Littérature québécoise - Le déroulement de la mémoire
Le récit éthéré de Roland Bourneuf porte en lui une part d'ombre et de mystère qui pourra charmer autant qu'exaspérer
À retenir
- L'AMMONITE
- Roland Bourneuf
- L'Instant même
- Québec, 2009, 234 pages
Arnaud Bernane, petit chineur du dimanche, met un jour la main sur une boîte de figurines chez un brocanteur. Un vieux loup de mer avec la pipe entre les dents, une femme portant perruque et crinoline, un forçat avec un boulet à la cheville. Il imagine ce qu'aurait pu être leur vie. Plus qu'un jeu, ces séances de rêverie deviennent «un puissant aimant à souvenirs» qui agit, en retour, au coeur même de sa propre mémoire.
«Mollusque céphalopode fossile à coquille enroulée», l'ammonite est paraît-il un excellent marqueur chronologique. Pour Roland Bourneuf, ce fossile devient le symbole parfait de la mémoire «enroulée depuis la nuit des temps». Auteur d'essais, de recueils de nouvelles, d'un roman, longtemps professeur de littérature à l'Université Laval avant de prendre sa retraite il y a une dizaine d'années, Bourneuf, né en Auvergne en 1934, cultive une oeuvre résolument tournée vers la mémoire et le temps qui passe.
La figure centrale de L'Ammonite médite sur un oncle volcanologue, a une pensée pour ses parents, se souvient de logeurs malveillants, imagine aussi ce qui n'a pas été. «En rêvant sur un vieux carnet ou sur une humble figurine, je m'étonnais d'avoir tant oublié, dira-t-il. Non seulement des êtres et des lieux mais mes propres émotions, tout ce qui fait la trame — qu'à tort on croit lâche — d'une existence.» Cette fois, il a mis les pieds au coeur d'un véritable dédale de souvenirs qui le tient éveillé la nuit. Une entreprise d'exhumation du passé où le fantasme a autant de part que l'histoire.
L'enfance, et après? Sa jeunesse lui apparaît «comme un couloir faiblement éclairé». De rares événements l'illuminent, le souvenir d'éphémères rencontres subsiste à peine. Ensuite? Il lui faut recourir aux souvenirs de femmes, réelles ou rêvées, convoquer les «disparus» qui ont traversé sa vie — dont une fille qu'il n'a jamais connue.
Arnaud Bernane entame une enquête familiale pour laquelle il dispose de bien peu d'indices et qui ne connaîtra jamais de réelle conclusion, sinon celle que constitue sa propre mort, constatée un jour sur une plage anonyme, ses carnets de notes retrouvés dans son sac à dos.
Objet littéraire un peu statique — en un sens replié sur lui-même comme ce coquillage ancien dont il s'inspire —, le récit éthéré de Roland Bourneuf porte en lui une part d'ombre et de mystère qui pourra charmer autant qu'exaspérer.
Collaborateur du Devoir
«Mollusque céphalopode fossile à coquille enroulée», l'ammonite est paraît-il un excellent marqueur chronologique. Pour Roland Bourneuf, ce fossile devient le symbole parfait de la mémoire «enroulée depuis la nuit des temps». Auteur d'essais, de recueils de nouvelles, d'un roman, longtemps professeur de littérature à l'Université Laval avant de prendre sa retraite il y a une dizaine d'années, Bourneuf, né en Auvergne en 1934, cultive une oeuvre résolument tournée vers la mémoire et le temps qui passe.
La figure centrale de L'Ammonite médite sur un oncle volcanologue, a une pensée pour ses parents, se souvient de logeurs malveillants, imagine aussi ce qui n'a pas été. «En rêvant sur un vieux carnet ou sur une humble figurine, je m'étonnais d'avoir tant oublié, dira-t-il. Non seulement des êtres et des lieux mais mes propres émotions, tout ce qui fait la trame — qu'à tort on croit lâche — d'une existence.» Cette fois, il a mis les pieds au coeur d'un véritable dédale de souvenirs qui le tient éveillé la nuit. Une entreprise d'exhumation du passé où le fantasme a autant de part que l'histoire.
L'enfance, et après? Sa jeunesse lui apparaît «comme un couloir faiblement éclairé». De rares événements l'illuminent, le souvenir d'éphémères rencontres subsiste à peine. Ensuite? Il lui faut recourir aux souvenirs de femmes, réelles ou rêvées, convoquer les «disparus» qui ont traversé sa vie — dont une fille qu'il n'a jamais connue.
Arnaud Bernane entame une enquête familiale pour laquelle il dispose de bien peu d'indices et qui ne connaîtra jamais de réelle conclusion, sinon celle que constitue sa propre mort, constatée un jour sur une plage anonyme, ses carnets de notes retrouvés dans son sac à dos.
Objet littéraire un peu statique — en un sens replié sur lui-même comme ce coquillage ancien dont il s'inspire —, le récit éthéré de Roland Bourneuf porte en lui une part d'ombre et de mystère qui pourra charmer autant qu'exaspérer.
Collaborateur du Devoir
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

