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Si les salles de cinéma m'étaient contées...

Odile Tremblay   28 novembre 2009  Livres
Professeur de cinéma retraité du collège Ahuntsic et animateur d'une émission ciné à Radio centre-ville, Pierre Pageau, grand collectionneur devant l'Éternel, récoltait depuis une quinzaine d'années des cartes postales de salles de cinéma antérieures à 1960. Un jour, il s'est piqué au jeu. «J'ai voulu remonter l'histoire de ces salles-là, dit-il. Vieille formation d'historien...»

Son livre Les Salles de cinéma au Québec 1896-2008 vient tout juste de sortir des presses des éditions GID, avec plus de 300 illustrations, ressuscitant les salles de jadis. Véritable ouvrage de moine, il est divisé par régions et suit le fil des décennies. Il offre des chapitres sur les salles parallèles, focalise sur l'événement marquant l'incendie du Laurier Palace, à Montréal, le 1er janvier 1927, qui entraîna l'interdiction d'entrée aux moins de seize ans. La préhistoire du cinéma forain dès 1845 est également abordée.

Les salles de Montréal avaient déjà été en partie couvertes, par l'ouvrage de Dane Lanken qui abordait l'époque des grands palaces et par une thèse et une plaquette de Jocelyne Martineau sur le même sujet, mais d'autres aspects restaient à déblayer. «Il n'y avait rien sur les salles des régions», précise Pierre Pageau, qui dut compulser des monographies de paroisses, des documents, comme l'américain Film Year Book, publié à partir de 1935, qui incluait le Québec. Il rencontra un tas de personnes, des aînés surtout, recueillit les souvenirs.

Quatre années de recherche pour glaner ses informations, traitant les salles comme le média, le temple convivial, avec ses rituels, par-delà les films présentés. «L'expérience de voir un film en salle demeure unique.»

Au centre de tout

Il voulait faire deux livres: l'un sur Montréal, l'autre sur le reste du Québec, mais son éditeur l'en a dissuadé, et l'auteur dut sacrifier quelques salles de la métropole.

À Montréal, rappelons que les Ouimetoscope d'Ernest Ouimet, le premier en 1906, le second l'année suivante, marquent la naissance d'une véritable exploitation cinématographique. Côté cinéma d'art et d'essai, Pierre Pageau salue bien entendu le travail de titan accompli par Roland Smith, longtemps à la tête de l'Outremont, notamment.

«Entre 1945 et 1952, et même jusqu'en 1960 en région, il y eut un boom de construction de salles avant l'ère de la télévision, un phénomène très peu noté jusqu'ici, explique l'auteur. Il a constaté aussi qu'un grand nombre de cinémas furent des entreprises familiales: le mari était projectionniste, l'épouse se tenait au guichet, etc., jusqu'au début des années 80.

«Dans pratiquement tous les villages, la première salle de cinéma était au centre de tout, près de l'église, du magasin général, dans les villes sur l'artère principale. Aujourd'hui, elles se construisent en périphérie.»

À Québec, l'auteur a été frappé par la stabilité des salles de cinéma, qui sont restées en place sans changer de nom, l'Impérial, le Capitole, le Cinéma de Paris, le Laurier, etc., de 1920 aux années 80, avant de s'effondrer au profit des multiplexes hors du centre-ville. Rouyn-Noranda fut l'endroit qui comptait le plus de sièges de cinéma par rapport à sa population, soit 2664 fauteuils en 1957. Dans les Cantons-de-l'Est, la communauté anglophone multipliait les salles de cinéma, davantage que chez les francophones.

Pierre Pageau avance en entrevue quelques dates: l'avènement des scopes entre 1905 et 1915, le règne des palaces entre 1915 et 1940, le dernier grand boom de construction entre 1945 et 1965, puis le lent dépérissement jusqu'à l'arrivée des multiplexes au cours des années 80.

«Au fond, les multiplexes sont un peu le retour aux palaces d'antan, constate en riant Pierre Pageau, avec leur architecture luxueuse. Retour aussi aux premières années, alors que le cinéma était intégré à une multiplicité de spectacles. La boucle est bouclée.»






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