élaborer sa théorie du bonheur (développée dans le dernier chapitre sous forme d'aphorismes) pendant que son frère et sa soeur gèrent la ferme familiale d'élevage de moutons. Wesley devient une sorte de philosophe pionnier, réduisant à néant l'affirmation du début du roman (du grand vide géographique australien ne peut naître une pensée philosophique).

    Nous nous retrouvons dans la lainerie en tôle ondulée grise (où Wesley a installé son bureau) en compagnie d'Erica Hazelhurst, prof de philo qui a été désignée par l'université pour évaluer les écrits du philosophe, décédé entre-temps. L'inextricable fouillis du bureau de Wesley est décrit méticuleusement: des feuilles manuscrites, à l'encre bleue Méditerranée, couvrent la table de travail, d'autres sont empilées sans ordre sur les étagères. Des pages rejetées traînent par terre, d'autres sont attachées le long d'une ficelle avec des pinces à linge. Wesley a écrit des énoncés pour se stimuler, comme: «Ne pas penser, mais laisser venir les pensées», «Pas d'hésitation, aucune. Sinon...»

    Tout en nous plongeant dans le tumulte de l'incessante quête d'identité de ses personnages qui cherchent à donner un sens à leur vie dans ces paysages de brousse et de pâturages, Murray Bail enrichit son récit de réflexions sur l'illusion momentanée de la réalité.

    Le romancier australien fait sien le célèbre mot de Michel Butor, «il ne peut y avoir de réalisme véritable que si l'on fait sa part à l'imagination, si l'on comprend que l'imaginaire est dans le réel et que nous voyons le réel par lui» (Essais sur le roman, Gallimard, 1992). La réalité subvertie par l'imaginaire, la relation entre le langage et la réalité sont autant de filons que l'auteur explore dans son roman, d'une gracieuse et joyeuse complexité.

    ***

    Les pages

    Murray Bail

    Traduit de l'anglais (Australie) par Claire Chabalier et Louise Chabalier

    Les Allusifs

    Montréal, 2010, 248 pages

    ***

    Collaboratrice du Devoir
     
     
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