Document - Amédée Papineau, né trop tôt
À retenir
- JOURNAL D'UN FILS DE LA LIBERTÉ
- Amédée Papineau
- Septentrion
- Québec, 2010, 1050 pages
En 1848, Londres accepte qu'au Canada-Uni le gouvernement soit désormais responsable, c'est-à-dire qu'il se soumette au vote majoritaire des députés. Au Canada-Est (futur Québec), les réformistes, Louis-Hippolyte La Fontaine à leur tête, crient victoire. Le fils aîné de Louis-Joseph Papineau le leur reproche. «Jamais la tyrannie n'est plus dangereuse, prévient-il, que lorsqu'elle s'affuble du masque de la libéralité.»
Voilà l'une des phrases incisives qui font le charme du Journal d'un Fils de la liberté (1838-1855), dont l'érudit Georges Aubin nous offre une édition considérablement revue et augmentée par rapport à la première (1998). Dans cet écrit intime, Amédée Papineau (1819-1903) rejette, comme son père, l'Union de la vallée du Saint-Laurent, où il a vu le jour, et du Canada-Ouest (futur Ontario).
En menaçant de plus en plus d'assujettir le futur Québec à la région voisine (essentiellement anglophone), ce régime, en vigueur depuis 1841, annonce la mise sur pied, par la Grande-Bretagne impériale et monarchique, de la Confédération de 1867. Le prochain régime comblera les voeux des conservateurs, mais les deux Papineau, outrés, y opposeront plus que jamais leur rêve d'une union républicaine de tous les peuples des Amériques.
Dès 1842, Amédée Papineau déclare dans son Journal qu'il souhaite ardemment «ce qui fait l'horreur des loyalistes et du gouvernement anglais, l'agglomération de toutes les sections de l'Amérique en une seule vaste république: une Confédération continentale». Celui qui se réclame de Paine, de Lamennais et de Tocqueville, sa «trinité démocratique», n'hésite pas à soutenir que son utopisme libéral s'inscrit dans l'évolution de l'humanité.
Le triomphe panaméricain du républicanisme sera pour lui l'ultime conséquence de la résistance séculaire à la domination coloniale venue d'Europe. «Toute l'histoire passée du Nouveau Monde l'enseigne d'une manière irréfragable», pense-t-il.
Mais son rêve progressiste se concilie-t-il avec le refus de l'assimilation des francophones à la culture états-unienne? Amédée Papineau ne le croit pas. On présume que c'est la mort dans l'âme qu'il appréhende la déculturation des siens.
En 1839, ne s'est-il pas élevé contre les «recommandations diaboliques de lord Durham», qui, selon lui, visaient «l'anéantissement de la langue, des moeurs, coutumes, institutions et lois d'un demi-million de Canadiens d'origine française»? Le libre-penseur, qui adhérera sur le tard au protestantisme pour des raisons plus sociales que religieuses, trouve ici le culte catholique «beau et touchant», mais, lors de son exil aux États-Unis, il trouve le culte protestant «si monotone» qu'il «dessèche l'âme par son aride simplicité».
Né 141 ans avant la Révolution tranquille, Amédée Papineau, à la différence de la société de 1960, ne pourra tenter d'harmoniser l'héritage culturel québécois avec le progrès.
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JOURNAL D'UN FILS DE LA LIBERTÉ
Amédée Papineau
Septentrion
Québec, 2010, 1050 pages
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Collaborateur du Devoir
Voilà l'une des phrases incisives qui font le charme du Journal d'un Fils de la liberté (1838-1855), dont l'érudit Georges Aubin nous offre une édition considérablement revue et augmentée par rapport à la première (1998). Dans cet écrit intime, Amédée Papineau (1819-1903) rejette, comme son père, l'Union de la vallée du Saint-Laurent, où il a vu le jour, et du Canada-Ouest (futur Ontario).
En menaçant de plus en plus d'assujettir le futur Québec à la région voisine (essentiellement anglophone), ce régime, en vigueur depuis 1841, annonce la mise sur pied, par la Grande-Bretagne impériale et monarchique, de la Confédération de 1867. Le prochain régime comblera les voeux des conservateurs, mais les deux Papineau, outrés, y opposeront plus que jamais leur rêve d'une union républicaine de tous les peuples des Amériques.
Dès 1842, Amédée Papineau déclare dans son Journal qu'il souhaite ardemment «ce qui fait l'horreur des loyalistes et du gouvernement anglais, l'agglomération de toutes les sections de l'Amérique en une seule vaste république: une Confédération continentale». Celui qui se réclame de Paine, de Lamennais et de Tocqueville, sa «trinité démocratique», n'hésite pas à soutenir que son utopisme libéral s'inscrit dans l'évolution de l'humanité.
Le triomphe panaméricain du républicanisme sera pour lui l'ultime conséquence de la résistance séculaire à la domination coloniale venue d'Europe. «Toute l'histoire passée du Nouveau Monde l'enseigne d'une manière irréfragable», pense-t-il.
Mais son rêve progressiste se concilie-t-il avec le refus de l'assimilation des francophones à la culture états-unienne? Amédée Papineau ne le croit pas. On présume que c'est la mort dans l'âme qu'il appréhende la déculturation des siens.
En 1839, ne s'est-il pas élevé contre les «recommandations diaboliques de lord Durham», qui, selon lui, visaient «l'anéantissement de la langue, des moeurs, coutumes, institutions et lois d'un demi-million de Canadiens d'origine française»? Le libre-penseur, qui adhérera sur le tard au protestantisme pour des raisons plus sociales que religieuses, trouve ici le culte catholique «beau et touchant», mais, lors de son exil aux États-Unis, il trouve le culte protestant «si monotone» qu'il «dessèche l'âme par son aride simplicité».
Né 141 ans avant la Révolution tranquille, Amédée Papineau, à la différence de la société de 1960, ne pourra tenter d'harmoniser l'héritage culturel québécois avec le progrès.
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JOURNAL D'UN FILS DE LA LIBERTÉ
Amédée Papineau
Septentrion
Québec, 2010, 1050 pages
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