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    Montferrand, le Papineau du muscle

    21 novembre 2009 | Michel Lapierre | Livres
    L'écrivain Paul Ohl
    Photo : Libre Expression L'écrivain Paul Ohl
    • MONTFERRAND, Tome II
    • Paul Ohl
    • Libre Expression
    • Montréal, 2009, 376 pages
    En 1829, Papineau avoue qu'il a convaincu Salaberry, vainqueur des Américains à Châteauguay, de demander la libération de Jos Montferrand, que le gouverneur Sherbrooke avait fait emprisonner, car le bagarreur était la terreur des matamores britanniques qui offensaient les Canadiens. Paul Ohl invente les faits. On lui pardonne cette fantaisie. Jos Montferrand (1802-1864) tient moins de l'histoire que du mythe.

    Le second tome du Montferrand de Paul Ohl complète le roman. On peut déplorer les défauts que l'on trouvait déjà dans le premier: la faiblesse de l'art du conteur et le manque de raffinement de l'écrivain. Mais on ne peut pas reprocher au romancier les multiples péripéties qui tiennent en haleine.

    Avec plaisir on suit Montferrand, le natif de Montréal devenu, selon Ohl, «le prince des cageux» de l'Outaouais, «l'homme qui dansait sur les billots flottants avec la grâce d'un gigueur, et dont le bruit des bottes à clous mordant dans le bois équarri ressemblait à de la musique». Dans la région de Bytown (futur Ottawa), les tensions entre draveurs canadiens et draveurs britanniques étaient vives.

    Entre 1828 et 1840, les Irlandais protestants, défenseurs fanatiques de la monarchie anglaise, s'y liguent sous le nom de Shiners, contre les Canadiens. À l'occasion, ils s'associent aux Irlandais catholiques, pourtant leurs ennemis héréditaires, afin d'attaquer les francophones. La langue cimente les passions guerrières.

    Ohl raconte un affrontement verbal qui eut lieu, dans une taverne de Bytown, entre Montferrand et le marchand de bois Peter Aylen, le principal chef des Shiners. À la fin, le Canadien s'élança dans les airs et «marqua de la semelle et du talon de sa botte cloutée» une poutre du plafond. «Ça, c'est la signature d'un homme d'honneur!» s'écria-t-il en répondant par la menace à l'arrogant Britannique, né à Liverpool.

    Loin d'occulter la dimension politique et sociale d'une rivalité, d'abord fondée sur la recherche d'emplois et l'embauche exclusive par Aylen d'Anglo-saxons pour, grâce à leur violence, mieux s'imposer dans l'industrie forestière, Ohl la souligne en exploitant les conventions épiques. Il met en scène le personnage de Papineau, comme pour montrer que les prouesses physiques de Montferrand sont la traduction populaire des audaces intellectuelles du tribun.

    Justicier, le bagarreur, bien avant de donner une raclée aux Shiners, met knock-out Blackwell, le champion de boxe de l'Empire britannique qui vient de massacrer à coups de poing un Noir, traité comme un esclave par un officier anglais. Le sort de l'homme de couleur n'annonçait-il pas celui des Canadiens et des immigrés qui, sous le joug colonial, travailleront, comme des bêtes de somme, à la construction du canal Rideau, qui reliera Bytown à Kingston?

    Réinterprété par Ohl, le coup de poing légendaire de Montferrand aurait ébranlé jusqu'à la Tour de Londres.

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