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    L'écrivain J. D Salinger est mort

    28 janvier 2010 15h47 |La Presse canadienne | Livres
    Cette photo de Salinger, qui date de 1951, est une des seules photos de l'écrivain en circulation
    Photo: Archives Le Devoir Cette photo de Salinger, qui date de 1951, est une des seules photos de l'écrivain en circulation
    L’un des plus mythiques écrivains américains, J.D. Salinger, auteur du roman L’Attrape-Coeurs (The Catcher in the Rye), est mort à l’âge de 91 ans, a annoncé aujourd’hui son fils. Salinger est décédé de mort naturelle dans sa maison de Cornish, dans le New Hampshire, où il vivait reclus depuis plusieurs dizaines d’années, a précisé son fils dans un communiqué envoyé par l’agent de l’écrivain.

    J.D Salinger est l’homme d’un roman: L’Attrape-Coeurs, publié en 1951, dans un monde où la Guerre Froide alimente les peurs et les soupçons, et encourage le conformisme aux États-Unis. Roman initiatique sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte, l’antagonisme entre la candeur de la jeunesse et la corruption des adultes, le livre aura un impact considérable sur des générations de lecteurs et d’artistes. Il a aujourd’hui franchi la barre des 60 millions d’exemplaires vendus dans le monde.

    L’Attrape-Coeurs, c’est l’histoire de Holden Caulfield, antihéros de 16 ans, amer et incompris, révolté par l’hypocrisie et les impostures des adultes. Depuis un hôpital psychiatrique, le narrateur raconte 48 heures de sa vie d’adolescent, depuis son exclusion de son école en Pennsylvanie, jusqu’à ses tribulations à Manhattan.

    Du cinéma à la musique, en passant évidemment par la littérature, la vision de la jeunesse et le sentiment d’incompréhension face au monde des adultes dépeints par Salinger seront repris dans de nombreuses oeuvres traitant du thème inépuisable du malaise adolescent.

    Né le 1er janvier 1919 à New York, Jerome David Salinger a lui aussi connu de jeunes années tourmentées, inspiration possible des aventures de Holden Caulfield. Il fréquente diverses écoles, jusqu’à une académie militaire de Pennsylvanie qu’il intègre à 15 ans et où il obtient son unique diplôme. L’établissement lui servira certainement de modèle pour le collège Pencey Prep d’où Caulfield est exclu dans L’Attrape-Coeurs. L’écrivain publie sa première nouvelle, The Young Folks, dans le magazine Story en 1940, et s’engage deux ans plus tard dans l’armée. Il la quittera en 1946.

    Il rentre ensuite à New York, où il mène une vie de bohème à Greenwich Village et étudie assidûment le bouddhisme. Fort d’un «ego de fer» -selon l’écrivain A.E Hotchner, un ami de l’époque- et persuadé d’être le seul héritier de Herman Melville, il publie régulièrement ses nouvelles dans divers magazines, dont le New Yorker. C’est là qu’apparaîtront finalement les premiers extraits de L’Attrape-Coeurs.

    Malgré des critiques partagées, le livre est un succès immédiat. Si Salinger continue de publier pendant quelques années, son nom restera à jamais associé à son roman emblématique.

    Aucun autre de ses courts romans ou nouvelles (Nine Stories, Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers, Franny et Zooe») n’aura le même succès. Sa dernière nouvelle, Hapworth 16, 1928, sera publiée en 1965 dans le magazine américain The New Yorker.

    L’homme continuera pourtant à écrire, mais n’offrira plus rien à ses admirateurs. «J’adore écrire et je vous assure que j’écris régulièrement (...) Mais j’écris pour moi, pour mon propre plaisir. Et je veux qu’on me laisse tranquille pour le faire», dira-t-il en 1980 dans un entretien à un quotidien de Louisiane, une des très rares interviews qu’il consent à accorder.

    Car Salinger vit reclus dans sa petite maison du New Hampshire depuis les années 1950, refusant systématiquement toute interview, rencontre ou correspondance avec ses innombrables admirateurs. Les rumeurs et les fantasmes commencent à circuler sur son compte -il écrirait constamment, terré dans un bunker- alimentant le mystère autour du personnage et la fascination de ses fans dans le monde entier.

    Les rares personnes à pouvoir l’approcher dressent pourtant un portrait souvent peu élogieux de l’homme.

    En 1988, Joyce Maynard, une femme avec qui il a vécu une aventure de huit mois, décrit un personnage autoritaire, et aux habitudes excentriques. En 2000, dans le témoignage écrit par sa fille Margaret, L’Attrape-Rêves, il apparaît comme un reclus tyrannique et délirant, qui boit sa propre urine.

    En 1999, son voisin Jerry Burt affirme, lui, que Salinger lui aurait confié avoir écrit pas moins de 15 livres qu’il conserve dans un coffre chez lui.

    Tour à tour étudié et banni dans diverses écoles, en raison notamment de son langage jugé cru, L’Attrappe-Coeurs est aujourd’hui l’un des romans américains les plus célèbres. Outre le succès, il aura valu à son auteur la réputation d’un écrivain précoce, incapable lui-même de devenir un écrivain adulte. «Salinger est le plus grand esprit à être jamais resté au collège», dira un jour de lui Norman Mailer.












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