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Bonne nouvelle

Jean Larose   13 mars 2010  Livres

À retenir

    La Compétition des Bonnes Nouvelles – Nietzsche évangéliste
    • Peter Sloterdij
    • Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni
    • « Mille et une nuits »
    • Arthème Fayard
    • 2002
Elias Canetti demandait à l'écrivain d'être le chien de son temps, d'y fourrer partout son museau, d'en avoir la passion. Et de se dresser tout entier contre l'idée globale et passionnée qu'il est le seul à s'en faire. Mais sur quoi l'écrivain appuiera-t-il une prétention si folle? Écoutons ce qu'en dit Peter Sloterdijk, parlant de Nietzsche — cet écrivain devenu fou de son temps.

Tout langage dit l'orgueil de celui qui parle d'avoir pris le dessus. Tout discours dit qu'il n'aurait rien pu arriver de meilleur à celui qui le tient que d'être justement lui-même et, depuis cette position, dans cette langue, de témoigner de l'avantage qu'il y a à être dans sa propre peau. On sait depuis McLuhan que le média est le message. Mais c'est aussi un éloge du messager. Le cinéma, la radio, la télévision disent avant tout que ceux qui les font sont les gagnants. Autant que de rendre service, Internet fait l'éloge d'Internet.

Cependant, la littérature est le fruit d'un dialogue qui n'est pas de la communication. Écrire, c'est dialoguer avec de grands absents. Qui te parle? Qui t'accompagne? Quel est ton génie tutélaire? L'écrivain peut avoir du génie si l'accompagne une parole forte, qui l'a trouvé, qui ne le quitte plus et lui permet de s'impressionner et d'impressionner les autres. Il se prend pour un autre parce que ça parle à travers lui et que ça dit que c'est une grande nouvelle, la nouvelle bonne nouvelle. Il se dresse au sommet d'une hiérarchie entre celui qui écrit, qui laisse parler le génie, et le lecteur, qui reçoit cet écrit avec gratitude parce qu'il sait que c'est quelque chose d'entièrement différent du bavardage que le même personnage aurait produit sans l'assistance de ce compagnon invisible.

Recevoir cette parole, c'est accepter «une offense thérapeutique». S'il est en état d'être provoqué, le lecteur peut entrer dans le dialogue des solitaires accompagnés, devenir à son tour le commencement d'une nouvelle chaîne de provocation.

L'idéologie communicationnelle réprouve la génialité tutélaire (comme le prophétisme). Mais il ne s'agit plus de lui opposer l'humanisme, patrimoine en déshérence qui se distingue à peine aujourd'hui d'une aimable dépression. L'écrivain n'a pas non plus à se soucier de la correction politique où s'embourbent tant de discours rebelles. Il ignore cyniquement (évangéliquement, dit encore Sloterdijk) la foule innombrable des complices en désinhibition qui luttent pour apparaître sur des écrans et donner des preuves de leur bonté. L'écrivain jubile contre les bons qui réclament leur récompense. L'écrivain n'est pas bon, il est généreux. Là où les bons cherchent à se rendre possibles, il se rend impossible. «Je n'ai jamais fait en public un seul pas qui ne fut compromettant», disait Nietzsche. Les bons — les sincères, ceux qui ne cachent rien, les aseptisés, les transparents au sexe glabre, les désinhibés intègres — réclament leur récompense sur la terre. Il leur semble que la bonté de leur coeur donne droit à un bonheur qui se fait trop attendre. Aussi diffament-ils sans cesse les religions, le dialogue avec les génies, la morale, les dominants (ils en voient partout), comme autant de complots contre leur bonheur.

L'écrivain ne cherche pas le bonheur, il écrit pour annoncer la nouvelle qu'il est tout en haut, et n'y eût-il personne en apparence pour entendre sa bonne nouvelle, en lui une foule innombrable se réjouit. Le bon s'annule par bonté: obligé d'être à la fois autre et meilleur que les autres (comme le blue-jeans), précisément en cela il est comme tous les autres. L'altérité de l'autre, qu'il invoque sans cesse pour ne pas se distinguer des autres, lui interdit ce que Sloterdijk appelle «la pénétration pénétrée». En revanche, le généreux ne goûte pas l'entretien symétrique, la négociation sur le vécu, la valeur médiane, mais «l'imprégnation d'entrailles à entrailles».

«Du point de vue intellectuel, Nietzsche est radicalement bisexuel: une étoile qui brûle d'être percée. Je suis pénétré donc je suis, je rayonne en toi, donc tu es.» L'éloge de Soi de l'écrivain ouvre donc paradoxalement le chemin vers l'autre comme jamais encore il n'a été célébré. Chaque nouvel écrivain est bonne nouvelle d'un autre monde. On pourrait, dit Sloterdijk, qualifier Nietzsche de découvreur de l'hétéro-narcissisme. N'est-ce pas dément, un chapitre d'Ecce homo s'intitule «Pourquoi j'écris de si bons livres». Mais ce que Nietzsche approuva si hautement en lui-même, c'est sa propre étrangeté, qui lui donnait, à son grand étonnement, la forme d'un être hybride (d'ailleurs invivable) sans précédent dans l'humanité. À suivre.

***

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  • Geoffroi - Abonné
    12 mars 2010 23 h 33
    Nietzshe écrivain ?
    « Friedrich Wilhelm Nietzsche (15 octobre 1844 à Röcken, Saxe - 25 août 1900 à Weimar, Allemagne) est un philologue, philosophe et poète allemand.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nietzsche
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  •  
  • Nasboum - Abonné
    13 mars 2010 07 h 15
    heu...
    Vite la suite, car je ne suis pas sûr de comprendre où vous voulez en venir.
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  • Frederic Laporte - Inscrit
    13 mars 2010 09 h 35
    Eh la la...

    Vous oubliez peut-être que c'est Nietzsche qui a écrit que les philosophes devaient "commencer par le bonheur".
    Pauvre Nietzsche ! Il est vraiment devenu "l'écrivain" des ratés mégalomanes.
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  • Mathieu Gauthier - Inscrit
    13 mars 2010 09 h 42
    zzz
    Boring!
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  • Rironie - Inscrit
    13 mars 2010 10 h 47
    Pour votre méditation
    Si tous les êtres humains étaient d’allégeance nietzschéenne, nous n’aurions jamais connu la civilisation.
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  • polanskine - Abonné
    13 mars 2010 11 h 59
    Référence
    Quel texte de Sloterdijk citez-vous ?
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  •  
  • ysengrimus - Inscrit
    14 mars 2010 07 h 37
    Le seul à s'en faire
    L'ecrivain "se dresser tout entier contre l'idée globale et passionnée qu'il est le seul à s'en faire"

    http://ysengrimus.wordpress.com/2010/03/01/adultop

    Je dis oui et je le fais.
    Paul Laurendeau
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  • Stephane Ranger - Inscrit
    17 mars 2010 00 h 44
    Ah bon?
    @ Godefroy

    Un poète, ce n'est pas un écrivain pour vous? Et un philosophe, non plus? Ah, mais vous ne pensez pas, vous cherchez des définitions...

    @ Nasboum

    On en vient où on se promène en quête de sens, voilà.

    @ Frédéric Laporte

    Mégalomanes, peut-être, mais ratés, c'est vous qui le dites.

    @ Mathieu Gauthier

    Celui qui le dit c'est lui qui ... [compléter]

    @ Rino St-Amand

    Ah, parce que la civilisation n'existait pas avant Nietzche? Allez jaser de ça avec des sinologues, des égyptologues, des anthropologues...
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  • Frederic Laporte - Inscrit
    18 mars 2010 12 h 33
    @ Stephane Ranger
    C'est l'argument des enfants qui se sentent blessés dans le jeu des insultes. Je m'excuse donc de vous avoir blessé. C'était une stupide réaction. Mais avouez qu'il est difficile de vous suivre. Je vous lis et je suis souvent d'accord avec vous, mais il y a des moments où je ne vous suis plus du tout. C'est comme si vous cherchiez une voie qui ne serait pas celle du conformisme, pas celle non plus de l'anti-conformisme. Il s'agit, on dirait, d'un anti-anti-conformisme, la voie de celui qui est revenu de toutes les illusions, et pourtant...
    Enfin, vous semblez avancer un peu à tâtons, comme quelqu'un qui cherche... J'ai du respect et de l'admiration pour cela.
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  • Stephane Ranger - Inscrit
    21 mars 2010 08 h 50
    @ Frédéric Laporte
    «C'est l'argument des enfants qui se sentent blessés dans le jeu des insultes. Je m'excuse donc de vous avoir blessé. »

    De quoi on parle, là? J'en ai manqué un bout.

    Vous pouvez garder votre admiration pour vous-même. Je n'ai rien à faire de vos tentatives de définition.
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  • Frederic Laporte - Inscrit
    22 mars 2010 13 h 48
    "Celui qui le dit, celui qui l'est"
    "Celui qui le dit, celui qui l'est", c'est de cela qu'on parlait...
    Si ça vous amuse de jouer à l'enfant avec vos lecteurs, grand bien vous fasse.
    Pour le reste, vous n'avez pas un grand sens de l'ironie, cher monsieur.
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  •  
  • Stephane Ranger - Inscrit
    22 mars 2010 18 h 55
    !
    Grand bien vous fasse votre grand sens de l'ironie, donc.
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  •  
  • Stephane Ranger - Inscrit
    22 mars 2010 19 h 09
    Démonstrations
    Tous ceux qui prenez le temps de vous offusquer de ce que M. Larose, avec une liberté de pensée qui vous est manifestement étrangère, écrit en se risquant avec honnêteté et lucidité, vous faites la démonstration claire et nette de ce qu'il avance quand il dit qu'à notre époque, on ne sait plus lire.

    On ne sait que jouer au plus fin, comme ce cher M. Laporte, tout en feintes et en prétention.

    You are the new world order. Repensez-y quand vous serez à votre tour dépassés. Si votre cerveau vous le permet...
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  • Frederic Laporte - Inscrit
    23 mars 2010 08 h 07
    être profond et paraître profond
    Oh boy ! On n'a plus l'honnêteté et la lucidité qu'on avait ! Je me suis mépris sur M. Ranger: je pensais qu'il s'agissait de l'auteur du texte publié dans Le Devoir (caché sous un pseudonyme). Mais non ! M. Larose n'aurait certainement pas fait cette grosse faute de grammaire: "Tous ceux qui prenez...". Pour ce qui est de ne pas savoir lire, M. Larose a raison: il y a aujourd'hui plus d'écrivains que de lecteurs. Ceci dit, que M. Larose ne se décourage pas: on essaie de le lire du mieux qu'on peut, malgré sa plume obscure et extraordinairement brouillonne. Comme le dit si bien Nietzsche, il y a une différence entre être profond et paraître profond: " Celui qui se sait profond s'efforce d'être clair; celui qui voudrait sembler profond à la foule s'efforce d'être obscur. Car la foule tient pour profond tout ce dont elle ne peut pas voir le fond: elle est si craintive, elle a si peur de se noyer!" (Le gai savoir) À bon entendeur, salut !
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  • Stephane Ranger - Inscrit
    23 mars 2010 09 h 21
    Ce n'est pas une faute, révisez vos règles
    ...mais vous en faites une assez bouffonne: «plume obscure»! On appelle ça une faute de style. Vous en commettez d'ailleurs des ribambelles, que c'en est jouissif, une formule toute faite qui n'attend pas l'autre, changez de côté, vous vous êtes trompés!

    Voulez-vous un exposé?

    Si M. Larose vous semble obscur, c'est sans doute que vous avez une cataracte sur la fenêtre de l'âme.

    Oh, et une question-quiz: à quoi reconnaît-on le mauvais joueur? Facile: il soupçonne son adversaire d'en être un («caché sous un pseudonyme»).
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  • Frederic Laporte - Inscrit
    23 mars 2010 11 h 16
    Heu... C'est à vous de réviser vos règles...
    Vous confondez la deuxième et la troisième personne du pluriel ?
    "Une cataracte sur la fenêtre de l'âme", c'est aussi une faute de style, cher monsieur, une métaphore baroque qui aurait certainement déplu à Boileau. Depuis quand les fenêtres ont-elles des cataractes ? Et depuis quand les âmes ont-elles des fenêtres ? Très mauvaise métaphore. B-
    Pour le reste, je suis mauvais joueur, c'est vrai, tellement mauvais joueur que je m'arrête ici. J'ai assez perdu mon temps. Monsieur Larose peut dormir tranquille: il a trouvé un défenseur à sa hauteur, qui écrit presque tout aussi bien que lui. Bon courage pour la suite !
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  • Stephane Ranger - Inscrit
    24 mars 2010 05 h 24
    Il faut tout vous expliquer
    «Tous ceux», dans ma phrase, était une apostrophe. En l'occurrence, donc, une deuxième personne du pluriel.

    Et vous n'avez jamais lu quelque part ce cliché: «les yeux sont les fenêtres de l'âme»? Repackaged for your pleasure, et ça passe à côté. Qu'est-ce qu'on disait.
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  • Frederic Laporte - Inscrit
    24 mars 2010 18 h 47
    Le grand humour...
    Apostrophe" tant que vous voulez, ça reste une faute grammaticale (et une faute de politesse, ce qui est bien pire).
    Quant à votre "cataracte sur la fenêtre de l'âme", si ce n'est pas une faute de style, c'est un jeu de mots d'un assez mauvais goût (le genre de blague que ferait l'un de nos nombreux et talentueux humoristes...) Le pauvre Rodenbach (un Belge, en plus !) doit se retourner dans sa tombe. Mais je manque d'humour peut-être ?
    Bon, c'est vrai maintenant, je ne reviens plus. Paix à votre âme et vive votre M. Larose !
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