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    Poésie - Fernand Ouellette contre la fin abrupte

    20 février 2010 |Hugues Corriveau | Livres
    • L'ABRUPT I, FACE AU MASSIF et L'ABRUPT II, GRAVIR
    • Fernand Ouellette
    • L'Hexagone, coll. «L'appel des mots»
    • Montréal, 2009, 228 pages chacun
    Comment ne pas admirer l'infatigable travail de Fernand Ouellette qui, durant neuf mois, de juillet 2007 à avril 2008, autour de ses 77 ans, réussit l'exploit d'écrire, dans l'intelligence et la vivacité d'une langue toujours aussi vive, 400 pages d'une poésie inspirée et pénétrante, au coeur de l'essentiel?

    Les deux tomes sont là, comme un appel lancé depuis quelques mois: L'Abrupt I, Face au massif et L'Abrupt II, Gravir. J'y suis venu, puis j'ai été requis par d'autres parutions courantes. Et pourtant, le désir d'y revenir jamais ne m'a laissé. Ma lecture s'attarde enfin devant l'éblouissement qui, une fois encore, gagne les pages qui défilent avec la lenteur des profondeurs révélées, quand enfin, le désir assouvi, j'entre en cette méditation sur le devenir des choses et la fin précipitée de la vie qu'on voudrait à jamais poursuivie.

    «Or je ne songe qu'à ce qui est delà le faîte, / Au bleu qui va combler le désir / Près d'entr'apercevoir / l'intemporel.» La fin imminente, du moins confrontée, soulève l'indéniable clarté du regard, la vigueur d'une âme prête à recevoir l'éclat fervent de l'après. Nous vient irrésistiblement à l'esprit cette fable de Shichirô Fukazawa, Narayama, racontant le dernier pèlerinage d'une grand-mère qui se fait conduire au sommet de la montagne aux Chênes pour y mourir, et retourner à la nature intrinsèque d'où la vie provient.

    Fernand Ouellette entreprend de même cette remontée depuis la vie jusqu'à cette existence présente qui tient à si peu d'avenir. Exaltante analyse des apparences, monde réel et onirique tout à la fois, en cette abrupte ascension, le poète tient le désespoir à bout de bras, comme pour pallier une certaine extinction qu'il confronte avec lucidité: «Mon verbe, faute d'écoute / Coulera dans l'unique / Au creux du puits / Jusqu'à la nuit. / Sera-t-il encore capable de dire?»

    Face au massif tient souvent d'une angoisse portée sur les images et les espoirs, comme ici quand le poète affirme: «Tout en torpeur / Je retourne vers l'indiscernable, / Comme si le divin m'avait perdu / Dans sa vision».

    Dans Gravir s'impose une résistance forcenée contre le désespoir. On sait que le poète poursuit l'espérance depuis ses textes les plus anciens, préoccupé en d'autres temps, tout comme aujourd'hui, par le mont Thabor, par ces cimes qui rapprochent du haut lieu du non-savoir, de l'âme croyante, du Tout-Puissant n'attendant que le retour des âmes claires: «Vers le bleu. La verticalité / Puissamment les traversera.» Dans les derniers vers, l'acharnement à ouvrir grand les yeux sur le devenir possible d'un après apaisant suscite l'émoi devant: «[...] la fête grandiose / Qui va prendre en lumière!» N'oublions pas qu'en fin de course, à l'ultime rendez-vous, «La haute mer se soulève / Le Thabor concentre / Son étincellement / Pour les corps qui ont passé sous l'arche, / Pour les coeurs qui entrent en béatitude.» Ouellette est tout entier dans ces derniers vers, amplement révélateurs de la diligence de l'être devant l'inattendu bonheur d'un après unifié.

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    L'ABRUPT I, FACE AU MASSIF et L'ABRUPT II, GRAVIR
    Fernand Ouellette
    L'Hexagone, coll. «L'appel des mots»
    Montréal, 2009, 228 pages chacun

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    Collaborateur du Devoir












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