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Littérature italienne - Wu Ming réinvente avec brio le roman d'aventures

Le Monde   28 novembre 2009  Livres

À retenir

    • Manituana
    • Wu Ming
    • Traduit de l'italien par Serge Quadruppani
    • Métailié
    • Paris, 2009, 508 pages
Wu Ming aime l'histoire des vaincus, et spécialement ses pages les moins connues. Le surprenant collectif italien (cinq auteurs cachés derrière un pseudonyme chinois qui signifie «sans nom» ou «cinq noms», selon la prononciation) l'avait déjà prouvé en 2001 avec L'oeil de Carafa, sorte de polar aventureux sur fond de révoltes paysannes du XVIe siècle.

Aujourd'hui, il confirme ce goût en publiant Manituana, un roman riche et foisonnant, qui aborde un moment-clé de la naissance de la nation américaine, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, lorsque les colons anglais, après avoir combattu contre les Français, essayèrent de se rendre indépendants de la couronne d'Angleterre. Un épisode mouvementé, raconté à travers le point de vue des Mohawks, esprits libres et valeureux, qui feront les frais de cette guerre d'indépendance en perdant leur terre. En effet, avec les autres nations iroquoises à la frontière du Canada, ceux-ci choisirent «le mauvais côté de l'histoire», celui des perdants, ici les Anglais fidèles au roi George III.

À partir de faits et de personnages réels, et toujours avec un grand souci du contexte et du détail, les cinq auteurs de Wu Ming utilisent un montage très réussi pour évoquer avec brio les événements qui, entre 1775 et 1779, amenèrent la guerre et la destruction dans le Manituana, « le jardin du grand esprit », où les Mohawks vivaient en paix et avaient même noué des relations fécondes avec les colons.

Dans les pages du collectif italien, l'histoire n'est jamais simple ni réductible à des schémas préconçus. Manituana, qui croise et réinvente avec bonheur roman d'aventures et roman historique, ne présente pas les bons Indiens d'un côté et les méchants Blancs de l'autre. Tous les personnages ont leur part d'ombre, leurs faiblesses et leurs contradictions. Personne n'est jamais totalement innocent ni exclusivement coupable. Et la légitime bataille pour la liberté et l'indépendance des uns peut entraîner la perte de la liberté et de l'indépendance des autres. Ce qui rend encore plus forte et poignante cette épopée tragique qui montre la disparition d'un monde et la naissance d'un autre.







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