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Jerome David Salinger 1919-2010 - L'écrivain culte malgré lui

Caroline Montpetit   29 janvier 2010  Livres
Jerome David Salinger
Photo : La Presse canadienne (photo)
Jerome David Salinger
L'ermite nous a quittés. Après plus de cinquante ans de réclusion dans son domaine de Cornish, dans le New Hampshire, autour duquel il avait d'ailleurs érigé une clôture de six pieds, Jerome David Salinger, auteur du livre-culte Catcher in the Rye, traduit en français sous le titre L'Attrape-coeurs, est mort mercredi à l'âge de 91 ans.

Après avoir été porté aux nues par toute une génération, après avoir décrit des personnages qui ne trouvaient leur place nulle part dans le monde, l'écrivain avait définitivement tourné le dos à la célébrité dès le milieu des années 1950. Tout au plus avait-il fait une brève apparition publique en 1974, dans le Times, au moment où il tentait d'empêcher la publication d'inédits. Il aurait alors lancé: «Il y a une paix merveilleuse dans le fait de ne pas publier. C'est paisible. Calme. La publication est une terrible invasion de la vie privée. J'aime écrire. J'adore écrire. Mais je n'écris que pour moi et pour mon propre plaisir.»

Dans ce monde mais pas de ce monde

On dit de lui qu'il a ouvert la porte aux Philip Roth et John Updike, mais aussi à Jack Kerouac et à la génération beat. «C'est un livre qui a relancé l'oralité dans la littérature américaine, dit Jean-François Chassay, professeur de littérature américaine à l'UQAM. La littérature des États-Unis a toujours été marquée par les tall-tales, des histoires folkloriques qu'on oralisait.» Toute la tension de L'Attrape-coeurs, qui met en scène un adolescent qui s'est échappé du Preparation School, tient dans l'utilisation de différents niveaux de langage, note-t-il. Et il ajoute que c'est ce qui en rend la traduction extrêmement ardue.

Par ailleurs, Catcher in the Rye, pour ne nommer que celui-là, est rapidement devenu emblématique de cette jeunesse américaine de l'après-guerre qui croyait en l'avenir des choses mais qui ne savait pas encore de quoi elle voulait tisser cet avenir. Mais sa gloire a échappé au contrôle de son créateur. En 1980, l'assassin de John Lennon, Mark David Chapman, aurait même avancé qu'il fallait chercher l'explication de son geste dans Catcher in the Rye, qu'il portait sur lui au moment du crime. Jerome David Salinger, quant à lui, s'était depuis longtemps retiré de ces débats enflammés. «Salinger a déjà déclaré qu'il était dans ce monde, mais pas de ce monde», a fait valoir, dans une déclaration suivant son décès, sa famille endeuillée.

Le pire étudiant

Né en 1919 à New York, d'un père juif et d'une mère d'origine irlandaise, Salinger a fréquenté un moment l'académie militaire Valley Forge en Pennsylvanie, et on dit que c'est cette école qui a inspiré l'institution Pencey Prep, que fréquente Holden dans Catcher in the Rye. Suivent quelques années à Ursinus College, où, selon Wikipedia, un professeur aurait dit de lui qu'il était «le pire étudiant d'anglais dans l'histoire du collège». C'est enfin à l'Université Columbia, où il suit des cours d'écriture que Salinger rencontre le professeur Whit Burnett, qui est aussi éditeur de Story Magazine, où le jeune homme publiera sa première nouvelle, The Young Folks. Après avoir servi dans l'armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale, il revient en état de stress post-traumatique, état qui lui aurait inspiré le personnage du narrateur dans la nouvelle For Esmé, With Love and Squalor. Le personnage Holden dans Catcher in the Rye a pour sa part vu le jour d'abord dans une nouvelle intitulée Slight Rebellion off Madison, écrite en 1942, que le New Yorker n'aurait publié qu'en 1946, possiblement, selon le New York Times, pour ne pas encourager les jeunes gens à abandonner l'école...

Après Catcher in the Rye, Salinger publie le recueil de nouvelles Nine Stories, mettant en scène la famille Glass, qui reviendra dans Franny and Zooey, et aussi et dans Raise High the Roof Beam, Carpenters and Seymour, An Introduction. Sa dernière oeuvre publiée est une nouvelle intitulée Hapworth 16, 1924, parue en 1965.

Rumeurs

Depuis, la vie de reclus de Salinger a alimenté les rumeurs les plus diverses. En 2000, sa fille Margaret publie un livre, Dream Catcher, où elle le dépeint comme un tyran obsédé par l'homéopathie, le bouddhisme et la scientologie, qui boit sa propre urine et qui brutalise sa femme. Le fils de Salinger, Matthew, écrit alors au New York Observer pour dire que sa soeur a «l'esprit dérangé» et qu'il ne reconnaissait pas son père dans le portrait qu'elle en avait fait dans ce livre.

Différentes sources affirment par ailleurs que J.D. Salinger aurait caché de très nombreux inédits. Il laisse dans le deuil sa dernière épouse Colleen O'Neill, ses deux enfants, Matthew et Margaret, et trois petits-fils. Ses agents littéraires ont fait circuler une déclaration selon laquelle, «en accord avec avec son désir absolu de protéger et de défendre sa vie privée, il n'y aura pas de service». Ses écrits suffisent.
 
 
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