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    Salon du livre de Montréal - L'art de lire en famille, mais sans contraintes

    Les écrivains Daniel Pennac et sa conjointe, Véronique M. Lenormand, donnent quelques conseils aux parents pour encourager leurs enfants à lire

    23 novembre 2009 |Anne Michaud | Livres
    Daniel Pennac
    Photo: Agence France-Presse (photo) Cyrille Folliot Daniel Pennac
    Habitués à rencontrer les médias chacun de leur côté, les écrivains Daniel Pennac et sa conjointe, Véronique M. Lenormand, surnommée Minne, se sont prêtés au jeu de l'entrevue en duo en l'honneur du thème du 32e Salon du livre de Montréal, La lecture en famille.

    On pourrait croire qu'étant tous les deux des écrivains reconnus, ils prônent l'apprentissage précoce de la bonne littérature, comme d'autres prônent l'allaitement maternel ou l'écoute de musique classique, mais, au contraire, Daniel Pennac et Minne revendiquent le droit à la lecture sans contraintes pour tous, y compris pour les enfants. Cette liberté de lire quand et comme bon nous semble, Pennac en avait déjà fait l'apologie dans ses dix droits imprescriptibles du lecteur (Comme un roman, Gallimard). Pour lui, cette liberté doit prioritairement s'appliquer aux enfants, à qui l'on impose souvent de lire comme on leur impose de manger des légumes ou de faire leurs devoirs. «Minne et moi, nous ne lisons presque rien par obligation, nous ne nous imposons pas de lectures obligées. Mais malheureusement, c'est ce que tout le monde fait avec les enfants à qui l'on dit "Il faut que tu lises!", ce qui, les trois quarts du temps, veut dire "Il faut que tu lises ceci et pas cela". Nous, quand un livre nous barbe, on arrête!»

    Quand Minne ajoute que, pour bien des parents, la lecture des enfants est devenue un instrument de mesure du rendement alors qu'elle devrait être un plaisir, la discussion s'engage sur ce thème du plaisir de lire, qu'il soit solitaire et partagé.

    Pour Daniel Pennac et sa conjointe, la lecture est un pur plaisir, mais un plaisir dont l'intensité varie dans le temps: «Nous sommes des lecteurs occasionnels: il y a des moments où nous lisons beaucoup, des moments où nous lisons beaucoup moins et des moments où nous préférons regarder un film stupide plutôt que de lire un livre excellent...»

    Pour eux, les longs trajets en voiture entre Paris et leur maison de campagne sont un moment parfait pour la lecture, que Minne fait alors à voix haute. «Un jour, raconte Pennac, elle me lisait un roman et je lui ai dit "Écoute, il est barbant, non, ce bouquin? On le jette!". Et alors, elle l'a balancé par la fenêtre!» À la liste déjà dressée par Daniel Pennac, faudra-t-il donc ajouter un 11e droit, celui de lancer des livres par les fenêtres des voitures?

    Les enfants lisent-ils moins ?

    Quand on leur pose la question, les deux auteurs rejettent l'affirmation selon laquelle les enfants d'aujourd'hui liraient moins que les générations précédentes: «Est-ce que les enfants de 2008 lisent moins que ceux de 1908, demande Pennac. Bien sûr que non! Et par rapport à 1958? Même là, l'éducation s'étant démocratisée, ils sont beaucoup plus nombreux à lire. Par rapport à 1988 alors? Non parce qu'on s'aperçoit que les statistiques concernant le nombre de livres vendus n'ont pas cessé d'augmenter depuis... Alors, ce serait moins par rapport à quand?» Minne ajoute que, de plus, la maxime «Qui a lu lira» n'est pas toujours vraie: «Il y a des enfants à qui on lit et qui ne veulent pas lire par eux-mêmes et puis, longtemps après, ils deviennent des lecteurs. Et puis, en revanche, il y a des enfants qui lisent beaucoup, mais qui ne trouvent pas leur compte plus tard, dans la littérature pour adultes. Et finalement, il y a des gens qui ne découvrent la lecture qu'une fois devenus adultes et qui lisent alors comme des fous.»

    Si le fait d'avoir des livres à la maison et de voir ses parents lire n'est pas un gage que l'enfant deviendra lui-même lecteur, en revanche il faut toujours éviter de juger les lectures de nos enfants. En matière de lecture, le snobisme n'a jamais sa place, affirme Minne. «Les collections Harlequin par exemple, ce sont des produits industriels, sauf que ce sont aussi des récits, avec des mots, des phrases... L'enfant fera très bien la différence plus tard entre ce produit tout fait, qu'il aura eu du plaisir à lire, et les mêmes histoires d'amour écrites par de grands écrivains. Au moins, il aura pris l'habitude de lire et il aura eu de plaisir à lire! Il ne faut pas avoir peur du médiocre: on peut regarder des séries télé stupides et avoir en parallèle une collection de chefs-d'¶uvre du cinéma sur DVD!» Et puis, ajoute Pennac, «c'est si beau un catalogue de bêtises! La bêtise enrichit beaucoup pour peu qu'on en maîtrise les effets! C'est bien de voir ce que sont les automatismes, les stéréotypes...».

    En ce dernier jour du Salon du livre, Minne et Daniel Pennac n'y seront plus, mais l'on pourra encore se procurer leurs livres, pour lui au stand de Gallimard et, pour elle, aux stands Dimedia (Les 400 coups), Leméac (Thierry Magnier) et Sogides (Albin Michel). Et puis il y aura encore les librairies et les bibliothèques où des milliers de livres, des meilleurs aux moins bons, attendront patiemment les lecteurs.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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