Quand la mode en fait trop
Photo : Agence Reuters
Barbie et Ken... avant qu’ils ne se séparent, en 2004.
À retenir
- La mode hypersexualisée
- Mariette Julien
- Sisyphe
- Montréal, 2010, 120 pages
Tout, bien sûr, peut être étudié avec le plus grand sérieux universitaire. Dans La Mode hypersexualisée, Mariette Julien, docteure en communication et professeure à l'École supérieure de mode de Montréal à l'Université du Québec, réserve ce traitement au style hypersexy. «Depuis les années 1990, note-t-elle, l'allure ou le look "prostituée" connaît un succès international.» Même s'il concerne surtout les femmes, ce phénomène a aussi un pendant masculin avec l'allure proxénète, maquereau ou racaille.
Julien décrit d'abord les multiples éléments qui entrent dans la composition de cette mode (vêtements, accessoires, transformations du corps) et propose ensuite un historique de ses influences (jeunes rockers des années 1950, hippies, punks, Madonna, designers des années 1970 et 1980, Harajuku Girls, poupée Barbie, poupées Bratz, pin-up).
La section la plus intéressante de cet opuscule se penche sur les facteurs sociaux qui nourrissent cette tendance. «La mode, écrit Julien, représente un excellent indicateur des valeurs qui prévalent dans les sociétés.» La mode hypersexualisée, en ce sens, serait à l'image de notre société hyperconsommatrice (même les corps sont à consommer), individualiste (la déliaison amoureuse règne), urbaine et caractérisée par de nouveaux rapports dits plus démocratiques (célébrité pour tous), la désaffection envers la religion (la quête de l'absolu, désormais, passerait par le corps) et la recherche d'authenticité (la fidélité à soi-même va jusqu'à l'infidélité aux autres).
On a parlé, pour désigner cette mode tapageuse, de «girl power», afin de souligner l'audace féminine qu'elle met en avant. Mariette Julien, dont la perspective est féministe, ne partage pas cette interprétation. «En voulant prouver aux hommes qu'elles sont désirables, conclut-elle, [les femmes] cherchent l'approbation dans leur regard. En fin de compte, ce sont encore les hommes qui ont le dernier mot. Ce sont eux qui décident si elles passent l'épreuve ou non.»
Cette mode, cela dit, critiquée depuis plus de dix ans, n'est-elle pas déjà un peu démodée? N'est-elle pas redevenue l'apanage des milieux marginaux? Mes étudiantes, au collégial, semblent en tout cas en être revenues. L'ouvrage, malheureusement, n'aborde pas cet aspect du débat.
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La mode hypersexualisée
Mariette Julien
Sisyphe
Montréal, 2010, 120 pages
***
Collaborateur du Devoir
Julien décrit d'abord les multiples éléments qui entrent dans la composition de cette mode (vêtements, accessoires, transformations du corps) et propose ensuite un historique de ses influences (jeunes rockers des années 1950, hippies, punks, Madonna, designers des années 1970 et 1980, Harajuku Girls, poupée Barbie, poupées Bratz, pin-up).
La section la plus intéressante de cet opuscule se penche sur les facteurs sociaux qui nourrissent cette tendance. «La mode, écrit Julien, représente un excellent indicateur des valeurs qui prévalent dans les sociétés.» La mode hypersexualisée, en ce sens, serait à l'image de notre société hyperconsommatrice (même les corps sont à consommer), individualiste (la déliaison amoureuse règne), urbaine et caractérisée par de nouveaux rapports dits plus démocratiques (célébrité pour tous), la désaffection envers la religion (la quête de l'absolu, désormais, passerait par le corps) et la recherche d'authenticité (la fidélité à soi-même va jusqu'à l'infidélité aux autres).
On a parlé, pour désigner cette mode tapageuse, de «girl power», afin de souligner l'audace féminine qu'elle met en avant. Mariette Julien, dont la perspective est féministe, ne partage pas cette interprétation. «En voulant prouver aux hommes qu'elles sont désirables, conclut-elle, [les femmes] cherchent l'approbation dans leur regard. En fin de compte, ce sont encore les hommes qui ont le dernier mot. Ce sont eux qui décident si elles passent l'épreuve ou non.»
Cette mode, cela dit, critiquée depuis plus de dix ans, n'est-elle pas déjà un peu démodée? N'est-elle pas redevenue l'apanage des milieux marginaux? Mes étudiantes, au collégial, semblent en tout cas en être revenues. L'ouvrage, malheureusement, n'aborde pas cet aspect du débat.
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La mode hypersexualisée
Mariette Julien
Sisyphe
Montréal, 2010, 120 pages
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