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Dans la tempête, la croissance de la bande dessinée francophone se confirme

Fabien Deglise   5 janvier 2010  Livres
Le tome 4 de la série Les Nombrils, avec 200 000 exemplaires vendus, peut se vanter d’être entré en 2009 dans le top 10 des albums les plus vendus.
Photo : - Le Devoir
Le tome 4 de la série Les Nombrils, avec 200 000 exemplaires vendus, peut se vanter d’être entré en 2009 dans le top 10 des albums les plus vendus.
Cent titres publiés chaque semaine en 2009: la bande dessinée francophone a une fois de plus conjugué son existence au temps de la croissance l'an dernier. Et ce, malgré la crise économique et les chambardements numériques qui frappent le monde de l'édition, comme le fait remarquer l'Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD), dans son bilan annuel.

Même agitées, les bulles ont résisté. L'an dernier, les éditeurs de bandes dessinées francophones ont livré aux bédéphiles près de 4900 albums différents, soit une croissance de 2,4 % par rapport à l'année précédente. Cette vitalité, pour une 14e année de suite, est d'autant plus remarquable qu'elle s'inscrit dans un temps économiquement tourmenté où les industries culturelles semblent être en profonde mutation, indique l'Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD), dans son bilan de l'année, qui vient tout juste d'être publié.

Cette analyse exhaustive du marché, attendue par les fidèles du 9e art, vient également confirmer un succès pour le Québec qui, par l'entremise de ses auteurs Delaf et Dubuc, de Sherbrooke, peut se vanter d'être entré en 2009 dans le top 10 des albums les plus vendus. Le tome 4 de la série Les Nombrils (Dupuis) est ici en cause, avec 200 200 exemplaires vendus, soit 20 000 de plus qu'Animal'z, d'Enki Bilal.

«C'est une belle surprise et une source de grande fierté», a indiqué hier au Devoir Christian Chevrier, directeur général de Hachette Canada. «Ça prouve aussi que, en bédé, il y a beaucoup de talents ici et que toute la francophonie peut en profiter.»

Féminisation et nouveautés

Dans les grandes lignes, le monde de la bédé, poussé en partie par la féminisation de son lectorat, a encore pris du mieux en 2009, et pas seulement en raison des 1,2 million d'exemplaires vendus des dernières aventures d'Astérix, lancées à l'occasion de son demi-siècle d'existence. Au total, près de 13 bouquins ont été mis sur le marché chaque jour l'an dernier, dimanche compris, pour un total de 3600 nouveautés et 1300 titres réédités, peut-on lire.

Les albums d'inspiration franco-belge (Blake et Mortimer, Lanfeust, Gaston Lagaffe, Magasin Général et consorts) conservent encore la faveur du public. Ils ont représenté 41 % du marché l'an dernier, collés de près aux séries asiatiques (40,5 %) mais à des années-lumière des romans graphiques (11 %) et des comics à l'américaine (7,5 %), qui complètent le tableau.

«Malgré une baisse des ventes enregistrées durant l'été, le monde de la bande dessinée ne se porte finalement pas plus mal que les autres secteurs du divertissement», a commenté l'auteur du rapport, Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD, joint hier au téléphone en France. «Mais cette vitalité pour 2009 est aussi un peu en trompe-l'oeil, puisqu'elle est en grande partie alimentée par une croissance des rééditions et des traductions, qui impliquent moins de risques financiers pour les éditeurs.»

Dans les faits, les nouveautés ont représenté l'an dernier 74 % du total des livres mis en marché, contre 76 % un an plus tôt. Quant aux rééditions, il y en a eu près d'une centaine de plus en 2009 qu'en 2008, indique le bilan de l'ACBD, dont plusieurs dignes de mention: un recueil à saveur écologique de gags de Gaston tiré à 150 000 exemplaires et l'intégral de Gil

Jourdan, héros imaginé par Maurice Tillieux, en deux volumes salués par la critique et 50 000 exemplaires vendus.

Autre constat: les séries historiques ont de plus en plus la cote, avec 316 titres entrant dans cette catégorie en 2009, contre 297 un an plus tôt. «C'est normal, dit M. Ratier. L'histoire, c'est quelque chose de sécurisant, et, en période de crise, on aime ce genre de valeurs sûres.» À l'inverse, la science-fiction, les séries d'humour et le polar ont été des cadres moins prisés par les auteurs l'an dernier, constate l'ACBD.

Enfin, le royaume du phylactère a aussi frayé avec celui des nouveaux espaces de communication en 2009, avec des incursions dans le champ de la bédé numérique, constate le regroupement de critiques et de journalistes spécialisés, qui voit toutefois dans cette nouvelle aventure un «tâtonnement» plutôt qu'une lame de fond qui viendra bouleverser les bases du 9e art. «Nous sommes dans l'expérimentation, dit M. Ratier. Mais je suis persuadé que la bédé numérique ne va devenir rien de plus qu'un autre produit dérivé d'un secteur dont la base va rester sur papier.» Et il faudra attendre le bilan de 2010 pour la confirmation.
 
 
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